‹ La stabilisation du francChapitre 4 sur 23 · D CES · texte numérisé non relu

D CES

Mais, au préalable, l’attention du spécialiste va. * être attirée sur le phénomène dont nous parlions pré- .

(4) Evaluation donnée à la Chambre par M. Viollette, Yappor- dé

teur général du budget en 4924

cédemment : la fortune de la France évaluée à 300 milliards en 1914 et réduite à 200 milliards au lendemain de la guerre, paraît avoir quintuplé, puisqu’on l’estime maintenant au chiffre astronomique de malle milliards. Û :

Le secret sera vite dévoilé : les Français comptaient autrefois avec une monnaie véritable : aujourd’hui, ils comptent comme ïls peuvent, avec une monnaie en simili. La guerre a donc eu une fâcheuse, conséquence de plus : elle a détraqué la monnaie française.

Ici, notre médecin va nous rappeler quelques notions élémentaires de physiologie sociale. Rassurons-nous, car il écartera toute dissertation technique. Mais, pour que le malade connaïsse son mal, ces explications sont indispensables. |

Il nous dira que les peuples civilisés ont tous besoin d’unités de mesure. Nous avons le mètre pour mesurer les longueurs, le litre pour mesurer les volumes, le franc pour mesurer les valeurs.

Le mètre est lui-même une longueur.

Le litre est lui-même un volume.

Le franc est lui-même une valeur.

Ces unités de mesure doivent être stables, sinon elles ne sont d’aucune utilité pour nous. À quoi servirait un mètre en caoutchouc ?

Pour mesurer les valeurs, les peuples ont cherché

un objet dont la valeur ût aussi stable que possi ble, . après des siècles de tâtonnements, ils ont ado - l’or (quelquefois l’argent). Ce métal a une indéfinie, il est facile à transporter, il est ident lui-même quelle que soit son origine, sa div est parfaite, etc... | otre Une monnaie, c’est done un petit Hat d’or 0

le poids et le titre sont garantis par l'Etat et ce par l’intégrité des empreintes qui recouvre face.

de prairial an XI.

Et Ê billet de Der ?

le représente est plus commode pour les échanges. Mais un billet de banque porte l'inscription suivante : payable à vue, en espèces et au porteur. Vous devez pouvoir vous le faire rembourser dès que vous le désirez, car un billet de banque ou de l'or, c’est la même chose.

Pardon, c'était la même chose, car c’est précisément ici que la guerre a tout détraqué.

Oui, en France, depuis 1914, le billet n’est plus échangeable contre de l’or. C’est le 5 août 1914 que celte catastrophe monétaire s’est produite. L’engagement formel, écrit encore sur tous les billets, a été dénoncé. Depuis ce jour, nous n’avons plus de monnaie droite, autrement dit plus de monnaie du tout.

L'or est resté enfoui dans les caves de la Banque de France, mais au lieu de ne tirer qu’une seule vhotographie de chaque lingot, on s’est mis à en tirer plusieurs épreuves : on a multiplié les billets de banque dès que l’on n’a plus été tenu de les rembourser en or.

Cette opération porte un nom connu: l'inflation.

Oh ! je sais que quelques initiés vont sourire de ces explications. Elles sont sommaires, maïs justes. Pourquoi compliquer les choses en établissant que, déjà avant la guerre, il y avait en circulation plus de billets que de lingots ? Notre docteur, lui aussi, sait qu’il existait une marge correspondant aux effets à

trois mois munis de trois signatures. Et puis après ? Un quelconque détenteur de billets de banque pouvait-il, oui ou non, avant-guerre, se les faire rembourser en or et à vue ? Our. Un quelconque détenteur de | billets de banque peut-il en faire autant. aujourd’hui ? Nox. Alors, laissons ces discussions qu à ne font que compliquer la question.

Les Français n’ont aujourd’hui pour monnaie que ; des billets de banque qu’ils ne peuvent pas convertir … en or. Ce sont donc des effets moratoriés qui ne valent que ce que veulent bien donner en échange ceux qui sont disposés à les acheter; ils sont done soumis à la spéculation mondiale.

Les billets français ont « cours forcé », c’est-à- dire que nous sommes tous obligés de les accepter; mais, passé la frontière, ils ne s’échangent plus comme autrefois contre des livres ou des dollars. Il faut donner beaucoup plus de billets à cours forcé pour avoir le même nombre de livres ou de dollars. :

Du coup, toute la question du change a surgi. Voulez-vous une comparaison dont je me suis déjà servi . dans un petit livre écrit il y a plus d’un an ?

« En 1914, tous les billets français en circulation représentaient 6 milliards.

