‹ La stabilisation du francChapitre 22 sur 23 · A RAE · texte numérisé non relu

A RAE

l'inflation ou l'inflation avec les impôts. Maïs, chaque fois, chaque ministre des Finances vient régulière-

nent nous dire que c’est la dernière fois qu'il nous : demande ou de l'inflation ou des impôts, parce que

l'équilibre budgétaire va enfin être atteint, et toujours, je le répète, la caisse est vide.

Quel est l'objet du débat ? Nous avons un nouveau .

ministre des finances. {Sourires.) Je me permets de vous appeler un nouveau ministre des finances, mon-

sieur Doumer, parce que vous êtes un nouveau pRRRe des finances depuis l'armistice.

M. le Rapporteur général.

fois.

M. Jacques Duboin. — Vous êtes nouveau pour 1926. M. le ministre des finances nous dit : « La caisse est vide : donnez-moi de l'argent. » Et pour ne pas mentir

à la tradition, il nous promet non seulement l'équili-

la deuxième

bre du budget, parce que cela ne suffit plus, mais le .

super-équilibre, et il nous demande cette fois, d'un -

seul coup, 9 milliards d'impôts.

M, le ministre des finances. — Je ne le promets pas: je vous le demande.

M, Jacques Duboin. — Nous vous voterons ces 9 mil-

iards d'impôts, monsieur le ministre des finances, mais .

ils ne suffiront pas à équilibrer votre budget. Si toute votre politique financière se borne à faire voter ces impôts, elle est insuffisante.

Ces impôts, quels sont-ils ? Est-il bien nécessaire de les examiner maintenant ? Nous le ferons au moment où nous discuterons les articles. Je veux abréger pour ne pas abuser de la bienveillance de la Chambre. (Parlez ! parlez !)

Mais quels sont ceux que vous proposez, monsieur le ministre des finances ? Des impôts indirects. Et, très loyalement, vous nous dites la raison de cette préférence : cest parce qu'ils produisent rapidement ; parce aue l'argent rentrera vite dans votre caisse.

Eh bien, monsieur le ministre des finances, je vous fais un aveu. Moi aussi, je suis de ceux qui, au cours de la dernière période électorale, ont combattu la taxe sur le chiffre d'affaires. Cependant, je préfère dire à mes électeurs que je me suis trompé, plutôt que de risquer de porter préjudice à mon pays. (Applaudissements.). é

Oui, je suis prêt à voter les projets du Gouvernement, si vous voulez bien les accompagner des mesures d’ordre monétaire, que nous avons réclamées à cette tribune. Sinon ces projets seront bien inutiles. Ils conduisent directement à une nouvelle inflation, car ils vont avoir, comme toutes les nouvelles charges fiscales, l'incidence ordinaire et funeste : la hausse du prix de la vie.

Dès qu'ils vont être en vigueur, les producteurs diront : « Vous nous obligez à augmenter nos prix de revient. Donc, nous sommes obligés d'augmenter nos prix de vente. »

Les commerçants diront : « Nous sommes obligés d'acheter plus cher. Par conséquent, nous sommes obligés de vendre plus cher. »

trouver gênés dans leur trésorerie. Elle 8 sh un volume ou déterminé ; ; et, pris

Dodrcement Or, votre trésorerie est telle qu on ne. peut f

de Fi sous forme d'impôt, on vous lus sous forme ie TÉDO BRAS de bons.

impôts, contrairement à à ce que croyait M. Louch A résorbent pas l'infiation, ils l'absorbent ; de sorte

rires.. . s

23e à a ROMAN MATE x SE dt bia

Je considère ces impôts comme une position de repli, qui vous permettra d'attendre quelque temps ; à l'abri de ces ressources nouvelles qui, je viens de vous le

montrer, ne resteront pas longtemps dans votre caisse, voulez-vous commencer une politique de stabilisation

monétaire qui nous mette définitivement à l'abri des

<rises inflationnistes ?

À gauche. — Comment ?

M. Garat.

Dans quelles conditions ?

M, Jacques Duboin. — Je ne vais pas y répondre ici, car j'ai déjà fait cet exposé dans un autre débat.

Au lieu de cela vous me dites que vous voulez revaloriser le franc. Si vous voulez revaloriser le franc, c’est bien la preuve que vous pouvez stabiliser la monnaie comme on vous le demande ici. Puisque vous vou lez que le franc remonte la pente, c'est que vous vous croyez capable d'arrêter le glissement de notre monnaie. | Nous vous demandons alors de vous contenter d’ar. rêter ce glissement et de stabiliser, car c'est déjà une tâche énorme, très délicate, c'est tout un programme

très difficile à réaliser.

