‹ La Spéculation et les Troubles monétairesChapitre 32 sur 32 · AR · texte numérisé non relu

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ont besoin d'autre part, du moins d’une monnaie qui leur permette de se la procurer le plus directement et rapidement possible et sans danger d'une détériorisation. C’est pourquoi les hommes d’affaires n’ont jamais marqué beaucoup de sympathie à ces combinaisons savantes : ils sont tous théoriquement d'accord sur leurs avantages mais aucun n'est prêt à entrer dans la voie de leur réalisation.

Les efforts pour améliorer le trafic international dans

la mesure où il se trouve gêné par la crise des changes présentent deux aspects. Ils tendent d’une part à procurer aux états à change déprécié les matières et les machines dontils ont besoin pour reprendre leur activité et d'autre part à faciliter aux pays à change favorable la vente de manufacturés à l'extérieur ; mais la technique n’est pas très différente dans l’un et l’autre cas.

A l'armistice lés Américains disposant d’un surplus de matières brutes et de manufacturés durent chercher des débouchés à l'extérieur et ouvrir d'assez larges crédits, mais ils s’aperçurent assez rapidement qu'ils avaient déjà engagé beaucoup, sinon trop de capitaux de cette façon et qu'il y avait les plus grands inconvénients à employer les capitaux de banque àcourt terme dans des opérations à longue échéance. Aussi en décembre 1919 le congrès de WASHINGTON a-t-il voté une proposition de loi du sénateur EDGE : ( L'EDGE act. » qui prévoit le financement des opérations avec l'extérieur. Grâce à la création d'institutions spéciales, contrôlées par le Fédéral Reserve Board et pou. vant émettre des obligations garanties par les gages de l'emprunteur étranger, les capitaux de placement, ou disponibles pendant un temps assez long, purent fournir aux acheteurs étrangers du crédit dont la longueur corres-

pondait à la fois aux genres d'opérations en question et à la nature des capitaux prêtés.

L'application de ce programme qui a suscité de nombreuses études a été assez longtemps retardée et malgré les résultats atteints n’a pas semblé répondre aux espoirs auxquels on s'était laissé aller.

Certains gouvernements tels que l'Angleterre en 1920 accepièrent de participer à ces tentatives de développement des exportations par tous les moyens ; dans ce cas l'Etat devient en quelque sorte par un système de crédits l'assureur des exportateurs en prenant à sa charge les risques des changes. Par exemple en vue de faciliter l'exportation des manufacturés anglais, le gouvernement a accepté de verser une somme fixée dans la proportion de 60 % du coût de revient des marchandises exportées el il a demandé à l'acheteur étranger des garanties (dépôts en espèces, en marchandises, en valeurs d'état, en titres de banque) en vue du paiement du prix d'achat dans un délai maximum de 3 années.

L’Allemagnealla même plus loin dans cette voie : elle ne craignit pas à un certain moment d'accentuer l'inflation dans un but dedéveloppement industriel. C'estainsi qu'elle a émis des billetsuniquement afin de pouvoir prêter à intérêt réduit, sur garantie des commandes, l'argent dont les industriels avaient besoin et de leur permettre d'accepter des commandes à longue échéance. C’est ce qui explique qu'ils aient pu en 1920 s'engager à livrer 119 locomotives aux chemins de fer espagnols, payables 50 % après essai sur voie espagnole et 50 % après l'expiration de la garantie, conditions qu'aucun autre concurrent ne pouvait accepter.