» Prenez un tonneau contenant 20 litres de vin pur. Ces 20 Litres de vin pur représentent nos 6 mil-. liards de billets, échangeables contre de l’or, autrement dit notre circulation en 1914. Dans ce tonneau, vous versez d’abord 10 litres d’eau, puis une seconde fois 10 nouveaux litres d’eau, puis 15 litres d’eau

encore. Votre tonneau contient toujours du vin, mais ce n’est plus le même vin. Vous pouvez le faire boire aux membres de votre famille qui seront bien forcés de l’avaler, puisque vous ne leur en donnez pas d’autre ; mais si vous voulez vendre votre liquide aux étrangers, vous supposez bien qu'ils ne le paieront pas au même prix que le vin pur.

Quelques Etats belligérants n’ont pas procédé autrement. Ils ont « mouillé» leur vin. A leur circulation de billets garantis par de l’or, ils ont ajouté des billets ,puis des billets, et encore des billets. Mais les nouveaux billets — en apparence identiques aux autres — ont forcément gâté les premiers, et le tout est devenu la circulation forcée que nous connaissons aujourd’hui. » À

C’est le 5 août 1914, en pleine mobilisation, qu’une loi a décidé que le billet de banque n’était plus remboursable en or. Ce jour-là, la France a brisé sa monnaie, l'inflation a commencé et nous sommes entrés en pleine instabilité monétaire.

L'acte dü 5 août 1914 pouvait-il être évité ?

Non. L’Etat, brusquement, du jour au lendemain, avait à faire face à d'énormes dépenses.

Où prendre l’argent ?

Pouvait-il recourir à des impôts extraordinaires ? Impossible, car les impôts existants avaient déjà la plus grande peine à rentrer.

L’emprunt ? C'est facile à dire, mais un pays comme le nôtre, qui mobilise plusieurs millions d’hommes, a, du même coup, désorganisé toute son économie nationale. Hs

Impossible de négocier au dehors. nus ie,

Impossible de temporiser, puisque l'ennemi foule se déjà le sol de la patrie...

Alors l’Etat brise la monnaie et lui en. substitue une autre. C’est l’expédient de tous les gouverne- | ments aux abois, c’est celui auquel on est bien obligé : d’avoir recours lorsque tous les moyens me sont épuisés. me

Le mécanisme de l'inflation est d’une grande sim. plicité et les avantages pour l'Etat sont mathémati- ee ques. Un exemple le fera comprendre : NT

Supposons un pays dont la circulation de 6 nie : liards en billets serait garantie par 6 milliards em. lingots d’or. Cette proportion idéale assure au billet sa convertibilité en or (l’or ou les billets, € us une ni seule et même chose). . “He

L'Etat émet alors, ou fait émettre pour lui, une tranche de 3 milliards de nouveaux billets, toujours garantis par 6 milliards en lingots d’or. Ces 9 milk liards en billets valent 6 milliards or. Chaque ie " ne vaut donc plus que 0,66 centimes or. Te

La tranche de 3 milliards en nouveaux billets vaut … donc 2 milliards-or, alors qu’en réalité elle n’a coûté

que les frais de papier et d'impression. +

De sorte qu’en fabriquant cette tranche de 3 ne liards de nouveaux billets, l'Etat s’est procuré ün-

le

médiatement deux milliards-or. Il a prélevé cette somme sur les détenteurs de ses anciens billets et ceux-ci qui valaient auparavant 6 milliards-or n’en valent plus que 4.

En recommençant la même opération, c’est-à-dire en fabriquant une nouvelle tranche de 3 milliards de billets, l’Etat fera passer la circulation de 9 à 12 milliards valant toujours 6 milliards-or. Chaque franc ne vaudra plus que 50 centimes-or et l’Etat se sera encore procuré 1 milliard et demi-or sans que personne s’en soit aperçu... sur le moment.

Car quelques semaines ou quelques mois plus tard, l’effet s’en fait sentir par la hausse de tous les prix.

On s’est longtemps refusé à croire que cette hausse générale était la conséquence de l’inflation, Evidemment, il est plus facile de traiter son voisin de mercanti ! Mais réfléchissons une minute.

S'il y a hausse d’un produit quelconque, le blé par exemple, cela tient à une cause spéciale qui agit sur le cours de cette marchandise : mauvaise récolte ou spéculation.

S 11 v a hausse sur les loyers, cela tient à une autre cause spéciale, peut-être à l’insuffisance de la construction.

Mais s2 {ous les prix montent pour tous Les objets à la fois, c’est évidemment que l’unité de valeur a varié. C’est la faute de la monnaie, qui n’est que le commun dénominateur de tous les prix, car il n’y à pas d’autre cause pouvant agir simultanément sur le prix de toutes les marchandises.

