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CHAPITRE PREMIER

Considérations générales

sur la Splénomégalie

La splénomégalie, ou hypertrophie de la rate, est un symptôme clinique connu de toute antiquité. Hippocrate l’a signalée le premier, et l’hypertrophie splénique qu’il décrit d’une façon très précise était certainement d’origine paludique : il rapporte, en effet, que ce symptôme se rencontrait chez les habitants des bords du Phase, qui vivaient dans une contrée marécageuse. Depuis Hippocrate, les lésions spléniques et la splénomégalie ont été décrites par une foule d'auteurs. Signalons seulement les travaux de Griesinger sur la rate dans la fièvre typhoïde, d'Andral et de Rokitansky sur les infarctus spléni-

— JO — LÉ] ques, puis les observations de Cornil, de Siredey et de

Leudet.

Les recherches expérimentales sur la splénomégalie ne datent en réalité que de l’avènement de la bactériologie. C’est alors que se succèdent les travaux de Martinotti et Barbacci, de Gamaleïa qui étudie la phagocytose dans la rate, ies expériences de Bardach, de Roger, de Montuori et de Kantack sur les animaux splénectomisés.

L’histologie de la rate permet de comprendre, dès l’abord,. pourquoi cet organe est un des premiers atteints dans certaines maladies parasitaires, c’est-àdire dans celles où le parasite et les produits toxiques qui en dérivent se trouvent dansles vaisseaux sanguins. La rate est, en effet, richement vascularisée et elle est à la fois un organe hématopoïétique et Iymphopoïétique. Non seulement elle reçoit une artère d’un volume considérable, relativement à la taille miñime-de l'organe, mais encore les ramifications de cette :artère::se-continuent immédiatement avec la pulpe splénique, sans qu’il y ait interposition d’un réseau de capillaires, défini et étanche, entre les artérioles et les veinules. Le sang est donc obligé de passer lentement dans la rate, en se frayant un che- “min à travers les éléments de la pulpe avec lesquels ilentré'en contact-intime. Ces éléments peuvent ‘donc, comme nous le verrons plus loin, passer en quelque sorte au crible les globules rouges ét retenir tons ceux qui présenteront des altérations, ainsi que les organismes étrangers ou parasitaires et même les

particules inertes (pigment, etc.) que le sang peut tenir en suspension. |

Quelle est, en effel, la structure de la rate ? Malgré son apparence compliquée, on peut la résumer en quelques mots. De la capsule conjonctive de l'organe partent des travées fibreuses : celles-ci s’entre-croisent dans l'épaisseur du parenchyme, lui constituant un squelette de soutien. Partout se ramifient, d’une part l'artère afférente, d'autre part la veineefférente : les terminaisons des artérioles sont entourées de follicules périvasculaires ou follicules de Malpighi, qui se prolongent eux-mêmes par le réticulum folliculaire. Ces follicules sont formés d'éléments lymphoïdes. Les sinus veineux sont eux-mêmes séparés les uns des autres par des cordons qui constituent la pulpe splénique. Les éléments cellulaires de la rate sont donc représentés par des hématies, des éléments lymphoïdes de tous ordres et quelques macrophages, plongés dans les mailles du réticulum splénique, mailles à la fois fibreuses et réticulaires, c’est-à-dire d’origine soit conjonctive, soit folliculaire.

Ces notions sommaires sur la structure de la rate nous permettent déjà de prévoir les diverses modalités del'hypertrophie splénique. Une première cause de splénomégalie sera la congestion de l'organe. Cette congestion pourra être le résultat de phénomènes fébriles ou de la présence de toxines vasodilatatrices ou encore de troubles nerveux, produisant, eux aussi, la vaso-dilatation. Poussée à son point extrême, la congestion pourra rompre les parois

vasculaires et produire des hémorragies parenchymateuses plus ou moins abondantes ou même finalement la rupture de l'organe. Moins accentuée, elle produira simplement un encombrement du parenchyme splénique par des hématies plus ou moins altérées.

La spiénomégalie peut être due, en second lieu, à l’accumulation des globules blancs : cette accumulation résultera d’une suractivité de la fonction lymphopoïétique de la rate. Elle pourra être caractérisée par une infiltration embryonnaire plus ou moins avancée, envahissant soit les follicules, soit encore la pulpe. Cette hyperleucocytose peut aboutir à la formation de foyers purulents et d’abcès. Les leucocyies qui résultent de cette active prolifération, et qui sont généralement des macrophages, se chargent des débris des hématies, ainsi que des parasites qui viennent affluer dans la rate : aussi les trouve-t-on bourrés soit de pigment, soit de corps bactériens ou parasitaires, soit enfin de débris de globules rouges.

Une troisième cause de splénomégalie est la prolifération des cellules endothéliales qui tapissent les travées conjonctives et des éléments mêmes de ces travées. Ainsi se constitue la sclérose hypertrophique définitive de la rate.

Bien entendu, ces trois processus peuvent se mêler intimement.et contribuer chacun pour une part plus moins considérable à constituer la splénomégalie :

l'aspect macroscopique et plus souvent l'examen

histologique: pourront permettre de reconnaître la part qui revient à chacun d’eux.

Il reste à déterminer, pour chaque maladie parasitaire où l’on observe de la splénomégalie, quel est le rôle de chacun de ces processus, c'est-à-dire à déterminer la nature congestive ou hyperplasique de l’hypermégalie splénique.

Cette étude présente en réalité de grandes difficultés, par suite de la pénurie de documents qui limite tout d’abord les recherches. En effet les auteurs se contentent généralement de constater et de signaler la splénomégalie, sans rechercher, soit au cours des autopsies, soit par des procédés expérimentaux, quelle est la cause de cette hypertrophie et quel en est le mécanisme.

La splénomégalie n’a été bien étudiée que dans deux maladies, la fièvre récurrente et le paludisme. Mais elle est signalée dans un certain nombre d’autres affections parasitaires où elle joue incontestahblement un rôle important. Ce travail n’a d'autre prétention que de résumer nos connaissances actuelles à ce sujet.

Puisse-t-il en faire comprendre toute l'importance et tout l'intérêt et inciter à de nouvelles recherches les médecins qui se trouveront dans des conditions favorables pour ces études.

Ceci s'adresse principalement aux médecins qui doivent exercer dans les colonies, car les maladies dont nous aurons à nous occuper sévissent surtout dans les climats chauds. Il n’est pas douteux que le

côté étiologique et prophylactique doit dominer les premières recherches concernant une maladie parasitaire. Désarmés comme nous le sommes souvent contre les agents infectieux de nature animale, il faut tout d’abord s’efforcer de protéger les existences : le premier moyen qui s’offre à nous consiste à chercher d’où vient le mal et comment on peut éviter la contagion.

Une fois que l’on connaît l'ennemi et que l’on peut se préserver de ses coups il faut encore chercher à connaître son mode d'action sur l'organisme. Or la rate est un des organes les plus fréquemment atteints dans les maladies infectieuses. Il est donc nécessaire d'étudier ses réactions, soit sur les cas humains que l’on peul avoir la bonne fortune de rencontrer, soit par des recherches expérimentales bien conduites.

Le plan de notre exposé sera le suivant : nous étudierons la splénomégalie dans les deux maladies parasitaires où elle est le mieux connue, c’est-à-dire dans la fièvre récurrente et le paludisme. Nous passerons ensuite en revue les autres affections où la splénomégalie constitue un symptôme essentiel, mais sur lesquelles nous ne possédons que peu de renseignements. Nous rechercherons enfin les causes, le mécanisme et la signification de l'hypertrophie splénique.

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