I faut remarquer que les exportateurs qui achètent

des matières premières dans un pays, afin de les travailler et de les revendre comme manufacturés à un autre pays se heurtent aux difficultés qui peuvent résulter des flucons de 3 monnaies différentes. Rien d'étonnant alors qu'on ait pris quelquefois l'habitude de faire garantir les dettes et les créances par des valeurs d’une autre nature que la monnaie de compte. L'application la plus courante d'une telle méthode réside dans ce qu'on a appelé les « Crédits de transformation » ou « de finition ». Ne pouyant parvenir à se faire consentir des crédits à des conditions acceptables, certains industriels importateurs, en particulier de l'Europe centrale, ont offert aux exportateurs étrangers de « suivre » les matières premières, non seulement pendant la période d'importation lorsqu'elles seraient à bord d’un bateau ou déposées dans un magasin, mais encore pendant leur transformation et une fois qu'elles seraient devenues des manufacturés.

L’exportateur étranger trouve évidemment un élément de sécurité dans le maintien de son droit de propriété après la livraison, mais un tel système donne lieu pratiquement à toutes sortes de difficultés particulières. Aïnsi il est à peu près impossible de distinguer dans une usine parmi les matières en eours de transformation celles qui sont livrées à crédit de celles qui ont été achetées et appartiennent à l’entreprise sans restrictions dans ses droits, et surtout de maintenir une individualisation des matières après l’adjonction de celles-ci à d’autres différentes... Ces difficultés ne sont pas toutes insolubles : la direction des usines n'aurait qu'à séparer des autres, autant que possible, les matières sur lesquelles l'exportateur étranger s'est

réservé un droit de propriété et à tenir des livres et bor-

dereaux spéciaux pour préciser la situation. Et partant de la classification des matières en principales comme le coton et accessoires telles que les couleurs, on admettra que l’adjonction des secondes ne rendra pas discutable le droit de suite sur les premières. Pour être assuré que le système fonctionnera exactement, l'exportateur devra se réserver un contrôle et, si possible, vendre par avance à l'étranger des manufacturés en quantité suffisante pour couvrir le prix d'achat, car le crédit qu'il consent consiste en somme en uneavance de matières premières remboursables par une certaine portion des produits manufacturés obtenus.

Cette méthode qui peut donner des résultats appréciables n’a jamais été appliquée avec une ampleur suffisante à cause des obstacles douaniers ou monétaires qu'opposent les pays à change solide, et parce que les exportateurs n'obtiennent pas fun concours assez actif de leurs banques qui hésitent à s'engager loin de leur siège social et de leurs filiales dans des opérations complexes et nécessitant une surveillance attentive souvent difficile. Il faut pourtant reconnaître que des pays comme l'Autriche se sont décidés à préciser les droits respectifs des parties en cause dans les contrats de cette nature et ceux qui les font enregistrer dans une chambre de commerce voient leurs droits consolidés excepté vis-à-vis des détenteurs de bonne foi. Les crédits de transformation ne pourront rendre de notables services que dans la mesure où toutes les conditions et particularités seront strictement règlementées, car il faut reconnaître que tous les pays n'ont pas comme l'Autriche, l'Allemagne, ou la Tchéco Slovaquie une armature juridique qui se prête à l’utilisation de

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à Evan.

cette forme de crédit. C'est pourquoi M. Jules Coucxe a pu dire que certains pays à ce sujetseraient dans l’obligation d'apporter de profondes modifications à leur législation, notamment ceux dont la structure juridique repose sur le code Napoléon : « Dans le code Napoléon l'acheteur de la matière première en devient de plein droit propriétaire alors même qu'il n'y a pas encore délivrance, du moment qu'il est d'accord avec le vendeur sur la chose et sur le prix (art. 1583 du code civil). La question essentielle est donc celle de la nature et de l'étendue du privilège garantissant la créance du fournisseur de la matière première. Il faudrait une loi spéciale instituant au profit des fournisseurs de matières premières étrangers, un privilège spécial auquel serait attaché le droit de suite et qui subsisterait en cas de faillite du débiteur. » (1)

A la conférence internationale de Bruxelles on a écarté. tous les projets qui mettaient uniquement ou trop directement en cause les états ; une formule concrète y a été cependant proposée pour organiser le crédit international ; elle a eu pour promoteur un délégué hollandais, M.TErR MEULEN et prévoit une intervention des états, non pour réaliser l'opération, mais pour la garantir. Les états qui voudraient aider leur industrie nationale à se procurer des matières étrangères s’adresseraient à une commission nommée par la société des Nations qui les autoriserait à émettre pour un montant déterminé des obligations garanties par les recettes de certains dépôts,

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(1) « Crédits internationaux et crédits de finition » par M.J. Coucre revue économique internationale, année 1921 volume 3 page 105.