Ne serait-il pas vraiment absurde de prétendre créer des richesses nouvelles en imprimant simple ment du papier ? ne

Done, la vie chère, La vie de plus en plus chère, est la conséquence de l’inflation. es

Notre circulation de billets de banque x suivi 1 progression suivante :

TOUTE 2 Vu EUR LS 6 milliards Fin de la-guerte., cn 20 — AU a Aujourd'i 20 de 50 Ha

A côté de nos billets de 1914 nous possédions envi ron pour 6 milliards de pièces d’or et d’argent qui cireulaient dans le pays. Nous avions done pour 12 milliards d'instruments de paiement. Nous en avons aujourd'hui pour 50 milliards, soit quatre fois plus. e

Depuis 1914, Le prix de la vie a-t-1l monté de 1 à 4 ? Oui ou non ? (1).

ÊG

Mais l'instabilité monétaire a d’autres inconvénients que le médecin va nous résumer rapidement pour avoir pu les constater dans ceux des pays qui ont souffert de cette maladie. Le

C’est : ne

L’incertitude du lendemain ; Fe

L'impossibilité de faire un prix de D

Le déséquilibre dans tous les budgets ; pu

Le désordre dans toutes les comptabilités publiques et privées ;

(4) Ceci est écrit en Décembre 1925.

Le bouleversement de tous les calculs à longue échéance.

Pouvez-vous imaginer un pays où tous les commerçants en gros ou en détail, tous les industriels, tous les entrepreneurs, etc., seraient constamment suspendus au téléphone ou plongés dans la lecture d’une cote, pour connaître chaque jour la. valeur exacte du mètre ? Ù

Les transactions, répondrez-vous, seraient impossibles et les gens deviendraient fous au bout de quelques jours de ce régime. C’est cependant ce qui existe en France pour la monnaie. Sa valeur varie plusieurs fois par jour. Cependant tout le monde a besoin de monnaie dans toutes les circonstances de la vie courante, alors que chacun de nous n’est pas obligé de se servir jourxcilement du mètre.

Vous trouvez que j’exagère ? Voyez-vous un négociant du Sentier faisant l’inventaire de ses pièces d’étoffe, chacune d'’elles ayant été mesurée avec un mètre de longueur différente ? Cet inventaire n’aurait aucune signification.

Cependant, dans tous les bilans, dans tous les inventaires, dans toutes les comptabilités, on additionne des francs dont la valeur varie tous les jours. Ces comptes ne fournissent done pas davantage de renseignements exacts.

L'’instabilité monétaire tue la confiance et tarit l’épargne. |

Oh ! certes, cela n’arrive pas tout de suite. Il faut attendre que chacun se soit bien rendu compte de la

même ile Quelle est l’entreprise qui, .

d’hui, trouve facilement les capitaux. don:

besoin ? Même les prêts en première hy} deviennent irréalisables. Interrogez un nota : campagne et vous serez fixés. |

Celle-ci, personne n’en doute plus aujourd’hui, est la plus meurtrière des maladies de l’organisme économique. La preuve est faite que l’instabilité monétaire amène une chute continuelle et progressive de la monnaie par une série de phénomènes constants, inévitables, que l’on peut observer dans tous les exemples classiques en Allemagne, en Russie, en Pologne, ete.

L'’explication de ce phénomène déborderait le cadre de cette étude. Nous en dirons quelques mots plus tard, lorsque nous chercherons le remède. Bornons-nous à constater que nous l’observons actuellement en France.

Cette baisse de la monnaie est accompagnée de troubles graves dans l’organisme.

Pour les saisir, quelques explications sont nécessaires que nous allons essayer de rendre aussi claires que possible.

Lorsqu'on étudie la marche de la maladie chez toutes les nations qui en ont été atteintes, on constate que la monnaie instable se déprécie plus vite à l’extérieur du pays qu’à l’intérieur des frontières.

Autrement dit, une monnaie instable a plus de valeur sur son propre territoire qu'à l'étranger.

Il y à entre ces deux valeurs un décalage qui est d'ordinaire de quelques mois, mais ce décalage est très gros de conséquences pour les nationaux.

L'écart est d’autant plus grand que les nations malades commettent d’ordinaire les mêmes erreurs. Afin de conserver ce qu’elles s’imaginent être un avantage, elles n’hésitent pas à retarder la hausse des prix intérieurs par toutes sortes de mesures exceptionnelles. Exemple en France : la législation sur les loyers, celle des chemins de fer, etc.

Si donc notre monnaie vaut X à l'étranger, elle vaut chez nous X plus quelque chose.

Et ce « quelque chose », ce sont les étrangers qui vont se hâter d’en profiter au détriment de notre pays. |

Dès que cet écart est bien établi, le pays inflationniste recoit ce que l’on appelle communément « un coup de fouet à l’exportation ». Ses industriels sont tout surpris de recevoir de nombreuses commandes.

Il n’y a cependant aucune raison pour que nous. fabriquions brusquement meilleur marché que nos Voisins.

Nos prix de revient auraient-ils baissé ? Les impôts “ seraient-ils moins lourds ? Notre outillage se serait-il. subitement modernisé ? Nullement. Maïs notre mon-

naie nous trompe et nous sommes dans la situation

d’un commerçant qui achèterait avec une balance juste et qui vendrait avec une balance fausse.

