HENRI, JENNY
jenny, avec embarras.
Je ne m'attendais pas à vous rencontrer... je rentrais.
HENRI
Vous ne restez pointa la fête?
JENNY
Non, Henri... ma mère m'en a dispensée... je lui ai demandé la permission de me recueillir, de rester encore seule., avec mes souvenirs.
HENRI
Ah ! vous n'avez rien à craindre d'eux... ils ne troubleront point votre bonheur.
JENNY
Que d'amertume dans ce reproche !..... pourtant, vous
pouvez m'en croire... je ne demandais à être seule qtie pour vous faire, dans ma pensée , un dernier, un éternel adieu...
Eternel!... je vous épargne les reproches. Autrefois, vous les eussiez compris ; maintenant... soyez heureuse.
JENNY
Heureuse !
HENRI
Vous allez l'être , puisque vous devenez la femme d'un homme riche... et rien ne troublera votre félicité... rien... pas même le souvenir d'un pauvre soldat dé marine que vous aimiez, avant que le malheur l'eût éloigné de vous.
JENNY
Que j'aimais!... ingrat! pouvez-vous bien chercher àm'affliger ainsi?., et deux années d'absence ont-elles changé votre cœur au point qu'il ne puisse plus lire dans le mien ? henri, à part.
Quel langage!
jenny, à demi-voix , et s approchant de Henri. Oui... si tu savais ce que j'ai souffert... ce que je souffre encore.*, ah! Henri! tu plaindrais la pauvre Jenny, tu ne l'accuserais pas.
HENRY
Que voulez-vous dire?
JENNY
Que depuis ta captivité , je n'ai pas eu un moment de bonheur...je me représentais Henri dans une prison... manquant de tout., sans appui, sans consolation... pensant peut-être à moi*
henri , à part,
Qu'entends-je ?
JENNY
Chaque soir, j'allais a la ville... si je rencontrais un soldat portant ton uniforme , je l'arrêtais... je lui demandais s'il sortait des prisons de France... s'il connaissait Henri Morton... leur réponse était toujours la même... alors, je revenais au village... le cœur oppressé, les yeux gonflés de pleurs que je voulais retenir... ma mère me grondait... eh bien! j'étais contente, parce qu'alors je pouvais pleurer tout à mon aise , sans nommer l'ingrat qui faisait couler mes larmes.
HENRI
Jenny , n'est-ce point un songe qui m'abuse? jenny , avec effusion.
Oh ! non !.. et puisque tu m'arraches un secret qui devait mourir avec moi; crois-en ton cœur... s'il te dit que Jenny n'a jamais cessé de t'aimer.
HENRI
Ociel!.... quoi! je pourrais encore espérer?.... cet affreux mariage n'aurait pas lieu ?
Répertoire dramatique.
JENNY
Que dis-tu? lorsque ma mère....
HENRI
J'ai son aveu... ce matin encore , en te donnant à Beîton , elle croyait faire ton bonheur... viens, viens la trouver... renonce à tes idées de grandeur. . ne crains pas d'être la femme d'un soldat... s il est pauvre, il travaillera , il soutiendra les vieux jours de ta mère... tu seras moins riche, Jenny, tu seras moins riche ; mais tu seras plus heureuge. ___^ ^
JENNY
Ah! Henri, cesse de me tenir ce langnge.... Belton a ma promesse... je ne puis la dégager , j'ai reçu son présent.
Je le sais... ah ! je vois trop pourquoi vous n'osez le porter devant moi... vous sentez qu'il vous accuse... et vous avez pu l'accepter ?
air du Vaudeville du Maître du Château. De ce pays, quand vous savez l'usage, Le recevoir , c'est former ua lien.
JENNY
De son amour , oui , j'ai reçu ce gage , Pourtant mon cœur ne me reproche rien.
HENRI
Par des détours , ne crois pas qu'on m'abuse; Même à les yeux tout doit te condamner...
JENTMY.
Faut-il qu'hélas ! ce soit lui qui m'accuse, Lorsque lui seul devrait me pardonner?
HENRI
Eh hien ! si tu as eu la faiblesse d'accepter... si ton cœur m'est resté fidèle, tout peut encore se réparer... l'usage du pays te dicte ta conduite.
JENNY
Que dis-tu ?
HENRI
Rends-lui son collier ; et tu es libre de disposer de ta main.
JENNY
Je ne le puis, vousdis-je!
Comment ?
JENNY
Lui ! le bienfaiteur de ma mère ! le payer d'ingratitude ! lui avouer que j'ai pu le tromper!
HENRI
Si tu lui dois de la reconnaissance , c'est en l'e'pousant que tu serais ingrate ; car , si tu ne l'aimes pas , tu ne saurais faire son bonbeur.
JENNY
Jamais je ne pourrai lui dire....
HENRI
Y songez-vous? garder le présent d'an homme que vous La Saint Valentin. 4«
ri épousez pas ; ces! lui dire : « Je vous aime. » C'est lui donner l'espoir.... non ! votre réputation , votre honneur:... tout vous fait un devoir de rejeter son pre'sent... vous le rendrez , Jenny... oui! vous le rendrez! eh! quoi, vous vous taisez.... c'en est assez.... je le vois, vous adorez ce Eelton... en m'abusant un instant, vous ne vouliez que désarmer ma colère.... eh bien! non !.... qu'il pe'risse!.... ou qu'il ait ma vie.... si je succombe , soyez sa femme, soyez heureuse; si on peut l'être après une trahison.
(Jenny sanglotant , et se couvre Je visage de ses mains.) air : Lance en arrêt , casque baissé.
jVïais vous pleurez... je suis vengé déjà.
jenny. d part.
L'ai-je Irahi! Dieu qui vois mes alarmes?
HENRI
Si mon retour vous affligea , Je vais partir , Jenny séchez vos larmes. Mais dans mon cœur , pour calmer les regrets , De celle perle encore trop douloureuse , Je reviendrai quand vous serez heureuse.
JENNY
Ah ! vous ne reviendrez jamais.
(Elle tombe daits les bras de Henri.")
les mêmes, NIGEL, Mad. WILLIAMS, BETTY, BELTON, Paysans, Paysannes, betty, à Nigel.
Vous le voyez !
air de la Batelière de B riens.
0 ciel ! ô ciel! Le fiiiL est donc certain , File a quitté son Yaîenlin ?
Faut-il, hélas ! que V châtiment Vienn' la frapper en ce momenj.
NIGEL
On a trahi la loi sévère, Je dois le déclarer ici.