‹ La St-Valentin, ou Le collier de perles, comédie-vaudeville en un acteChapitre 11 sur 12 · HENRI, JENNY · texte numérisé non relu

HENRI, JENNY

jenny, avec embarras.

Je ne m'attendais pas à vous rencontrer... je rentrais.

HENRI

Vous ne restez pointa la fête?

JENNY

Non, Henri... ma mère m'en a dispensée... je lui ai demandé la permission de me recueillir, de rester encore seule., avec mes souvenirs.

HENRI

Ah ! vous n'avez rien à craindre d'eux... ils ne troubleront point votre bonheur.

JENNY

Que d'amertume dans ce reproche !..... pourtant, vous

pouvez m'en croire... je ne demandais à être seule qtie pour vous faire, dans ma pensée , un dernier, un éternel adieu...

Eternel!... je vous épargne les reproches. Autrefois, vous les eussiez compris ; maintenant... soyez heureuse.

JENNY

Heureuse !

HENRI

Vous allez l'être , puisque vous devenez la femme d'un homme riche... et rien ne troublera votre félicité... rien... pas même le souvenir d'un pauvre soldat dé marine que vous aimiez, avant que le malheur l'eût éloigné de vous.

JENNY

Que j'aimais!... ingrat! pouvez-vous bien chercher àm'affliger ainsi?., et deux années d'absence ont-elles changé votre cœur au point qu'il ne puisse plus lire dans le mien ? henri, à part.

Quel langage!

jenny, à demi-voix , et s approchant de Henri. Oui... si tu savais ce que j'ai souffert... ce que je souffre encore.*, ah! Henri! tu plaindrais la pauvre Jenny, tu ne l'accuserais pas.

HENRY

Que voulez-vous dire?

JENNY

Que depuis ta captivité , je n'ai pas eu un moment de bonheur...je me représentais Henri dans une prison... manquant de tout., sans appui, sans consolation... pensant peut-être à moi*

henri , à part,

Qu'entends-je ?

JENNY

Chaque soir, j'allais a la ville... si je rencontrais un soldat portant ton uniforme , je l'arrêtais... je lui demandais s'il sortait des prisons de France... s'il connaissait Henri Morton... leur réponse était toujours la même... alors, je revenais au village... le cœur oppressé, les yeux gonflés de pleurs que je voulais retenir... ma mère me grondait... eh bien! j'étais contente, parce qu'alors je pouvais pleurer tout à mon aise , sans nommer l'ingrat qui faisait couler mes larmes.

HENRI

Jenny , n'est-ce point un songe qui m'abuse? jenny , avec effusion.

Oh ! non !.. et puisque tu m'arraches un secret qui devait mourir avec moi; crois-en ton cœur... s'il te dit que Jenny n'a jamais cessé de t'aimer.

HENRI

Ociel!.... quoi! je pourrais encore espérer?.... cet affreux mariage n'aurait pas lieu ?

Répertoire dramatique.

JENNY

Que dis-tu? lorsque ma mère....

HENRI

J'ai son aveu... ce matin encore , en te donnant à Beîton , elle croyait faire ton bonheur... viens, viens la trouver... renonce à tes idées de grandeur. . ne crains pas d'être la femme d'un soldat... s il est pauvre, il travaillera , il soutiendra les vieux jours de ta mère... tu seras moins riche, Jenny, tu seras moins riche ; mais tu seras plus heureuge. ___^ ^

JENNY

Ah! Henri, cesse de me tenir ce langnge.... Belton a ma promesse... je ne puis la dégager , j'ai reçu son présent.

Je le sais... ah ! je vois trop pourquoi vous n'osez le porter devant moi... vous sentez qu'il vous accuse... et vous avez pu l'accepter ?

air du Vaudeville du Maître du Château. De ce pays, quand vous savez l'usage, Le recevoir , c'est former ua lien.

JENNY

De son amour , oui , j'ai reçu ce gage , Pourtant mon cœur ne me reproche rien.

HENRI

Par des détours , ne crois pas qu'on m'abuse; Même à les yeux tout doit te condamner...

JENTMY.

Faut-il qu'hélas ! ce soit lui qui m'accuse, Lorsque lui seul devrait me pardonner?

HENRI

Eh hien ! si tu as eu la faiblesse d'accepter... si ton cœur m'est resté fidèle, tout peut encore se réparer... l'usage du pays te dicte ta conduite.

JENNY

Que dis-tu ?

HENRI

Rends-lui son collier ; et tu es libre de disposer de ta main.

JENNY

Je ne le puis, vousdis-je!

Comment ?

JENNY

Lui ! le bienfaiteur de ma mère ! le payer d'ingratitude ! lui avouer que j'ai pu le tromper!

HENRI

Si tu lui dois de la reconnaissance , c'est en l'e'pousant que tu serais ingrate ; car , si tu ne l'aimes pas , tu ne saurais faire son bonbeur.

JENNY

Jamais je ne pourrai lui dire....

HENRI

Y songez-vous? garder le présent d'an homme que vous La Saint Valentin. 4«

ri épousez pas ; ces! lui dire : « Je vous aime. » C'est lui donner l'espoir.... non ! votre réputation , votre honneur:... tout vous fait un devoir de rejeter son pre'sent... vous le rendrez , Jenny... oui! vous le rendrez! eh! quoi, vous vous taisez.... c'en est assez.... je le vois, vous adorez ce Eelton... en m'abusant un instant, vous ne vouliez que désarmer ma colère.... eh bien! non !.... qu'il pe'risse!.... ou qu'il ait ma vie.... si je succombe , soyez sa femme, soyez heureuse; si on peut l'être après une trahison.

(Jenny sanglotant , et se couvre Je visage de ses mains.) air : Lance en arrêt , casque baissé.

jVïais vous pleurez... je suis vengé déjà.

jenny. d part.

L'ai-je Irahi! Dieu qui vois mes alarmes?

HENRI

Si mon retour vous affligea , Je vais partir , Jenny séchez vos larmes. Mais dans mon cœur , pour calmer les regrets , De celle perle encore trop douloureuse , Je reviendrai quand vous serez heureuse.

JENNY

Ah ! vous ne reviendrez jamais.

(Elle tombe daits les bras de Henri.")

les mêmes, NIGEL, Mad. WILLIAMS, BETTY, BELTON, Paysans, Paysannes, betty, à Nigel.

Vous le voyez !

air de la Batelière de B riens.

0 ciel ! ô ciel! Le fiiiL est donc certain , File a quitté son Yaîenlin ?

Faut-il, hélas ! que V châtiment Vienn' la frapper en ce momenj.

NIGEL

On a trahi la loi sévère, Je dois le déclarer ici.

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