‹ La Spéculation et les Troubles monétairesChapitre 1 sur 32 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le phénomène caractéristique de la vie économique actuelle réside pour presque tous les pays, dans un accroissement des moyens monétaires vis à vis duquel le volume des valeurs réelles est resté stationnaire ou même s'est trouvé en voie de diminution. Il en est résulté un réajustement des prix à un niveau supérieur, et, fait plus important encore, une instabilité générale provoquée par l'instabilité de la commune mesure, les Etats ne semblant pas encore avoir atteint la limite de leur inflation. |

L'époque actuelle aura eu le mérite d'attirer l’attention des économistes sur les mouvements des rapports qu'on avait jusqu'alors surtout étudiés à l'état statique, les difficultés présentes ayant suffisamment montré que les variations des phénomènes pouvaient devenir un sujet autrement plus grave que leurs combinaisons. Si cellesci revêtent la fixité abstraite qui les fait tomber sous l'emprise scientifique, par contre l’idée même de transformations affecte si évidemment le patrimoine et la sécurité des individus qu'elles déterminent chez eux des réactions dont le caractère collectif les rend susceptibles de dominer momentanément toute la vie économique.

Il importe donc d'étudier la spéculation, conséquence physiologique de l'instabilité générale et des troubles mo-

nétaires.

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En temps normal, les mouvements des cours n'ont rien d’aveugle : ils se trouvent en liaison étroite avec le cycle économique constitué par des périodes alternantes de crise et de prospérité, et ne sont que le résultat de mille conjectures traduites en actes par des achats ou des ventes.

Ces conjectures issues des informations les plus diverses sont le reflet plus ou moins arbitraire d'une situation qui semble autoriser sans trop de risques, soit le jeu à la hausse, soit le jeu à la baisse.

Il suit de là que la spéculation profite d'une situation, en exagère peut-être les conséquences, mais ne la crée pas et qu'en particulier des conditions économiques normales ne lui laissent qu'une place restreinte et des effets limités. Basée sur l'écoulement du temps, envisageant les choses dans leur avenir et ne répondant bien souvent qu'à une élémentaire prévoyance, elle est partout et nulle part, ce qui empêche d'en tenter une étude, sauf dans les marchés à terme dont elle est un élément essentiel et dans les périodes qui précèdent les crises où elle se manifeste sous forme d'abus de crédits et donne lieu à ce qu'on appelle « l'inflation spéculative ». Dans tous les cas, comme elle se borne à exagérer les tendances qui se manifestent, elle se trouve forcée de respecter les courants économiques qu'elle ne saurait bien longtemps remonter sous peine d'étre débordée.

Si ce terme d'un contenu trop imprécis etpar là même d'un emploi trop universel répugne généralement à l’économie politique il n'en est pas moins vrai qu'il caractérise la réaction psychologique d'une époque qui a souvent précipité l’évolution économique bien au delà du

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point où les autres circonstances seules l’auraient amenée.

C'est ainsi qu'on a pu voir une monnaie commencer à se déprécier ( dépréciation qui se serait limitée assez vite et aurait été sans conséquences) et aussitôt toutes sortes de spéculateurs aux aguets abandonner leur position et accentuer ou même créer tout un mouvement qui aurait peut-être été par lui-même insignifiant.

En effet l'incertitude issue de l'inflation et l'extrême mobilité des prix ont développé chez beaucoup, une mentalité de spéculateur, et l'instabilité des changes, qui n'étaient plus conteuus entre les gold point, a facilité leurs agissements en transformant les devises en de simples marchandises on valeurs soumises aux fluctuations ordipaires d'un trafic de Bourse. Par voie de conséquence les opérations commerciales les plus simples se rattachant à la question des changes sont devenues une spéculation.

Bien plus, c'est encore cette instabilité qui, pour l'équilibre de la balance des comptes, n'a permis après la guerre, qu'à une forme de crédit de se développer : «les crédits de spéculation » alimentés par tous ceux qui ont foi dans le relèvement d'une monnaie ou espèrent une variation des cours qui leur laissera un bénéfiee. C'est dire que ces crédits reposent essentiellement et presque uniquement sur la confiance, phénomène complexe en quête d'informations de toutes sortes dans le maquis desquelles elle cherche à mesure l’avenir, phénomène décevant aussi, parce que trop sensible à la contagion ou à des insignifiances s’il se manifeste ou décline sans raison apparente. Ainsi la spéculation touche au problème es-

sentiel des crédits internationaux dont elle a masqué pro-

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visoirement l'importance en en prenant la place, en créant un mode de crédit, trop onéreux, trop précaire, trop impressionnable, et qui, étant à échéance indéterminée,

laisse les bénéficiaires à la merci des créanciers.

En outre si la spéculation internationale s'exerce souvent au profit de monnaies déterminées, il faut aussi envisager le cas où des nationaux sont amenés à spéculer

contre leur propre monnaie.

La multiplication continue des signes monétaires a amené en effet les individus à s'assurer pour l'avenir en recherchant des valeurs réelles, c'est-à-dire des valeurs qui ne subiront pas les dépréciations provoquées par les émissions futures. En Allemagne une telle préoccupation a donné lieu au phénomène de la « fuite devant le mark » chacun se débarrassant de sa monnaie pour l'investir en marchandises ou en valeurs présentant une certaine sta-

bilité, de préférence dans un pays à change supérieur.

Toutes les réglementations s'efforçant de réagir contre de tels déséquilibres restent vaines et inutiles parce qu'elles ont finalement pour effet de fausser le marché, de gêner les opérations à terme et de contrarier les correctifs naturels, susceptibles d'intervenir. Quant aux rérormes monétaires plus radicales, tendant à combattre les variations des cours, la dépréciation des monnaies au-dessous de la parité de leur pouvoir d'achat et l'élément permanent d'incertitude apporté par les crédits de spéculation elles aboutissent toutes à essayer de rendre viables des procédés de crédit internationaux. L'inconvénient le plus grave de l'instabilité étant en effet de multiplier les risques qui découragent la confiance, c'est avant tout d’une

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crise de crédit que souffre actuellement le monde économique actuel.

Aussi faut-il préférer, aux douteux résultats d’une solution audacieuse, le retour graduel à l'équilibre appuyé

sur une activité patiente et un esprit d'économie averti.

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