Mais si vous vous bornez à vouloir remoïiter la pente, alors vous ne ferez pas l'immense effort de stabilisation qui est indispensable, et nous continuerons à glisser insensiblement et peut-être jusqu'à la catastrophe. {Mouvements divers.)

Je vous disais tout à l'heure que votre désir de revaloriser le franc était utopique. Je parle, bien entendu, d'une ravalorisation définitive, non pas d'une revalorisation momentanée de quelques mois, obtenue par coups de bourse. Mais vous ne pouvez pas espérer, monsieur le ministre... À

M. Chassaigne-Goyon. — Personne n’y pense en ce

moment, mais il est permis d’ espér er DoUR l'avenir u une revalorisation progressive. | as

M. Jacques Duboin. — Pardon ! on parle de revalori-… sation. on M. Chassaigne-Goyon. — Personne ne pense à la. revalorisation définitive. le rte Re

M, Jacques Duboin, — Vous ne pouvez espérer aboutir à revaloriser le franc qu’en agissant sur le change, c'est-à-dire en retirant des billets de la circulation, car c’est cette énorme masse de billets qui le déprécie.

En 1914 — je crois que tout le monde est d'accord sur ce point — nous avions 6 milliards de billets , et 5 milliards de pièces d'or et d'argent, soit au total une circulation de 11 milliards. Aujourd'hui, nous avons une circulation de 50 miiliards. Par conséquent, si vous voulez revaloriser le franc, il faut réduire le nombre de billets et en détruire le plus possible.

M. le ministre des finances, — C'est ce que j'ai déjà fait.

Pres

M. Jacques Duboin. — Non, vous ne l'avez pas fait. Vous vous imaginez l'avoir fait. En 1920 et 1921, la déflation que vous avez pu faire a été la conséquence | de la baisse des prix mondiaux, elle s'est fait sentir dans tous les pays, même au Japon. (APRHHAISSS 4 ments.)

Il faut faire rentrer des billets pour revaloriser le. franc, disiez-vous tout à l’heure, pour donner pus de valeur à ceux qui resteront.

Mais chaque billet, dans la circulation, a un proprié- à taire légitime, Il faut done lui reprendre ce billet. Sous. quelle forme ? Sous forme d'impôt ? |

Or, nous l’avons vu tout à l'heure, vous n'avez même pas assez d'argent pour faire face à vos dépenses ; de

LS

plus, vos impôts nouveaux, provoquant la hausse du prix de la vie, vont liquéfier quelques-uns des bons à court terme, de sorte qu'au moment où vous allez demander un billet ici, on viendra vous en demander un là.

Et la revalorisation serait un désastre pour le pays, parce qu'une monnaie, monsieur le ministre des finances, n'a de valeur qu’autant qu'elle est stable. Une monnaie qui se déprécie ou qui se revalorise ne peut pas servir aux échanges : elle ressemble à un mètre qui s'allongerait ou se retrécirait à tout moment. Vous avantagez les débiteurs quand la monnaie se déprécie ; les créanciers, quand elle se revalorise, mais, en aucune manière, vous ne pouvez satisfaire tout le monde. Tout mouvement dans la valeur de.la monnaie provoque une nouvelle distribution arbitraire des richesses, donc des troubles immenses dans notre économie nationale.

La revalorisation aurait, en outre, comme conséquence immédiate, l'impossibilité pour l'Etat de payer ses rentiers.

Si, demain, vous réalisiez votre plan chimérique de revalorisation, le volume du budget, qui est actuellement de 40 milliards, tomberait à 39, 38, 37, 36 milhards, et ainsi de suite, puisque, avant la guerre, il était de 6 milliards. Ainsi, en exigeant du pays le même effort fiscal, vous arriveriez bientôt au moment où l'Etat ne pourrait plus payer les 22 milliards qu'il doit aux rentiers et aux pensionnés. D'autre part, ce sont tous les gens qui travaillent qui feraient les frais de la revalorisation du franc. L'exemple de l'Angleterre, qui a tenté l'expérience, ne vous suffit-elle pas ? Pour rendre à la livre les quelques points qui lui manquaient pour être au pair de l'or, l'Angleterre connaît un chômage qui lui coûte déja aussi cher qu'a coûté à notre pays la remise en état des régions dévastées. (Applaudissements.)