Ah ! si les industriels tenaient leur comptabilité en or, seule monnaie internationale, ils s’aperce- .vraient qu'ils perdent sur chaque objet... sans se rattraper sur la quantité.

Mais que penser du pays qui, se vidant ainsi de sa

propre substance, se réjouit de voir sa balance commerciale devenir de plus en plus favorable !

Que penser des hommes qui, se basant sur cette même balance commerciale, célèbrent la prospérité du pays !

La balance commerciale n’a de signification qu’autant que la monnaie est stable. Une balance commerciale est toujours favorable lorsque la monnaie se déprécie. Avec le franc valant dix centimes, notre balance commerciale serait encore beaucoup plus encourageante qu’elle ne l’est aujourd’hui.

C'est si vrai, qu’au moment de la chute du mark, n’avons-nous pas vu tous nos industriels réclamer à cor et à cri des mesures de protection contre l’Alle- - magne qui risquait de nous inonder de ses produits ?

Un pays dont la monnaie s’avilit est considéré comme un pestiféré par ses voisins à monnaie saine, ou du moins par les producteurs desdits pays. C’est qu'il devient momentanément impossible de lutter contre sa concurrence.

Est-on bien sûr que la France n’en soit pas arrivée à cette phase de la maladie ? N'’a-t-on pas déjà signalé à l’étranger des groupements d’industriels réclamant de leur gouvernement une protection contre la baisse du franc ?

Ke

Il est encore un autre symptôme qui indique que

la maladie fait des progrès.

valeur X chez nos voisins, elle avait en Las X plus « quelque chose ».

nie pour y récits qu ils nous firent des prix a m avantageux qui étaient pratiqués dans ces pa ?

faculté d’emporter avec eux trop d'articles n is dont les bas prix les tentaient.

LRU

lement chez nous les prodromes du même mouvement ?

Cet été, les touristes étrangers furent beaucoup plus nombreux que d’ordinaire et ils appartenaient à des classes sociales qui, d'ordinaire, ne visitent pas notre pays. C'’étaient des touristes aux moyens limités, tentés par les bas prix que l’on pratique en France lorsqu'on calcule en or. La plupart sortaient pour la première fois de chez eux et se montraient aussi exigeants que parcimonieux. On devinait qu'iis ne disposaient que d’un budget restreint. Chacun de nous n’a-t-1il pas pu constater, cet été, à l’écart des orands courants de tourisme, dañs des petites localités dépourvues de tout caractère original, des étransers vivant très simplement dans des pensi ns modestes où ils ne dépensaient que le strict nécessaire ? On a signalé quelques chômeurs anglais dépensant chez nous leurs indemnités et obtenant en échange plus de satisfactions que dans leur pays.

Il est évident que cette catégorie de touristes n'est pas intéressante. C’est l’avant-garde de cette invasion qui a submergé l’Allemagne au moment critique. Ce sont des gens, répétons-le, qui pour la même quantité d’or obtiennent beaucoup plus chez nous que chez eux. Cette prime, c’est notre monnaie dépré-

ciée qui la leur offre et c’est la France qui en fat

les frais.

Les pays qui détiennent l’or jouent sur l’instabi-

lité de notre monnaie. Les étrangers prélèvent sur

nous, sous forme de marchandises ou de services, des sommes colossales. À ce jeu, plus nous \ECRRS plus nous nous ruinons.

Telle est la grave complication d’ordre monétaire :

qui est venue se greffer sur l'épuisement causé par

la guerre. Nous vivons dans une prospér té factice, alors que nous nous appauvrissons tous les jours davantage.

Le Diagnostic

La France, pendant la guerre, s’est considérable-

ment appauvrie en capital. Ayant, en outre, perdu un bon tiers de ses moyens de production, elle est atteinte d’anémie au plus haut degré.

Sur cet épuisement, une complication s’est déclae : l'inflation, la plus meurtrière des maladies do l'organisme. Elle a fait des ravages dont la France s’est très imparfaitement rendu compte, car cette maladie cache la misère à l’instant même où elle u

l’aggrave.

Notre situation est sérieuse, certes, mais non déses- :

pérée.

La France a des bras solides, un bon tempérament

et le goût du travail. Ses principaux organes demeu- |

rent, dans l’ensemble, sains et vigoureux.

Tout naturellement, car cela découle des explications que nous avons fournies, le traitement doit tenir compte de l’état du malade et s’appliquer dans la mesure où il peut être utilement supporté.

C’est le principe essentiel dont il ne faut pas se départir, si, au lieu de remèdes empiriques qui pourraient être pires que le mal, on veut donner au pays la certitude de la guérison.

Or que vaut actuellement le franc ?