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par des biens du domaine public. ou de quelque façon aussi sérieuse. Les Etats remettraient ensuite ces obligations aux importateurs qu'ils voudraient appuyer dans leurs efforts et les importateurs de leur côté les offriraient comme garanties collatérales ou accessoires aux banques qui seraieut disposées à leur octroyer des crédits. Au cas où les importateurs ne tiendraient pas leurs engagements, les détenteurs des obligations pourraient s'adresser aux Etats garants, et au besoin, soit vendre les obligations, soit, d'accord avec la commission de la société des Nations, réaliser le gage lui-même. Une fois le crédit remboursé les obligations seraientrenvoyées aux Etats quiles auraient émises etprêtées, afin qu'ils puissent, si bon leur semble, les confier à nouveau à quelqu'importateur.

C'est un projet bien conçu mais qui présente certains points faibles. D'abord les banques ne se sont pas décidées à prêter leur concours parce qu'il se serait agi généralement de crédits à terme assez éloigné et que la réalisation des gages n'aurait pas pu se faire rapidement en cas de besoin. D'autre part pour les utiliser on aurait été amené à émettre des fonds d'état garantis par eux, de sorte que la garantie collatérale aurait pris presque forcément la forme d'un revenu d'Etat qui n'aurait fait qu'augmenter les difficultés budgétaires. Enfin la sécurité de l'importateur ne serait pas suffisante puisque en cas da difficulté il devrait se contenter de devenir créancier de son gouvernement au lieu d'être celui de l’exportateur. Il est certain que l'octroi de crédits à assez long terme avec de l'argent remboursable à terme correspondant selon le système préconisé par les Américains, ou bien les crédits de transformation ou encore le système TEr-

MEULEN et autres mécanismes analogues peuvent rendre des services mais les difficultés que nous avons vues accompagner chacun de ces systèmes en ont empêché la diffusion.

On leur a reproché de s'attaquer aux effets nuisibles du déséquilibre monétaire, mais delaisser celui-ci intact. Aussi des projets plus audacieux, au lieu de se contenter de surmonter les obstacles provoqués par les fluctuations des changes,envisagèrent-ils la possibilité de les supprimer

complètement en abolissant ces fluctuations.

3° Réformes monétaires.

Il est apparu avec une clarté croissante que le but essentiel detoute politique monétaire doit être la stabilisation tant de la capacité d'achat intérieure de la monnaie que des taux du change, mais il reste à savoir comment cette stabilisation peut ou doit être effectuée. Pour certaines monnaies, l’idée d’une déflation ramenant leur valeur au niveau d'avant guerre est devenue chimérique. D'abord beaucoup d'états ne parviennent même pas au but plus modeste d’équilibrer leur budget. Ensuite la déflation entraînerait d'une part une période de baisse graduelle des prix, un taux d'intérêt élevé, un resserrement des crédits qui arrêteraient l’industrie, une dépression économique générale, et des troubles sociaux consécutifs à une réduction de salaires. et d'autre part un accroissement des charges des débiteurs tel qu’ils consacreraient l'insolvabilité définitive de nombreux états.

La déflation ne peut donc être considérée que comme une perspective lointaine qu'ilfaudra entourer d'infiniment de prudence. Evidemment, moinsla monnaie d'un pays où

TIDS

l'inflation est contenue se trouve éloignée de la parité d’avant-guerre, et plus les efforts pour retourner à cette parité sont légitimes.

