CHAPITRE
La Spéculation, ses manifestations, sa légitimité, ses effets, ses limites,
son action au cours d’une crise.
On sait que c’est par l'échange que s'achève la production en valeur qui n’est que virtuelle tant que les objets n’ont pas été l'objet d’une vente. C'est une phase de réalisation qui est une conséquence de la division du travail et qui ferme le sycle de la production. Du jour où les individus furent spécialisés dans une tâche, l'échange devint le centre de leurs préoccupations, car s'il rend moins compte de ce qu'ily a d'élevé et despéculatif dans l'idée générale des besoins, il a par contre le mérite d'une portée immédiate plus grande. Et c'est ainsi que la notion d'utile fut supplantée par la notion d'échange, celle-ci n'étant en somme que la déformation pratique ou l'expression sociale de celle-là. L'utile est une idée subjective qui dépend des appréciations de chacun, mais le fait qu'il n'y a qu'un seul prix sur le marché décèle l’existence d’une valeur courante, d'une valeur d'échange. La distinction qu'on a tentée avec la valeur normale, basée sur le coût de production et autour duquel elle oscillerait plus ou moins est assez peu intéressante, la loi de l'of-
fre et de la demande suffisant à expliquer comment se
fixent les prix sur le marché, c’est-à-dire commentse règle la valeur d'échange.
Pour que celui-ci se réalise, il faut qu'un accord s'élablisse entre les vendeurset les acheteurs. La demande dépend des appréciations subjectives des acheteurs, qui dépendent elles-mêmes du principe de l'utilité finale. Elle se trouve aussi en rapport étroit avec les ressources dont disposent ces demandeurs qui envisageront non seulement la satisfaction procurée par ce produit mais encore la privation qu'ils seront obligés de s'imposer d’un autre côté. L'offre est liée essentiellement au coût de production, aux appétits du vendeur et à ses besoins. Enfin il est un facteur commun dont dépendent respectivement l'offre et la demande c’est l'opinion sur la hausse et sur la baisse prochaines des cours que peuvent avoir le vendeur et l’acheteur.
Cette opinion dépend de causes très diverses. Elle peut résulter des caractéristiques d’un produit, de la prospérité d’une entreprise ou d’une catégorie d'entreprise, des conditions du marché, des chances à escompter, des évènements probables, de l'attitude des consommateurs, des facilités à se procurer des capitaux ou du crédit, de la situation politique, sociale, budgétaire ou économique d'un Etat, etc. Que ce soit en raison de l’un ou de plusieurs de ces éléments, l’état d'esprit du spéculant consiste à croire qu'une valeur ou une marchandise n'est pas à son prix ou que les circonstances lui imposeront une variation prochaine.
Ainsi toute transaction dans laquelle un individu achète un produit pour le revendre plustardest une spéculation, celle-ci étant en somme la prévision de la mar-