‹ La St.-Jean-Baptiste à Québec [microforme]Chapitre 10 sur 21 · LS ES · texte numérisé non relu

LS ES

Notre agriculture est souffrante ; ai-je besoin de le prouver ?

Tout le monde convient qu’il faut exploiter notre sol et s’emparer de nos forêts avant l'étranger. Ai-je besoin de ke prouver ?:

Cependant très-peu agissent. Je pourrais me contenter de l’affirmer., Mais une chose pus à entendre a besoin d’une autre qui

‘autorise, En voici une assez éloquente.

Il y a quelques années, une société de colonisation a pris naissance au sein de notre cité. Sa devise était généreuse, Naturellement elle fut bien accueillie, même protégée par nos

journaux publics ; elle a reçu l'appui d'hommes distingués, l’adhésion et la coopération de familles entières. Plus d’une fois, elle a couru au secours de pauvres et braves colon:, visités même par les rigueurs de l’incendie.

Cependant, dans une ville comme la nôtre, combien compte-t elle 4e membres souscripteurs ? À peine un n.ille. Beaucoup d’entre nous ont négligé, quelques-uns même, quand on est allé frapper à leur porte; ont positivenent refusé de donner en faveur d’une œuvre si patriotique, à notre chère agriculture, l’infime contribution de trente sous, qu’on allait, quelques heures après, et souvent, et volontiers, jeter dans les mains d’une association de co- :médiens ou de danseurs nomades, . Et cependant nos propres frères sont dans la sonffrance. :

Non, mes chers compatriotes, non, nous ne

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faisons pas assez, le citoyen ne fait pas assez, l'homme du peuple ne fait pas assez pour la cause de notre agriculture.

Et cependant, chaque jour, les journaux publics nous répètent que cent müäle eompatriotes ont quitté nos églises, nos foyers, nos terres, nos drapeaux, pour aller mendier, au milieu d'une popuiation mille foïs étrangère, le pain amer du travail, perdre leur foi, leur honneur et leur patriotisme. .

Oh ! il me semble que la patrie se lève en ce moment, les yeux baignés de larmes, et montre à ses enfants encore fidèles la plaie qui saigne toujours à son flanc généreux.

Mes chers compatriotes, dans la triple vie de da patrie nous avons vu la patrie tout entière. ÆElevons done nos âmes, et laissons agir nes cœurs. Emparons-nous de la vie. Emparonsnous de la vie morale par la seience et par la vertu, par le travail énergique de l'intelligence ‘et du cœur. Je ne donnerai pas de conseils à V’âge mur ; mais je dirai à la jeunesse qui am'écoute : défiez-vous de ces feuilles ignorantes et immorales qui nous apportent les épaves honteuses d’une plage étrangère ; allez chercher le pain spirituel qui nourrit les fortes générations, dans les mains de ces hommes qui Ont bien parlé et bien écrit du vrai et du bon, et non pas dans les romans qui se cachent au fonds de nos bibliothèques publiques Æmparons-nous de la viesensible avec hon- ‘meuxr,

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Émparons-nous de la vie physique avec la force dont savent disposer nos bras.

Portons haut le drapeau sublime de notre nationalité. Inscrivons-y : Union, Respect et amour. Un peuple ne vit pas, il n’est pas même possible, sans l’union qui groupe toutes les forces, sans le respect qui donne la confiance, sans l'amour qui réunit la puissance roÿale des hommes : le cœur.

Effaçons denc pour jamais la division, le mépris et l'indifférence. À ces mots, mes chers compatriotes, souffrez que je vous fasse franchement un dernier reproche. Vous avez assez mérité d'honneur pour supporter un blâme.

Le canadien sur ces Lords devenus moins sympathiques à sa nationalité, le canadien-français n’est pas uni, il ne se respecte pas assez, il ne s'aime pas assez.

Ah ! nous vivons à côté d’une nation aussi ennemie qu’elle est vaste; nous respirons au milieu des nationalités étrangères, nobles et amies, mais nous-mêmes, nous voulons vivre.

Pourquoi donc cette rivalité entre canadien et canadien ? Pourquoi donc cette jalousie fatale qui anime le canadien contre le canadien ? Pourquoi donc cet engouement pour tout ce qui s'éloigne de notre propre race ? Qu’avonsnous donc à envier à un patrimoine étranger ? Pourquoi donc poursuivre de notre envie le canadien-français qui monte et domine ? Oui nous avons trop, bien trop d’admiration pour l'étranger. Ne suffit-il pas d’être étranger

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