CHAPITRE II
Le souci n’est pas nouveau chez les économistes d’assurer à la monnaie un pouvoir d’achat stable, Dès e début du xix£siècle ils se sont attachés à ce problème.
En 1822, Joseph Lowe publie un livre sur « L'état présent de l'Angleterre relativement à l’agriculture, au commerce et aux finances» dans lequel il établit, en tenant compte des diverses denrées consommées, une sorte d'indice de la consommation moyenne d’une famille qu’il nomme table de référence. Et il recherche la modification à apporter à un contrat libellé en monnaie pour que la somme d’argent stipulée possède toujours le même pouvoir d'achat. Cela revient à corriger le contrat par l'indice du coût de la vie, procédé employé en France au cours de ces dernières années.En 1833, Mr Poulett-Scrope dans une brochure intitulée «Examen de la question des statuts de la Banque, avec une étude sur la nature d’un bon étalon des valeurs », proposait de constituer un étalon en prenant le prix moyen d’un ensemble de marchandises. Cet étalon pourrait servir à corriger les variations de la monnaie légale.
Son étude a été reprise par Stanley Jevons qui a attaché son nom à ces projets de Tabular Standard, ou
étalon tabulaire. Il proposait la création d’une commission qui établirait un indice officiel des prix. Cet indice servirait à corriger les paiements selon les variations du pouvoir d’achat de la monnaie dont il serait la mesure. Cette correction indiciaire serait tout d’abord facultative et pourrait ensuite, lorsque le public s’y serait habitué, être rendue obligatoire,avec toutefois la faculté d'y échapper par une stipulation expresse.
Un plan d'un autre genre a été conçu par l’économiste français Léon Walras. Pour obtenir des prix stables il suffirait de combiner le monométallisme or « avec un billon d’argent distinct de la monnaie divisionnaire qu’on introduirait dans la circulation ou qu’on en retirerait de manière à ce que l’étalon multiple ne variât pas »,c’est-à-dire à ce que le niveau des prix fût constant.
Plus près de nous, Mr Irving Fisher a élaboré la théorie du dollar marchandise. Sous le titre de « Slabilising the dollar » parut en 1913 l’ouvrage.dans lequel il l’expose.
De l’étude des variations du niveau général des prix, telles qu’elles apparaissent dans les nombres indices: il conclut que « le dollar n’est pas une unité constante de pouvoir d’achat ». Il recherche ensuite les causes de ce phénomène. Certains facteurs particuliers éliminés, l’auteur, se basant sur le fait que les fluctuations des prix des diverses marchandises ont lieu dans le même sens leur attribue une cause générale. Ce ne peut être la rareté des biens dont la quantité semble au contraire avoir augmenté. D'autre part, l'attention est appelée sur Ce fait que les mouvements sont différents suivant les systèmes monétaires. Des pays ayant même système voient leurs prix respectifs augmenter ou baisser paral-
lèlement,tandis que ceux dont les systèmes sont diffé. rents ont souvent des mouvements de prix opposés. Il compare la courbe des prix de 1860 à 1880 aux Etats- Unis, qui se trouvaient alors sous un régime de papiermonnaie et en Angleterre, où l’étalon or était au contraire en vigueur. Il aperçoit que les courbes sont divergentes et, ce qui est plus instructif, que le rapport des prix Varie comme celui des changes.
On peut écrire :
Prix Etats-Unis Prix Angleterre Il semble donc bien que la cause des variations des prix soit monétaire et même qu’elle réside dans les variations des quantités de monnaie en circulation. C’est ce que tendrait à prouver la correspondance entre la courbe des prix et celle de la circulation avec une avance
— change.
de deux mois pour celle-ci.
Nous aurions en somme abouti à un exposé de la théorie quantitative pure (dans sa forme M — KP, le premier membre de l’équation étant seul causal) si dans un dixième paragraphe nous n’'étions avertis qu’il y a trois sortes d’inflations : de papier monnaie, d’or et de crédit. Nous nous trouvons ainsi ramenés à une forme plus récente de cette théorie exprimée par l’égalité qui a gardé le nom de son auteur :