On dit que la livre fait 125, 130, 135, mais ces chiffres ne parlent pas aux yeux.

Choisissons le france suisse pour y voir clair.

Cent francs français ou cent francs suisses, c'était, avant la guerre, à peu près exactement la même - chose.

Aujourd’hui cent francs français valent dix-neuf francs suisses.

C'est-à-dire que notre franc a déjà perdu 81 % de sa valeur.

Il ne vaut plus que 19 Z de son ancienne valeur; c’est tout ce qu’il en reste. Voilà le fait brutal.

C'est à ces 19 % restants qu'il faut nous cramponner à tout prix pour essayer de les sauver.

Car, entre ces malheureux 19 % et le néant, il y a tout le gouffre des catastrophes autrichienne, russe, allemande, et ces souvenirs sont trop frais pour ne pas provoquer chez nous un véritable effroi.

gne, par exemple, où un franc valait:

En mai 1923... A MES Le: L'EURO Ur Ne 16 19 JS, he Ste 16:20: jutlel as rss del août ue “he 1 septembre 4.4.4: ,44; 6:10 octobre: visa 0e Le 1-novémbrée Le Ip aprempe er

Puis ce fut le tourbillon des CR de sil LS ruée aux achats, la disette. Les DR à : "

on pille les api

ECM Er

Chassons ce cauchemar,

serve 19 % de sa valeur ,et ces 19 % représentent encore notre salut. (1)

L'’instabilité monétaire étant la cause déterminante de l’inflation, nous devinons que le remède doit porter sur la monnaie et qu’un pays n’est vraiment guéri des crises inflationnistes que lorsqu'il est revenu à une monnaie saine, c’est-à-dire à l’or, seule mesure mondiale de la valeur des échanges. Après leurs catastrophes, l'Allemagne, l’Autriche, la Russie des Soviets ont dû créer de toutes pièces une monnaie d’or. Dès que notre pays aura stabilisé sa monnaie, il ne se trouvera plus en désaccord avec le monde extérieur.

# | Quelques Remèdes Proposés

Maintenant que nous connaissons lé problème et avant d’essayer de le résoudre, écartons d’abord quelques solutions dont l’inefficacité va nous apparaître immédiatement.

En premier lieu, la thèse de la revalorisation lente et progressive du franc. On nous en a rebattu les oreilles depuis l’armistice. Elle se résume dans cette, formule que le franc doit se bonifier en vieillissant, comme le généreux vin de France,

(4) Ceci était publié au début de l’année 1926.

Pour cela c’est bien simple: il n’y a qu’à retirer. les billets qui sont en trop dans la circulation. Chaque année on fera rentrer quelque deux milliards de billets que l’on s’empressera de détruire. |

Oui, mais comment ? Ils ont tous un légitime pro-. priétaire. L’Etat ne pourrait donc les retirer qu'avec des excédents de recettes. Mais pour avoir des recet- … tes en excédent, il faut avoir franchi cette première étape qui s'appelle l’équilibre du budget. Or, un budget n’est jamais en équilibre dans un pays dont la monnaie est instable. Je crois que l’expérience nous le prouve depuis quelques années avec une monotonie désespérante, mais nous le démontrerons quand même un peu plus loin.

Le lecteur est d’ailleurs suffisamment averti pour se rendre compte que cette revalorisation du frane — fût-elle possible — serait un nouveau désastre.

D'abord, parce qu’une monnaie n’est utile qu’au-

tant qu’elle est stable. Qu'elle augmente ou qu’elle

diminue, elle crée des désordres innombrables en provoquant une nouvelle distribution arbitraire des richesses. Si la monnaie se déprécie, c’est au détriment des créanciers; si la monnaie s’apprécie, c’est au détriment des débiteurs.

La revalorisation du franc aurait pour première conséquence : la ruine de tous les rentiers par la faillite immédiate de l'Etat, car son énorme dette s’accroîtrait en proportion de la revalorisation du franc. Il a emprunté des francs-papier et 1l ne peut pas, hélas! rembourser autre chose.

Ce serait l’arrêt de toute la production par la mort du crédit, car qui ferait les frais de cette revalorisation, sinon tous les producteurs et avec eux toute la classe ouvrière? L'exemple de l’Angleterre est cependant assez typique. Sa monnaie était très légèrement dépréciée. Pour des raisons d'intérêt particulier, elle a voulu lui faire gagner les quelques points qui la séparaient du pair. L’effort dure encore, au prix d’un chômage qui coûte à l’Angleterre l’équivalent de la reconstitution de nos régions dévastées. Revaloriser, c’est essayer de rendre artificiellement les Français plus riches qu'ils ne le sont ! Douce folie !