Mais les conditions actuelles prouvent qu'on doit ten-

dre à stabiliser la valeur intérieure du monétaire par rapport aux produits plutôt que de chercher l’ancienne équivalence avec l'or.

Si on envisage certaines monnaies, on s'aperçoit en effet que tout en étant tombées au-dessous du pair, elles témoignent encore d'une certaine stabilité. En essayant par exemple de redonner à la lire italienne sa valeur d'avant-guerre, on porterait environ du simple au quadruple l'unité monétaire, ce qui provoquerait certainement des troubles graves, alors que maintenue au voisinage de sa valeur actuelle, elle est capable de servir à toutes les transactions commerciales et de répondre aux besoins du pays.

On ne saurait trop répétée que la première nécessité de la vie économique est celle de la stabilité dans l'étalon des valeurs. Il est dangereux d'entretenir l'illusion d'un retour prochain aux parilés d'avant-guerre et l'essentiel estqu'il existe des taux normaux aussi stables que possible.

Autrement dit, il est plus facile et plus urgent de stabiliser les changes que de les améliorer et il est à désirer que les monnaies soient échangeables contre de l'or à un cours auquel elles pourraient se maintenir. La stabilisation par voie de dévaluation consiste à consacrer la différence existant entre la valeur d’avant-guerre et la valeur actuelle d'une monnaie par rapport à l'or. Elle se borne en somme à affirmer officiellement une situation acquise

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et qui aboutirait pour la France par exemple à déclarer que le gramme d’or au lieu de valoir 3,44 frs vaudra désormais 8, 9 ou 10 frs.

Une telle mesure législative aurait l'avantage de permettre la libre exportation de l'or et de revenir aux pratiques perfectionnées d’avant-guerre qui maintenaient dans la vie économique une harmonie ayant l'or pour base. Ainsi une dévaluation, si elle constitue une faillite partielle et supprime les espoirs d’une guérison future totale, a au moins le mérite de prendre acte d’une situation de fait, de rétablir l'équilibre et de dissiper l'atmosphère d'incertitude si nuisible au développement économique.

Mais elle suppose réalisées plusieurs conditions préalables : l'inflation avant tout doit être arrêtée parce que la dépréciation future de la valeur intérieure d’une monnaie étant escomptée, comme nous l'avons vu, par les spéculateurs internationaux, se trouve par cela même reflétée dans le cours actuel des changes et qu’il en résulte une disparité grandissante entre les pouvoirs d'achat intérieur et extérieur. Cette fixité de la circulation monétaire impliquant un budget en équilibre, une stabilisation par voie de dévaluation n’est possible qu'autant que l'Etat pourra subvenir à ses charges sans avoir recours à des modalités d'emprunts successifs.

Il faut que la balance des comptes soit équilibrée, mais qu’elle le soit selon les méthodes d’avant-guerre. Nous avons vu que le déficit a été comblé grâce aux avances de spéculateurs qui escomptent la hausse des monnaies qu'ils tiennent en réserve. Le jour ou la dévaluation serait décidée, le bénéfice d’une amélioration éventuelle se trouverait dissipée et la raison même de ces opérations

cessant, les spéculateurs étrangers exigeraient le remboursement de leurs avances. Devant le rapatriement de ces sommes souvent considérables, il ne resterait si l'on veut maintenirle cours du change, qu'à exporter une grosse partie du stock d’or.

Il résulte de ces considérations qu'il faut renoncer à la dévaluation pour les monnaies dont les pouvoirs d’achat intérieur et extérieur ne coïncident pas, car on ne ferait que consacrer cette disparité, consolider ses inconvénients, et par conséquent empêcher d'une façon définitive le retour à l'équilibre.

Certains économistes tel que M. Cassez pour rendre possible la dévaluation de telles monnaies ont préconisé la création d’un grand emprunt à l'étranger à long terme (1). Il formerait la contre-partie au déficit de la balance des comptes résultant du retrait des spéculateurs et contribuerait à constituer un solide terrain économique indispensable à un système monétaire stable.

