MV + M'V' = PT
M représente la monnaie, M’ les dépôts en banque transmissibles par chèques, V et V’ leurs vitesses de circulation respectives, P le niveau des prix et T le volume des transactions.
Le premier membre reste seul causal, mais une place est faite aux moyens de paiement autres que la monnaie:
Avec le troisième chapitre nous abordons l'étude des maux qui sont la conséquence de l'instabilité des prix. La hausse, qui donne aux entreprises une prospérité un peu factice, atteint les rentiers à la fois dans leur revenu et dans leur capital et en même temps les travailleurs, dans leurs salaires, dont l'élévation n’est pas aussi rapide que celle du coût de la vie. La baisse paralyse la vie économique du pays, les profits font place à des pertes et un certain nombre d'ouvriers se trouvent réduits au chômage. D'une façon plus générale, les variations du pouvoir d'achat de la monnaie causent, tantôt aux créanciers, tantôt aux débiteurs,un préjudice qu’il importe d'éviter.
Aussi l’auteur va-t-il s'attacher à trouver un remède à ces changements dans la répartition des richesses qui sont en définitive un mal pour tous.
Le coupable est le dollar, unité instable, mètre en caoutchouc. Il faut fixer son pouvoir d’achat, de ce qui n’est qu’une unité de poids, un vingtième d’once d’or, il faut faire véritablement une unité de valeurs. Instables à leur début, toutes les unités de mesure se sont peu à peu fixées, le tour du dollar est venu. Nous pouvions tolérer ces variations lorsque nous les attribuions à des causes extérieures. Maintenant que nous savons à quoi elles sont dues nous devons les faire cesser.
Pour cela, au lieu de fixer le sort du dollar à un seul métal, on pourrait songer à le faire dépendre de deux, selon une formule bi-métalliste, ou de plusieurs. Mais les métaux sont le groupe de produits dont les prix sont les plus instables, nous allons donc prendre un ensemble de marchandises. Nous aurons alors, selon la pittoresque expression de Mr Fisher, « un dollar-
panier-de-marché », c’est-à-dire un dollar valant par définition une certaine somme de produits au lieu de valoir un certain poids d’or. Cette somme de produits vaudra toujours un dollar comme le valait un vingtième d’once d’or.Ce qui variera,ce ne sera plus cette somme de produits, c’est-à-dire son pouvoir d’achat mais son poids d’or. Le pouvoir d’achat ainsi défini sera constant mais le dollar ne contiendra plus un poids fixe de métal. Si on compose le panier type comme l'indice du niveau général des prix, le dollar marchandise ainsi constitué représentera un pouvoir d’achat constant sur l’ensemble des denrées dont cet indice se trouve formé. Mais il ne pourrait servir en même temps d’intermédiaire des échanges,ce rôle sera dévolu à un dollar en papier qui représentera le panier type. Ce ne sera pas un grand changement puisque l'or monnayé n’entre plus pour une part importante dans la circulation où il est représenté par du papier monnaie, comme lesera désormais le panier type. Devenu ainsi, d'unité de poids d’or, unité de mesure du pouvoir d'achat, le dollar sera véritablement un étalon des valeurs. Pour réaliser cette réforme, il suffira de faire varier convenablement le poids d’or contenu dans chaque dollar.
Ainsi le Mexique a un dollar qui pèse moitié moins que le dollar américain, on pourrait,en doublant son poids d’or, doubler son pouvoir d’achat. La stabilité du dollar sera donc assurée par une addition ou une soustraction de grains d’or selon que sa valeur tendra à baisser ou à monter.
Mais alors se posent trois questions :
1° Peut-on faire varier périodiquement le poids d’or du dollar ?
20 Selon quel critérium ce changement de poids serat-il fait ?
30 Ces changements stabiliseront-ils le dollar ?
Répondant à la première question Mr Irving Fisher rappelle les variations de poids d’or qui furent effectuées en 1834 et 1837 aux Etats-Unis et plus récemment aux Philippines. L’abandon de la circulation de pièces d’or, entièrement remplacées par des billets, facilitera encore ces changements qu’il sera dès lors facile aux gouvernements, ou aux instituts d'émission de réaliser à des époques données. L’achat et la vente du métal resteront libres, mais le prix de l’or,au lieu d’être fixé une fois pour toutes en dollars, variera à certains intervalles fixes.
Ces changements seront basés sur les mouvements d’un index-number officiel. Si celui-ci enregistre par exemple une hausse de 1 %, le poids du dollar sera élevé de 1 % de manière à ce que sa valeur étant ainsi accrue, son pouvoir d'achat en marchandises le soit d’autant et que le niveau général des prix revienne à son ancien cours.