Une autre école, plus simpliste, déclare que pour arrêter l'inflation 1 n’y a qu’à ne plus en faire. Evidemment, si on avait le choix! Malheureusement il ne suffit pas de dire: « Je ne veux pas être malade » pour ne plus l’être. Aucun gouvernement ne fait de l'inflation de gaieté de cœur. Il n’y a recours que lorsque tous les autres moyens,ont échoué et pour retarder une catastrophe.

C’est la caisse vide, avec toutes ses conséquences, qui oblige le Parlement à voter l’inflation, le couteau sur la gorge. Si la crise de trésorerie éclate avec la brutalité que nous lui connaissons, c’est parce que le budget n’est pas en équilibre, et il n’est pas équilibré parce que la monnaie est instable. C’est donc toujours le cercle vicieux.

Le Prélèvement sur Capital 2/

L'histoire est un perpétuel recommencement. Dans

chacun des pays qui ont souffert du désordre monétaire, la maladie a suivi une marche à peu près iden-

tique. Chaque étape a vu surgir les mêmes solutions,

proposer les mêmes remèdes. Une place à part doit être faite au prélèvement sur le capital préconisé comme le seul moyen décisif d’assainir les finances

publiques. En Allemagne il porte le nom de Reïchsmotopfer, de fâcheuse mémoire.

GE

Me

Que signifient ces deux mots: « assainissement

financier » ?

Il semble qu’il s’agit d’une opération énergique, presque de nature chirurgicale, à laquelle on soumet. trait le malade. Après quoi nous serions tous tirés d'affaire.

N'est-ce pas toujours l’idée que l'Etat serait

pauvre mais que les Français seraient riches? Qu'il

faudrait donc transférer à l’Etat une partie des

biens des Français ? Mais si les Français sont riches, c’est toute la France qui est riche!

Reprenons le diagnostic : la France souffre d 7.

sement; la destruction d’une grande partie de ses richesses, conséquence de la guerre, a provoqué l’anémie au plus haut degré.

Sur cet appauvrissement est venu $e er une

complication d’ordre monétaire qui continue d’affaiblir le malade tout en lui donnant l’apparence de la santé.

Alors on va lui offrir la table d’opération?

Mais quel est dene le membre gangrené?

Qui imaginerait que nous puissions compenser . nos pertes humaines autrement que par un accroissement de naissances ?

N'est-ce pas la race qui se | refera lentement et comblera les vides de la guerre?

De même qu'il est malheureusement impossible de compenser les morts par un prélèvement sur les vivants, il n’y a pas de prélèvement sur les richesses restantes qui puisse jamais compenser les richesses détruites. Ce n’est que par la création lente et continue de richesses nouvelles que le pays reconstituera les capitaux qu’il a perdus.

En principe, le remède ne s’applique donc pas au mal. En pratique, il est inapplicable. Mais l’idée est si séduisante qu’elle mérite cependant d’être discutée.

Peut-on imaginer opération plus simple, plus rapide, plus souverainement juste! Chacun va faire un sacrifice proportionnel à ses moyens. S'agit-il d’un prélèvement de 10 % par exemple? Cet agriculteur, dont la fortune est de 200.000 francs, versera 20.000 francs une fois pour toutes. La fortune de ce commerçant est de 500.000 francs: il donnera . 50.000 francs et il sera quitte. Ce gros industriel

vaut 10 millions: il en abandonnera un et ce sera. justice.

Quei est l’homme assez peu averti qui hésiineale à sacrifier une partie de sa fortune afin de sauver le :

reste? Voyez-vous un millionnaire assez stupide pour ne pas consentir à payer cette prime d'assurance

contre la révolution? Qui refuserait de faire un

effort que tous Les Français feraient en même temps s À

pour Le salut du pays ? ;

e CES Passons maintenant à l'exécution. À Dès que nous regardons les choses d’un peu plus

près, on s’aperçoit que les fortunes n'existent pas. sous forme de numéraire entassé dans un tiroir.

Les fortunes se composent de terrains, d’immeu-

bles, de fonds de commerce, de stocks de marchandises, de clientèles, d’actions, d’obligations, de titres de rente, de créances, ete., et aucun de ces éléments n’est liquide. :

Autrement dit, sur aucun de ces éléments vous ne. | pouvez faire directement un prélèvement de 10 %. Voulez-vous que nous reprenions nos trois exem-. ples de tout à i’heure? “

Le cultivateur qui a 200.000 francs de fortune

possède une maison qui en vaut 50.000, des champs qui en valent autant; son matériel agricole, Sox bétail, ses récoltes en grange ou en terre représentent le reste. Vous lui réclamez 20.000 francs, où les prendra-t-il ?

Le commercant dont la fortune vaut 500.000 fr., possède un fonds de commerce, une clientèle, des approvisionnements. Il a 10.000 francs en compte dans une banque et vous lui en réclamez 50.000. Oui, Je sais que ses clients lui doivent de l’argent, mais il en doit lui aussi à ses fournisseurs.

Enfin, voiei le riche industriel qui vaut à lui seul 10 ou F'aisons le décompte de sa fortune.