Autrement dit, il faut comme mesure préliminaire que des pays comme l'Allemagne remplacent leur vaste dette flottante par un emprunt consolidé. En supposant ces conditions réalisées, il serait nécessaire de réintroduire la liberté dans les transactions commerciales et notamment d'accorder à la monnaie sa pleine puissance libératoire quand elle est dans les mains des étrangers afin qu'ils l'évaluent au pair de son pouvoir d'achat... d'où la nécessité d'abroger les interventions arbitraires nées de la sous-

(1) Rapport n° 13, mémorandum n°3 de la conférence financière internationale de Bruxelles de 1920 et discours de Rome de

évaluation, telles que les prohibitions d'importation, les taxes d'exportation et les différences établies en faveur du marché intérieur. Ainsi la stabilisation n'implique rien de moins que la suppression préalable de toutes les mesures n'ayant en vue que les profits du pays au détriment de tous les autres et du commerce international.

Quant à la nouvelle détermination de la valeur en elle-même elle ne pourra être faite pratiquement que par rapportaux monnaies ayant conservé une relation directe avec l'or, c'est-à-dire dans les circonstances actuelles par rapport au dollar. Des financiers ont remarqué qu'il semblerait nécessaire de fixer le taux de celui-ci un peu plus haut que celui qui correspondrait au pair du pouvoir d'achat du moment. De cette façon la transition d’un système basé sur l'inflation à un système fondé sur une valeur stable de la monnaie ne sera pas trop soudaine, une certaine sécurité sera obtenue et le pair du dollar une fois fixé pourra plus aisément être maintenu. A cet effet la banque centrale pendant {a durée de la stabilisation doit être prête en cas de fluctuation des changes, à vendre des dollars à un taux un peu au-dessous du pairet à en acheter à un taux un peu au-dessus du pair. La certitude que ces fluctuations seront maintenues entre ces limites est le remède le plus sûr contre les spéculations qui pourraient s'opposer aux processus de la stabilisation.

La base réelle pour la valeur étrangère d’une monnaie est toujours le pouvoir d'achat que celle ci représente sur le marché intérieur. Le maintien de ce pouvoir d'achat dépend de la stabilisation du niveau des prix intérieurs, qui à son tour dépend d’une restriction appropriée de la circulation monétaire. Lorsque celle-ci aura cessé d'être

dominée par les exigences gouvernementales. cette contraction pourra être effectuée simplement parles limitations auxquelles les banques et spécialement les banques centrales se soumettront dans leur extension de crédits. Le moyen principal pour régulariser la circulation a toujours été le taux de l’escompte. Une fois toutes les conditions que nous avons indiquées réalisées, la banque centrale par une politique d'escompte appropriée peut d'une façon générale (comme l'expérience d'avant guerre l'a suffisament montré) impartir une valeur stable à la monnaie. M. CAssEL a souvent répété que, même si les diffi-

cultés par ces temps troublés sont plus grandes, il n'y a

pas de raison de présumer que le taux d'escompte a maintenant perdu son efficacité. (1) Ce n'est que lorsque l'inflation sera arrêtée et qu'une sage politique d'escompte assurera au pays une valeur monétaire stable à l'intérieur qu'il sera possible de stabiliser les taux des changes par rapport aux monnaies d'or, et grâce à des achats et des ventes appropriées d'empêcher les taux de ces monnaies d'excéder certaines limites définies par en haut ou par en bas.