APRES RARE AN ER RE PUS ER TR Le

Je sais que M. Bokanowski déclare qu’ avec de la confiance, tout s'arrangera. Il assimile l'Etat — ce qui est vrai — à une immense banque de dépôts à qui 1 confiance est nécessaire. C'est parfait. Mais cette con fiance, il faut qu'elle repose sur quelque chose, La confiance peut avoir des éclipses. Si une banque n’a pas | les fonds de ses clients investis de telle sorte quelle puisse à toute réquisition satisfaire à leurs demandes de remboursement, il n’y a pas de confiance qui tiendra.

La confiance que vous demandez, mon cher collègue et qu'une banque doit inspirer, ne met pas celle- -ci à l'abri d'une demande de remboursement.

Supposez une tension diplomatique, ou bien des diff cultés au Maroc ou ailleurs ; à ce moment là confiance ne suffira pas. L'Etat aura besoin d'argent pour ‘faire face à toutes les demandes. D'autre part, c’est le besoin 1 souvent qui pousse aux demandes de remboursement Ée des bons, parce que la hausse des prix est la conséuence des impôts. Allez-vous me dire que c'est avec he la confiance qu'un Français ira payer son tailleur? … (Rires et appiaudissements à l'extrême JUueRes se sur divers bancs à gauche.) |

M. Maurice Bokanowski, — Soyez tranquille, je : ne dirai jamais cela. C’est trop simpliste. Et

M. Jacques Duboin. — Mon cher ami, la confiance. ct une résultante et la question est bien plus compliquée que vous ne le croyez. Ce n’est pas le crédit seul de l'Etat qui est en cause. Vous êtes trop averti de ce qui se passe en France pour ignorer que le crédit des collectivités et des particuliers est aussi malade que celui de l'Etat. 5 12

M. Louis Nicolle. — Pas du tout. pe De

M, Jacques Duboin. — Veuillez me citer la société. industrielle qui, ces derniers temps, a pu augmenter

son capital ou émettre des obligations. Dites-moi à quelle banque et à quel taux on peut se procurer de l'argent en première hypothèque sur un immeuble à Paris ? s __ M. Hubert Carmagnole, — Les communes les plus riches ne peuvent pas s’en procurer.

M, Maurice Bokanowski. — Me permettez-vous de vous répondre, monsieur Duboin ?

M. Jacques Duboin. — Certainement.

M. Maurice Bokanowski. — Vous faites une confusion entre le crédit de l'Etat et la confiance dans la monnaie.

Vous dites qu'on ne trouve plus facilement aujourd hui à placer des valeurs à revenu fixe. C'est vrai. Pourquoi ?

Quand il s'agit de compagnies de chemins de fer, de grandes institutions industrielles, de grandes collectivités comme le Crédit foncier, est-ce parce que ces grands organismes ont perdu leur crédit ? Nullement. Mais bien parce que le public ne veut plus des placements à revenu fixe, en francs dont le pouvoir d'achat diminue chaque jour.

M. Jacques Duboin. — Je ne dis pas autre chose.

M. Maurice Bokanowski. — J'ai donc raison de dire que vous confondez le crédit de l'Etat avec ce qui est bien différent : la confiance dans la monnaie. (Applaudissements au centre et à droite.).

M. Jacques Duboin. — Le crédit de l'Etat souffre comme les autres crédits. Les phénomènes ne se produisent pas rapidement ; mais, petit à petit les gens finissent par s'apercevoir que l'argent qu’on leur rend a moins de valeur que celui qu'ils ont prêté : alors ils ne prêtent plus.

Puisque vous m'avez interrompu, permettez-moi, à mon tour, de vous demander d'évoquer vos souvenirs. Lorsque, au cours de la dernière législature, j'invitais. M. de Lasteyrie à procéder à la stabilisation de la monnaie, vous étiez d'accord avec moi. La preuve, je la trouve dans une excellente petite brochure où vous avez écrit à la fois contre l'inflation et contre la déflation.

C'était bien la thèse de la stabilisation monétaire !

Mais cette brochure était tirée à un nombre limité d'exemplaires numérotés. Vous m'en avez donné un que je conserve précieusement. Je me demande! si je me trouve encore devant un enfant abandonné. (Rires)

Vous avez sur moi l'immense avantage de posséder un grand talent, mais j'ai sur vous cette petite supériorité de dire tout haut ce que vous pensez tout bas. (Rires et applaudissements à gauche.)