Ses belles usines représentent 3 millions. Son matériel, son outillage, 4 millions. Sa force motrice a coûté 1 million à établir.

Enfin il a des matières premières, des pr Det fabriqués ou en cours de fabrication pour 2 millions.

Le fise va lui réclamer 1 million de francs.

Or, il a en caisse l’argent nécessaire pour payer ses ouvriers pendant un mois, Car il y a roulement continuel entre ce qu’il achète, ce qu’il fabrique et ce qu'il vend.

Il gagne de l’argent quand tout marche bien, mais comment va-t-il faire sortir de sa caisse le million que lui réclame le fisc? Tout ce qui existe dans l’usine est indispensable à la production, c’est une horloge bien montée dont on ne peut rien distraire sans tout arrêter.

Je pourrais multiplier les exemples. Est-il nécessaire d’insister sur ce fait que si les fortunes s’énoncent en francs, cela ne veut pas dire qu’elles se composent de francs. Les fortunes se composent d’immeubles, champs, fonds de commerce, stocks, qu’il faut d’abord convertir en francs pour pouvoir pré-

lever l'impôt sur le capital, et e’est 1à toute la ait se culté. ie C’est entendu, direz-vous, le cultivateur, le com merçant, l’industriel n’ont pas l’argent que le percepteur leur réclame, mais ils peuvent vendre une partie de ce qu’ils possèdent... il est entendu qu'on leur donnera le temps de s’acquitter : cinq ans, dix +. ans peut-être. Us

N'allons pas si vite: ils peuvent vendre, de. : vous, c’est-à-dire que chacun fera choix d’un élé ment de sa fortune et cherchera à le réaliser. Le cultivateur offrira une parcelle de son champ, le commerçant ses marchandises, bref tout le monde liquidera à la fois. Mais qui achètera? Et à quel sn prix ? Es Se rend-on compte de la crise inouïe qui éclater : lorsque toutes ces marchandises, tous ces stocks, toutes ces richesses seront offerts à la fois sur le marché Le et se déprécieront jusqu'à ce qu’ils aient trouvé pre neur ?

Représentez-vous la chose dans une commune. Tous les habitants veulent réaliser quelque chose. Personne n’achète, mais heureusement dans la come mune voisine on trouvera des acheteurs... ;

Pardon, dans la commune voisine il n’y a encore a que des vendeurs. Alors, dans d’autres communes du ue canton? Non, pas davantage d’acheteurs, rien que des gens qui veulent vendre. Et dans le reste de l’arrondissement? Rien que des vendeurs encore,

comme dans tout le département, comme dans toute la France.

On donnera des délais : les assujettis s’acquitteront en cinq ou dix ans?

Mais alors ce n’est plus l’opération d’assainissement dont il était question. Rappelez-vous qu'il s'agissait d’un prélèvement unique de 10 %. On le faisait une fois pour toutes et tout était dit.

Maintenant vous parlez de prélever 10 % en dix ans. Si je calcule bien, cela fait 1 % par ar. Mais alors c’est l’impôt sur le revenu ou, si vous le préférez, un impôt supplémentaire sur le revenu pendant dix ans. Ce n’est plus le prélèvement sur le capital.

Nous avons vu que les fortunes se composent d'immeubles, de terrains, d’immobilisations de toutes sortes, de stocks, de fonds de commerce, de titres mobiliers, ete. qu'il faut d’abord convertir en francs, pour pouvoir prélever l’impôt sur le capital, et c’est là que réside l’impossibilité.

Mais ce n’est pas tout.

Pour être juste, il faut que tout le monde le paie. Il faut donc au préalable dresser Le cadastre de toutes les fortunes.

Savez-vous ce que ce travail représente ?

Un an de travail pour quelques milliers de nou- veaux fonctionnaires! Si vous croyez que j’exagère, interrogez les hommes de métier, adressez-vous à des

fonctionnaires de l'enregistrement. Ils vous diront 4 que cette tâche est immense, et j'ajoute que le tra-

. . Ê . . PLENRE © vail ne sera jamais ni exact, ni complet, car les for-

tunes se transforment tous les jours. Elles varient … constamment en plus ou en moins, suivant les événements, les cours des marchés, — que dis-je? suivant,

tout simplement, les actes de leurs propriétaires.

Enfin, supposons le cadastre établi, tant bien que

mal, vers la fin de 1926. L'opération ne sera pas terminée pour cela.

I] faudra passer à une seconde PR celle de l’évaluation.

Il est, en effet, nécessaire d'évaluer toutes les.

variétés de richesses dont se composent les fortunes, | À

car on évalue avant de frapper. | Et l’évaluation est chose délicate, car je suppose |

bien qu’on ne laissera pas le fisc procéder à des M

estimations arbitraires, faites à tort et à travers, suivant le bon plaisir de ses agents.