Ajoutons que l'époque la plus convenable pour lier de nouveau une monnaie de papier dévaluée et stabilisée par rapport au métal or semble visiblement le moment d'une phase descendante dans les fluctuations de valeur de l'or. Si on tentait de le faire pendant une période de hausse de la valeur de l'or, il y aurait un risque considérable d'échec à maintenir le pair une fois fixé et le processus entier de la stabilisation

(1) « Scandinaviska kreditaktiebolaget » d'avril 1923.

pourrait tomber en discrédit. La valeur de l'or baissant lentement, l'adhérence au pair fixée sera facilitée tandis que cette baisse, pourvu qu’elle soit maintenue dans les. limites raisonnables, n’entraînera pas d'inconvénientappréciable. :

La dévaluation recrute avec le temps des partisans toujours plus nombreux et elle finira peut-être par s’imposer un jour, mais elle suppose comme nous venons de le voirtellement de conditions réalisées et de précautions prises qu'elle constitue uneopération extrêmement délicate et qu’elle n’est en tous cas pour le moment ni possible ni désirable... en admettant même qu'il se trouve un Etat pour donner l'exemple et se décider le premier à l’entreprendre.

Elle rentre en effet dans le cadre des réformes intérieures, mais depuis l'armistice et surtoutà partir de 1920, devant l'inefficacité des remèdes partiels ou empiriques une foule de.projets furent élaborés ne tendant à rien de moins qu'à l'institution d’une monnaie de compteinternationale. Leur exposé serait infiniment long et dé-

- passerait l'étude que nous nous sommes proposée. Qu'il nous suffise de dire qu’il en est de plusieurs sortes :

Les unes tendent à centraliser les offres et demandes de change et à couvrir le déficit de la balance des comptes grâce à quelque opération financière, elles préconisent des crédits de banque à banque et la création d'un clearing international qui permettrait de déterminer le doit et l'avoir de chaque pays et de ne régler que des différences. De cette nature est le projet que M. Luigi LuzaTri a soutenu à la conférence parlementaire internationale du Commerce de 1920 : «Nous demandons d'introduire dans

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les banques d'émission de la quadruple alliance les mémes services internationaux que les gouvernements ont créés entre les administrations des postes (chèque postal international). Il s’agit de créer entre les quatres banques d'émission une grande Chambre de compensation ». Mais la conférence du Commerce en question rejeta tous ces projets parce qu'il était impossible de déterminer le change des monnaies par rapport à l'or.

Une autre série de projets extrêmement audacieux préconise l'adoption d'une monnaie internationale qui répudierait l’étalon or, sous prétexte que sa production est aléatoire, que son prix est actuellement différent selon les pays, qu'il tend à se concentrer aux Etats-Unis où il est le plus cher et où il se solidarise avec le dollar dont la valeur varie d'un jour à l'autre. « L'existence d'une monnaie marchandise n'est pas indispensable à la constitution d'unsystème monétaire et un instrument quelconque représentant l'unité monétaire possède une valeur d'échange parfaitement définie. Tout autre instrument monétaire que l'or qui serait universellement accepté comme monnaie, par exemple un billet international, libellé dans les diverses unités monétaires calculées selon leur pair théorique pourrait aussi bien servir de base aux divers systèmes monétaires mondiaux. » (1).

Ainsi, en admettant que les pays actuellement très riches acceptent de participer à un système qui rejettera l'étalon or, on émettrait des billets (50 ou 60 milliards par exemple : projet de M. NoGaro) qu'on remettrait aux pays

(1) M. B. Nocano : « Traité élémentaire d'Economie Politique » (chapitre : phénomènes monêtaires et théorie de la monnaie).

dontla balance des comptes est déficitaire, Mais quoiqu'en disent les promoteurs de ces projets, il est bien certain qu'il serait impossible d'empêcher leur circulation dans le public et qu’ils provoqueraient alors une hausse des prix considérable. En outre toute cette masse monétaire nouvelle irait s'accumuler finalement dans les pays à change très élevé qui sont actuellement créanciers dureste du monde, et les pays à qui on les avait tout d'abord remis, après avoir payé leurs dettes, se retrouveraient avec leur ancienne monnaie dépréciée.…. et qui le resterait par rapport à la nouvelle monnaieinternationale.

