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toujours deux ou trois verres avant celui qui fait
perdre l’équilibre et rouler sous la table. Il ne”
perdait pas un instant la présence d’esprit. Son esprit était toujours à son poste, vif, alerte, naturel, sans autre prétention que celle de faire rire. Il ne travaillait pas ses jeux de mots dans le silence du cabinet, comme font les avares d'esprit, pour les lancer ensuite grâce à des àpropos habilement ménagés, mais il les laissait venir sur ses lèvres au gré de l'inspiration et du bon rire. La gaieté, c'était son seul but dans la vie, il le poursuivait en bonne et mauvaise compagnie. Sa manière à lui de sympathiser avec les gens, ce n’était pas de s’appesantir sur leurs maux et r2 les accabler du récit de toutes les catastrophes connues offrant auelques points de ressemblance avec celle qui les frap-
ait; c'était de leur apporter de bonnes et irrésistibles plaisanteries, c'était de les faire rire.
Non-seulement il était de toutes les fêtes, mais encore il était de tous les événements.
Quand il devait se passer quelque chose d’extraordinaire quelque part, le hasard voulait qu’il eût affaire de ce côté, il semblait que le sort le fit prevenir. C'était toujours lui qui donnait l’alarme du feu ; s’il y avait un cassecou quelqu part, il y mettait le pied le premier, et lorsqu'un paquet tombait du second
étage, il était là pour le recevoir sur sa tête endurcie aux accidents. Cela lui fournissait le sujet d’un récit qu’il allait répandant par la
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ville, ajoutant un détail à chaque pas de sorte que le soir on ne parlait que delui à droite et à gauche.
on- seulement il connaissait tout le monde de la ville, mais encore toutes les maisons lui étaient familières, il savait à qui elles appartenaient, qui les avaient bâties, par qui elles avaient été successivement habitées, daus quelles années elles avaient été réparées. On le consultait pour les louer, les vendre ou Îles démolir.
La gaieté canadienne regrettera longtemps ce joyeux compagnon qu’elle n’a pas remplacé. Les gens d'esprit maintenant économisent leur esprit pour le dépenser dans les bonnes occasions. Leurs hons mots sont endimanchés et ne sortent point la semaine, Lors- RE plaisanterie leur vient sur les lèvres, ils l’arrêtent, s’il n’y a pas une foule pour l’entendre, et ils la mettent de côté pour plus tard.
L'ancien avocat aussi a disparu, celui qui apprenait le droit en faisant causer ses clients, qui ne se rendait jamais au palais de justice qu’escorté d’une foule de plaideurs qui portaient de gros livres de loi que lui-même n’avait jamais ouverts et dont il ne se servait que pour montrer des démonstrations de ce que Une fois devant le tribunal il réclamait
es dommages-intérèêts pour une vitre cassée du ton qu’un autre aurait pris pour faire condamner un grand criminel à l’échafaud. Rien
n'égalait le déploiement d’éloquence et de estes qu’il faisait pour la moindre affaire.
es plaideurs se consolaient de ne point gagner leurs procès, en voyant tout le mal qu'il se donnait pour les perdre.
Dans ce temps-là les cours de circuit à la campagne étaient des espèces de vacances que prenait le barreau pour se distraire des affaires de la ville. Il y avait d'habitude dans chaque troupe d'avocat un cuisinier déclassé bien mieux fait pour apprèter les poulets que les clients. En arrivant, on s empressait de le soulager de toutes ses causes, chaque avocat en prenait ques unes SOUS 884 soins.
Lorsqu'il s’était laissé modestement dépouiller, on le pe en triomphe à la cuisine, et là, après l’avoir placé en face des tables chargées de provisions, en face du poële où il allait faire rôtir ses chefs-d’œuvres, on le laissait en proie au démon de l'inspiration culinaire.
C’était l’homme le plus considéré du barreau, le plus choyé du juge et des avocats, celui qui avait le plus de chance dc gagner ses causes, bonnes ou mauvaises, car ses adversaires et le juge auraient eu peur en le contrariant de lui faire gâter ses sauces.
Le diner était le grand événement de la journée, la cour n'était qu’une préparation, qu’un moyen de se donner de l’appétit ;—les avocats arrivaient à table l’estomac creusé par les plaidoiries et le gosier altéré par l'éloquence, On suspendait souvent la cour pour
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aller diner, mais on ne suspendait jamais le diner pour aller à la cour. On plaçait le juge à un bout de la table, et à l’autre bout l’avocat cuisinier, la figure encore enflammée, du feu de l'inspiration et du poële. L’impatience générale donnait bien vite le signal de découvrir les plats. Tout en satisfesant les premièros wide de leur appétit, les convives laissaient échapper, entre leurs dents si occupées, de courtes acclamations en lhonneur de l’auteur du festin. Le premier quart d'heure passé, les santés et les bravos éclataient. Il était rare qu’on lui laissa manger le quart de son diner avant de Île griser, il lui fallait trinquer avec tous les convives reconnaissants jusqu’à ce qu'il se dérobât sous la table aux félicitations trop empressées.
Il y a bien d’autres types maintenant à peu pa disparus que je pourrais esquisser, mais
e temps me presse, et vous avez hâte sans doute que je finisse.
Un dernier mot cependant, Mesdames et Messieurs, qui sera la conclusion naturelle de cette causerle.
Attachons-nous à nos vieilles mœurs, à tout ce qui nous reste de nos pères, c’est le meilleur moyen de conserver notre nationalité.
Attaqués à l’extérieur nous serons toujours victorieux, si d'avance nous n’avons pas livré nos foyers à l'étranger. Ah! que ne pouvonsnous faire revivre ceux qui dorment, rajeunir ceux quisont vieux, retenir ceux qui vont
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partir! Mais le présent ne s’attarde pas à écouter les plaintes que les poètes versent sur les ruines; on ne Îles entend que dans les
tombes, et dans les cieux !
Restons fidèles du moins à la mémoire de nos ancêtres, aux aimables souvenirs de la société canadienne ; ressemblons le plus possible à nos pères, car c'étaient les plus braves gens que la terre ait portés.
La chanson de la St.-Jean-Baptiste,
Respectueusement dédiée à la Société St. Jean- Baptiste de Québec.
AtR :—A la Claire Fontaine.
Des rayons de l'aurore
Le ciel est enflammé ;
Quel beau jour vient d’éclore ? L'air est tout embaumé !