M. Maurice Bokanowski. — Me permettez-vous une obervation ?

M. Jacques Duboin. — Certainement.

M. Maurice Bokanowski. — Je suis confus d'avoir si souvent à vous demander l'autorisation de vous interrompre. Mais je n’ai jamais compté autant d'enfants que depuis qu'on combat mes idées avec ardeur. (Sourires.)

M. le président du Conseil. — Cela arrive quelquefois. (Sourires.)

M. Maurice Bokanowski. Quand on veut tenir une pensée secrète on ne l'imprime pas, ne fût-ce qu'à 1.000 exemplaires. J'ai donc imprimé et développé, em 1921 si j'ai bonne mémoire, cette idée qu'il fallait se prémunir contre les fluctuations de la monnaie et penser aux conditions de la stabilisation du franc.

Je suis encore de cet avis. Mais moi, mon cher collè-

gue, je ne voudrais à aucun prix de la stabilisation au cours de la livre à 130 fr.

Quand j'ai défendu le principe de la stabilisation, je pensais que, par une forte union établissant la confiance, on ramènerait rapidement le change à ce qu'il serait si les circonstances économiques seules agissaient sur lui. J'essayais d'éliminer de cet ensemble d'éléments qui pèsent sur notre monnaie l'élément défavorable que je croyais trouver dans les réactions d'ordre psychologique.

Tout le monde désire la stabilisation !

Mais, sans vouloir préjuger vos développements sur ce point, je crois que nous sommes en désaccord sur le moyen. Vous pensez qu'il suffit d’un acte de volonté du législateur pour stabiliser la valeur du franc.

M, Jacques Duboin. — Quelle erreur !

M. Maurice Bokanowski, — J'attendrai donc de connaître ce que vous nous avez promis : VOs vues particulières sur la façon de stabiliser ie franc.

En ce qui me concerne, je déclare que la stabilisation est le résultat d’un ensemble d'éléments et de circonstances — c'est, me semble-t-il, l'avis de M. le ministre des finances — …

M. le ministre des Finances. — Cette opération doit être préparée de longue main.

M. Maurice Bokanowski. — qui, à un moment donné, les éléments artificiels d'ordre purement psychologique étant éliminés, agissent comme les plateaux d'une balance qui arrivent insensiblement au point d'équilibre.

En ce moment, vous faites comme l'automobile, dont vous parliez. Vous voulez distancer le gendarme à cheval et vous allez trop vite. Il faut se servir du gendarme, c'est-à-dire de celui qui remettra dans nos

finances et dans notre budget l'ordre et la stabilisation. Chercher à stabiliser avant d’avoir établi la confiance, c'est chimérique ; c'est croire qu'il suffit d’un ensemble de textes législatifs pour modifier les faits économiques. è

M. Jacques Duboin. — Pas du tout.

M. Maurice Bokanowski, —- Adaptez vos idées aux faits économiques et vous obtiendrez naturellement, rapidement, la stabilisation du franc. (Applaudissements au centre et à droite.)

M. Paul Constans. — I] faut combattre la fraude.

M. Jacques Duboin. — Ce n'est pas à moi que votre discours devrait s'adresser, monsieur Bokanowski. J'ai exposé à cette Chambre, tout au long, lors d'un récent débat, la manière dont on pouvait envisager la stabilisation d’une monnaie. J'ai dit qu'il s'agissait de toute une politique qui s'échelonnerait sur des mois, peut-être même sur toute une année ; mais il faut se décider à la commencer, et vous ne pouvez le faire tant

que vous parlez de la revalorisation.

Vous disiez : nous ne sommes pas au palier.

Voici un souvenir assez récent :

Il y a un an, la livre étant à 80 fr. je faisais à peu près le même discours. M. Clémentel, dI0rS ministre des finances, me répondit alors : « Faire la stabilisation à 80 francs ! Jamais de la vie. La livre ne vaut pas plus de 67 fr. 29. M. Mac Kenna l'a dit. »

Il ajoutait même : « Stabiliser à 80 fr., ce serait faire la paix après Charleroi. » |

La livre est à 130 fr. On me répond encore que le moment d'agir n'est pas venu. On m'interdit de sortir de 1à ! (Applaudissements à gauche.)