Restent en troisième lieu les projets préconisant la création d'une monnaie de compte internationale mais conservant l'étalon or. Ils sont extrêmement nombreux et le rapport N° 12 rédigé en vue de la Conférence financière internationale de Bruxelles en contient à lui seul plus de dix.

Ils prévoient à peu près tous la création d'une banque d'émission dont les billets seraient utilisés dans les relations avec l'étranger et se maintiendraient au pair avec l'or. Les fluctuations des changes ne seraient ni supprimées, ni réduites, elles seraient abandonnées à elles-mêmes mais ne troubleraient plus les transactions internationales où l'emploi de la nouvelle monnaie de compte réintroduirait la stabilité d'avant-guerre.

Telle est avec des nuances diverses et un degré plus ou moins grand de perfectionnement dans le mécanisme la base de tous ces projets. (1) Celui de M. DEracroix

(1) Voir sur ce sujet M.. Emile Jawrs : « De l’adoption d’une monnaie de compte internationale considérée comme un remède à l'instabilité des changes. » 1922

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En 1682

prévoit la création d’une banque internationale avec émission de bons or produisant un intérêt et circulant comme des billets qui seraient garantis par les valeurs du pays pour lequel ils auraient été émis, ce qui aurait permis de mobiliser la dette allemande... Celui de M. VANDERLIP adopte le dollar comme nouvelle unité de compte... Celui de M. LenerER prévoit des billets gagés par un stock d'or qui serait déposé à l'étranger. Celui de M. ViSSERING qui est peut-être sinon le plus viable du moins le plus étudié voudrait que les billets émis servent d'abord uniquement dans une sorte d'institut de troc où la balance des comptes serait toujours équilibrée, ce qui ne nécessiterait pas l'exportation de l'or. Peu à peu la nouvelle monnaie se substituerait à l'ancienne et au bout de quelque temps, après la stabilisation de celle ci, on fixerait un cours d'échange entre les deux.., Il y eut aussi tous les projets ou suggestions de M. M. LANDESBERGER, LEHNER, Hans G10R- DAN, R. HoFMAN, THALBITZER etc...

On peut faire à tous des objections identiques, sans compter toutes les difficultés pratiques et les conséquences indirectes que révèlerait l'expérimentation de solutions | restées jusqu'alors sur le papier.

D'abord où trouver le stock d'or nécessaire à la ban- | que pour émettre ses billets ?.. Ensuite sauf dans le projet de M. VissERING comment maintenir la nouvelle unité au pair avec l'or et comment empêcher qu'un cours d'é- 4} change s'établisse entre elle et le dollar ? Mais surtout tous ces remèdes, qui tendent à rétablir l'équilibre chez les Etats dont la balance des comptes est déficitaire, laissent subsister à leur origine même un très grave problème celui de savoir comment la nouvelle monnaie sera mise

à la disposition des gouvernements qui en ont besoin. Il n'est pas vraisemblable que les Etats-Unis et quelques autres pays consentent à participer à de telles opérations

et leur défection suffit pour que ces projets ne soient ja-

mais réalisés. Ils se bornent en somme à proposer un mode d'application du crédit, mais commencent par supposer son rétablissement dans le monde. Or il implique le retour à la stabilité et par conséquent la disparition même des troubles monétaires.

Le seul moyen d'y parvenir est de reconstituer dans chaque pays une harmonie entre la circulation fiduciaire d'une part et les besoins des affaires et le stock d'or d'autre part. |

Comme la dévaluation reste un remède délicat auquel on ne songe guère à se résigner et que la déflation ne paraît plus qu'une perspective extrêmement lointaine, c’est donc de production et d'épargne qu'il faut parler.

Vu, le Doyen

A. BERTHELEMY Vu le Président

Germain MARTIN

Vu ET PERMIS D'IMPRIMER :

Le Recteur, de l’Académie de Paris

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