Un dollar pesant un vingtième d’once d’or, l’indice marque 100. Supposons qu'il s’élève jusqu’à 110, cela signifie qu'un vingtième d’once d’or ne vaut plus que les 100/110 de sa valeur ancienne. Pour que le dollar reste stable il suffit d'élever son poids d’or dans la proportion de 100 à 110. Un dollar pésera désormais 11 /200 d’once d’or et le niveau des prix se trouvera par là même ramené à 100. Si le résultat escompté n'est pas rigoureusement atteint du premier coup, la correction suivante nous en rapprochera, et celles qui interviendront par la suite permettront à l’indice des prix de tendre toujours vers le pair comme les mouve-
ments successifs imprimés à un volant de direction permettent de suivre une ligne droite. Ainsi les nouveaux dollars vaudront plus ou moins d’or selon les variations des nombres indices, mais ils tendront toujours, quelle que soit la cause de ces variations, à être égaux à un imaginaire dollar marchandise de pouvoir d'achat constant par définition.
Ainsi les prix seront stabilisés grâce aux quatre mesures suivantes :
10° Circulation uniquement fiduciaire.
29 Liberté de l’achat et de la vente de l’or.
39 Détermination d’un index-number officiel.
49 Correction du poids d’or du dollar selon les variations de cet index-number.
La proposition de loi du représentant Goldsborough (cf., p. 10) prévoyait leur application. Le 8 janvier 1924, à 3 heures du matin le dollar devait cesser d’être une quantité constante d’or à pouvoir d'achat variable pour devenir une quantité variable d’or en ligots, à pouvoir d’achat approximativement constant. Les corrections devaient avoir lieu dans la première semaine du mois de janvier, puis de deux mois en deux mois. Un indice devait être établi comprenant 75 à 125 produits. Le niveau de 1923 était choisi comme normal. Ses variations devaient entraîner celles du poids d’or du dollar. Celles-ci ne pouvaientcependant pas dépasser 1 %, montant du droit de brassage. Ce droit sur l’achat et la vente de l'or, est établi pour éviter de trop faciles arbitrages.
Les spéculateurs peuvent prévoir par le mouvement des prix la nouvelle base sur laquelle l’or sera acheté
ou vendu. Ils peuvent d'autre part effectuer des transactions au prix différent fixé momentanément et réaliser ainsi sans risques d'importants bénéfices aux frais de la banque d'émission. Le prélèvement d’un droit égal à la correction maxima enlève tout intérêt à ces opérations. Il peut toutefois se produire une modification du niveau des prix telle qu’il faille plusieurs corrections pour la compenser. Par exemple une hausse peut nécessiter plusieurs additions d’or successives. Un étranger peut, avec de l'or, acheter des dollars, les placer à court terme sur le marché américain, puis la série des corrections effectuée, racheter une quantité d’or plus forte que celle qu'il lui a fallu débourser et rapatrier ce métal. Il réalisera de ce fait un bénéfice appréciable. En cas de baisse, il peut emprunter des dollars et procéder à l’opération inverse. Cette objection au plan, soulevée par le professeur Rogers, au cours de la discussion du Goldsborough Bill a été prise en considération par Mr Irving Fisher, mais celui-ci considère, sans doute avec raison, que les variations du change provoquées par ces mêmes influences annuleraiïent le bénéfice d’une telle opération. D’autres critiques peuvent être adressées au système du dollar marchandise.
En supposant qu'il soit efficace, la stabilité des prix obtenue grâce à lui ne le serait que par à-coups. Aux causes continues des variations il oppose un correctif discontinu, la stabilité ne sera pas complète, la courbe des prix gardera cet aspect de courbe, ce ne sera pas une ligne droite horizontale, mais une sorte de sinusoïde dont l’axe serait horizontal.
D'autre part, seuls les mouvements qui ont déjà eu lieu seront combattus. Et selon la phrase de l’écono-
miste anglais Hawtrey: : « Ce n’est pas la hausse passée des prix mais leur hausse future qu’il faut combattre. » On pourrait cependant négliger ces critiques de détail si le moyen proposé ne portait en soi une contradiction.
Les mesures envisagées ont un effet immédiat sur les réserves d’or de l’Institut d'émission. Dans un régime d’étalon-or normal, l’encaisse métallique, sison montant n’est changé par aucun apport ni par aucun retrait, a une valeur constante. Au contraire, avec le dollar-marchandise, les corrections qui ajoutent ou retirent les grains de métal à l’unité monétaire diminuent ou augmentent la valeur en dollars de cette encaisse. En supposant une hausse des prix qui oblige à une augmentation du poids d’or du dollar l’encaisse tendra à baisser et pour peu que ce mouvement se prolonge pourra descendre au-dessous du minimum légal.
En face de cette situation deux alternatives sont possibles.