M. Prevet. — C'est encore plus vrai maintenant que l'an dernier. Voilà tout !

M, Jacques Duboïn. — Monsieur Bokanowski, permettez-moi de vous dire aussi combien j'ai été peiné samedi, de vous voir, vous, un technicien averti, vous pencher sur la courbe des changes et la torturer en vue d'établir je ne sais quelle relation entre les cours du franc et les efforts que nous faisons tous ici pour essayer de résoudre une crise financière sans précédent.

Avec une désinvolture, que je ne qualifie pas, pour ne pas vous désobliger, vous avez feint d'oublier que des pointes se produisent chaque saison sur la courbe des changes, au moment où nos importateurs sont obligés de s’approvisionner en matières premières ; et que, chaque été, la valeur du franc s'améliore, par suite de l’afflux des étrangers.

Vous avez osé prétendre que si cette amélioration se produisait chaque été, c’est parce que la Chambre était en vacances ! (Rires et applaudissements à gauche. Interruptions à droîte.)

M. de Monicaut. — Laissez la Chambre siéger pendant la période des vacances, et vous verrez !

M, Jacques Duboiïn. — Ne cherchez pas à discréditer les parlementaires, ils le sont déjà suffisamment pour que vous ne pesiez pas de toute votre autorité pour les discréditer davantage.

M. Chassaigne-Goyon, — Vous ne connaissez pas l'état d'âme du pays.

M. Jacques Duboin. — C’est pourquoi il faut stabiliser la monnaie de manière que l'inquiétude n'ai plus raison d'exister.

Les gens n'auront confiance que lorsqu'ils auront la certitude de la valeur de la monnaie du lendemain. Tant que l'Etat ne garantira pas notre monnaie, personne n'aura la sécurité, pas plus l'Etat que les socié-

tées privées et les particuliers. (Interruptions sur divers bancs.)

M. le président. — L'orateur me déclare qu'il est fatigué ; il prie la Chambre de lui témoigner sa bien: veillance, en l’écoutant en silence. (Applaudissements.)

M, Jacques Duboin, —- Il est un point, monsieur Bokanowski, sur lequel je suis d'accord avec vous : c'est quand vous dénoncez l'action pernicieuse de l'étranger qui spécule sur notre devise.

Vous avez fort bien rappelé et décrit le mécanisme des opérations faites en 1924 contre notre monnaie et qui nous menèrent à deux doigts de la catastrophe.

Mais êtes-vous bien sûr qu’elles ne se reproduiront jamais ? Vous ne le croyez pas, puisque vous avez parlé de ce plébiscite du change qui s'exerce tous les jours sur notre monnaie nationale. Moi, je ne l’accepte pas ce plébiscite du franc!

Je ne veux pas que l’on puisse plébisciter notre monnaie nationale. Je n'admets pas que quinze, vingt, cinquante, cent cambistes sur les places étrangères puissent, à un moment qu'ils auront choisi, faire pression sur toute notre politique intérieure. (Applaudissements à gauche, au centre et à droite.)

M, Maurice Bokanowski. — Pourquoi me prenezvous à partie ?

M. le Président. — C'est une fiction. (Sourires).

M. Jacques Duhboin. — Parce que vous devriez être à côté de moi, mon cher collègue, pour demander la stabilisation du franc et exiger du pays les sacrifices nécessaires afin qu'il puisse recouvrer son indépendance monétaire ! (Applaudissements à gauche et sur divers bancs.)

Il ne le peut qu’en stabilisant sa monnaie,

M. Prevet. — Comment stabiliser ?

M, Jacques Duboin. — Vous ne le savez pas, mais M. le ministre des finances le sait. Puisqu'il veut revaloriser, c'est bien la preuve qu'il peut stabiliser. Je répète encore que, pour remonter la pente, il faut d'abord arrêter le glissement. Arrêter le glissement, c’est stabiliser. (Très bien ! très bien |!)

M. le ministre des Finances. — Quand nous aurons d'abord équilibré nos recettes et nos dépenses.

M. Jacques Duboïin, — Je vous ai montré que vous n'y arriveriez jamais, pas plus vous que vos prédécesseurs ! (Mouvements divers.)

M. le président du Conseil. — C’est admirable !

M. Jacques Duboin. — Que se passe-t-il depuis 1919 ? Tous les ministres des finances n'ont-ils pas dit au Parlement que la caisse était vide? Alors que nous parle-t-on d’équilibrer le budget! Les gouvernements ne l'ont jamais équilibré qu'avec des expédients emprunt ou inflation.