Ou bien laisser à la réserve une valeur variable — appelons avec Mr Fisher cette alternative de la «réserve indéfinie », alternative À —, ou bien au contraire assurer à la réserve une valeur constante en émettant de nouveaux certificats ou en en retirant dela circulation, selon que l’or augmente ou diminue de prix. —et c’est l’alternative B, de la « réserve définie ».
En envisageant la première alternative l’auteur note très justement que la perte supportée par le gouvernement en cas de baisse de l’or existe dans le système actuel pour chaque possesseur de billets. Au lieu que la réserve vaille moins de dollars, c’est actuellement
1, Monetary Reconstruction, p. 105.
chaque dollar qui représente un pouvoir d'achat moindre, Mais il ne nous semble pas que le premier inconvénient doive empêcher le second d’exister. Si, en effet, le nombre de billets en circulation demeure constant — c’est la définition même de l’alternative À — il n’y a pas de raison pour que le pouvoir d’achat de chacun d’eux soit augmenté par une addition de métal. Ce ne serait que par une action psychologique, par une sorte de superstition de l’or que pourrait jouer ce système qui veut enlever à l’or son rôle. La réaction des massesdevant les faits économiques a été rendue évidente par les expériences monétaires récentes. Les perspectives financières et politiques ont eu une influence indéniable sur le cours des changes. Il se peut que les changements de poids du dollar n’aient aucune action sur les mouvements de prix, ou à l'inverse que leur influence soit si profonde qu’elle dépasse le but. De toute façon la relation ne peut être mathématique entre les corrections de poids et les variations des prix.
Pour les particuliers en effet le métal n’a plus de valeur que par ses emplois industriels, extrêmement limités, et comme objet d’une spéculation rendue presque impossible par les droits de brassage. Les opérations qui peuvent avoir lieu de ce fait ne seront certainement pas suffisantes pour assurer l'efficacité du plan. Ce n’est qui si des places étrangères ont conservé l’or comme étalon, le faisant ainsi bénéficier d’un large marché, que des résultats heureux peuvent être attendus. Des arbitrages auraient alors lieu, qui seuls permettraient au poids de métal représenté par chaque billet d’avoir une signification et une action sur les prix. La réforme n’atteindra donc son but, par l'intermédiaire des changes
que si elle n’est pas universellement adoptée, et grâce aux nations qui y seront réfractaires. Mais alors la stabilité des prix aurait pour contre-partie l’instabilité des changes. Il en résulterait une incertitude gênante pour le commerce extérieur dont les transactions n’offriront plus aucune sécurité et l'injustice ne sera pas évitée mais aura simplement changé de domaine.
La situation dans laquelle on se trouve avec l’alternative B ne laisse pas non plus d’être assez curieuse. Les variations apportées au volume de la circulation pourront avoir une certaine action sur les prix. L’émission de nouveaux billets à cause d’une hausse de l'or sera une source de revenus pour l'Etat ou la banque centrale. De cet enrichissement, les pouvoirs publics désigneront les bénéficiaires. Si l'or baisse, la banque devra, pour compléter ses réserves, retirer des certificats de la circulation et pour celaïlfaudra sans doute faire appel à l’impôt. C’est dire que l’appauvrissement sera supporté en définitive par les particuliers, non pas selon les lois économiques, mais selon l’arbitraire du gouvernement. On imagine au devant de quelles innombrables difficultés l’on se dirige, à quelles récriminations l’on s’expose. Toute la contradiction apparaît d’un plan basé sur la convertibilité des billets en poids d’or variable, qui enlevant à l’or son rôle d’étalon se confie cependant à son seul prestige pour augmenter ou diminuer la valeur de la monnaie. Ce n’est que par l’intermédiaire de forces extérieures, change, action gouvernementale, que le système pourra jouer, encore ses effets seront-ils limités à la circulation monétaire. On ne peut admettre que le crédit ne fasse que suivre celle-ci et qu’il soit automatiquement réglé si elle l’est.
o2 LA STABILISATION DES PRIX
L'expérience de ces dernières années a montré avec une force particulière qu’il pouvait en être différemment et l'importance croissante des moyens de paiement autres que la monnaie fait que l’on considère aujourd’hui les crédits et les dépôts comme les éléments les plus actifs du mouvement des prix.
Aussi les partisans du dollar marchandise comme MMrs Cannan et Bellerby professent-ils, et Mr Fisher lui-même admet-il! que la manipulation du contenu d’or du dollar ne sera pas suffisante Elle devra être accompagnée d’un certain contrôle du crédit. Ce contrôle est même généralement considéré, aujourd’hui, comme le seul moyen efficace de stabiliser les prix. Il sera confié aux banques centrales, dont l’action sur le marché monétaire devra tenir compte, non plus seulement de la situation des réserves métalliques, mais des fluctuations des nombres indices.