Je vous ai démontré qu'au fur et à mesure que vous cherchez cet équilibre, vous videz votre réservoir des bons puisque leurs porteurs en demandent le remboursement, conséquence de la hausse du prix de la vie.

Je conclus.

L'instabilité monétaire est un problème complexe, difficile. Maïs c’est le plus urgent de tous ceux que nous avons à résoudre. Avant peu, nous serons seuls en Europe à avoir une monnaie instable. Nous deviendrons l'unique champ de bataille des spéculateurs du monde entier. (Applaudissements.)

Voulez-vous que la France reste seule, en complet désaccord avec le reste de l’univers, en plein désordre économique, livrée à l'exploitation des profiteurs internationaux ? (Applaudissements.)

Notre collègue M. le Cour Grandmaison nous a parlé, l’autre jour, de la solution d'autorité. Il s’est exprimé en termes excellents, d’une parfaite netteté. La solution d'autorité peut se défendre ; car ce qui fait la gra-. vité de l'heure, c'est que nous ne pouvons éviter au pays la catastrophe qui le menace sans lui imposer une crise économique, d'autant plus grave que nous attendrons plus longtemps.

Mais à cette solution on peut en opposer une autre : la collaboration loyale de tous les partis. (Très bien ! très bien !)

On a parlé vendredi d’un programme sur lequel l'union pourrait se faire entre certains républicains, mais on n’a pas précisé le programme. En voici un : la stabilisation de la monnaie nationale.

Ce programme intéresse tous les citoyens, du plus pauvre au plus riche. II peut donc nous réunir tous, de l'extrême gauche à l'extrême droite. La stabilisation, c'est l’ordre, c’est la confiance qui ressuscite ; c'est pour le travailleur, la garantie que le fruit de son labeur ne s'évanouira plus entre ses mains ; c’est la renaissance de l'épargne ; c'est la fin du règne des spéculateurs. (Très bien ! très bien !)

M. Paul Constans. — Voulez-vous me permettre une

observation ?

M. Jacques Dubhoïin. — Volontiers.

M. Paul Constans. — Je suis certain d'interpréter la. pensée de tous mes collègues en vous disant que nous vous écoutons avec le plus vif plaisir et avec la plus. grande attention. Vous exposez avec grand talent une thèse financière sur laquelle nous pouvons ne pas être tout à fait d'accord ; mais, sur un point, nous sommes entièrement de votre avis, à savoir qu'il ne peut y

avoir d'équilibre budgétaire certain tant que la monnaie ne sera pas stabilisée.

M. le ministre des Finances, — C'est surtout l'inverse qui est vrai.

M. Paul Constans. — Mais nous ne voyons pas le moyen technique et direct qui permettrait de stabiliser le franc par notre seule volonté, et nous pensons que le premier pas vers la stabilisation du franc — et non pas sa revalorisation — c'est la création de ressources suffisantes pour assainir le Trésor, pour amortir la dette flottante, pour libérer, cormime vous le disiez vous-même, l'Etat de la sujétion à laquelle il est tenu à l'égard des banques, et même à l'égard de l'étranger. C’est pourquoi nous avons recherché et nous recherchons encore des ressources.

Ce qui est le plus urgent, c’est de discuter et de voter les moyens de créer les ressources suffisantes pour atteindre ce but. (Très bien ! {rès bien !)

M. Jacques Duboin. — Mon cher collègue, nous sommes tous d'accord. Je n'ai jamais dit que la stabilisation pouvait être obtenue en un jour ou en quelques jours. C'est toute une politique qu'il faut suivre, excessivement difficile et qui provoque une crise économique. Mais je déclare qu'il faut aborder le problème, sinon les impôts que vous voterez n'aboutiront qu'à agrandir le gouffre, et jamais vous n’équilibrerez le budget, comme vous venez de le dire.

Ce sont deux politiques à faire simultanément. Or, en ce moment, on nous invite à n’en faire qu'une seule.

Je parlais de l'union qui est possible pour la stabilité de la monnaie. Je dis que nous unir dans ce but précis, : de l'extrême gauche à l'extrême droite, serait une œuvre magnifique pour notre législature. Nous suivrions ainsi l'exemple de la Belgique, où socialistes et

catholiques viennent de s’allier pour donner à leur pays la paix monétaire.

Groupés tous autour de l’homme éminent que nous plaçons à notre tête aux moments difficiles, nous ne pouvons donner de plus belle preuve d'amour à notre France que de lui éviter la grande aventure. (Applaudissements.)

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