Le Parlement devra done rédiger des textes nom-.

breux pour dire comment on évaluera par exemple: - Un collier de perles, une collection de gravures du XvIrr* siècle, un parc d'agrément avec ou sans chà-

ee

teau historique, une collection de tabatières, de

miniatures, de meubles anciens, de vieilles tapisse-

ries, un chalet au bord de la mer, une écurie de.

courses, un bateau de plaisance, une créance, ete, car je suppose bien qu’on ne tolérera ni arbitraire,

ni évasion.

Et je ne force pas la note.

La fortune moderne revêt les formes les plus diverses, les plus extraordinaires. On peut enfouir des millions dans une collection. Il faut découvrir ces richesses, les évaluer ensuite, après vient la perception.

À ce moment-là nous nous heurtons à ce que nous

disions: ou l’assujetti a l’argent nécessaire pour payer — le cas se présentera une fois sur mille; ou l’assujetti n’a pas l’argent nécessaire, et alors il lui faut faire choix d’une portion de son actif qu’il offrira sur le marché, en la dépréciant jusqu’à ce qu'elle ait précisément tenté l’amateur qui, ayant déjà payé sa propre part d'impôt, aura encore l’argent liquide pour payer la part de son voisin. Remarquez — soit dit en passant — que bien des fois la vente d’une portion d’actif ne peut même pas être envisagée. Je prends le cas d’une collection: sa valeur provient de ce qu’elle est complète, que toutes les pièces sont rassemblées. Enlevez-en quelques-unes pour les vendre; ces pièces isolées ont perdu une grande partie de leur valeur et la collection n’en est plus une. |

Si l’on ne peut pas vendre, on cherchera à emprunter. Mais qui prêtera? Quel est l’organisme ou les organismes capables d’avancer les milliards nécessaires à cette opération ?

Au moment où nous voyons la confiance disparaitre, non pas à cause des hommes, maïs en raison de l'instabilité de la monnaie ; au moment où les meilleures affaires industrielles ne trouvent plus à

emprunter, ce serait folie que d’imaginer résoudre par le crédit l’énorme opération du prélèvement. sur le capital.

Et ici nous touchons du doigt l’autre écueil : l° impôt sur le capital exige, pour sa perception — la preuve en a été faite dans tous les pays qui l'ont tenté — des instruments de plus en plus nombreux. Pour le percevoir, les billets de banque ne suffisent pas et il faut en créer de nouveaux. C’est l inflation obligatoire.

En somme, si l’on veut bien examiner les réalités, on constatera que l'impôt sur le capital soulève, lui. aussi, ce fameux problème du transfert des richesses. Les socialistes l’ont admirablement compris, lorsqu il s’est posé à l'extérieur, à l’occasion du problème s des réparations. On s’est alors rendu compte de l’impossibilité de transférer des sommes énormes d”? un. pays à un autre. C’est à ce problème que nous nous heurtons dans le règlement des dettes a à C'est à ce même problème que nous nous heurtons encore à l’intérieur des frontières, lorsque l’on étu-. die le prélèvement sur le capital. Il s’agit de trans férer à l'Etat les richesses des particuliers. Or, les particuliers possèdent des richesses sous les formes les plus variées, et L'Etat, lui, n’a besoin et ne peut. Co recevoir que des espèces, c’est-à-dire des billets. Mais l’expérience en ces matières est supérieure à toutes les théories. 5

L'Allemagne a essayé l’impôt sur le capital.

Les auteurs du projet escomptaient que ce prélèvement donnerait 45 milliards de marks-papier. Il fut échelonné sur trois années et produisit des résultats insignifiants. Il est inutile de les indiquer en marks-papier, car l’Allemagne était à ce moment-là, en pleine crise monétaire.Convertissons-les en marksor, en rappelant que l’impôt sur le capital devait procurer 15 milliards de marks-or à l'Etat.

Les résultats furent les suivants :

Mob 1920-1991... cuve. 20) 100 millions Le LANPA RS RE RE ESPN PAGES de ANA Per Se RIRE ES 24 fie

AR TIOTA RE Un 20 OA AE

Soit, par rapport aux 15 milliards espérés, un peu moins de 2 1/2 %.

La Stabilisation Monétaire

Nous avons montré comment la France, considérablement appauvrie en capital pendant la guerre, ayant perdu un bon tiers de ses moyens de production, souffrait d’anémie au plus haut degré.

À cet épuisement, s’ajoute une complication : l’inflation, la plus meurtrière des maladies de l’organisme social. Comme l'inflation cache la misère à l’instant même où elle l’aggrave, la France s’est mal . rendu compte de ses ravages.

Le traitement va done s’appliquer à l'inflation

plu

forte, a basée sur 1 or.

= Comme nous ne pouvons pas y revenir d’un

ainsi de se déprécier davantage.

ét Eu

CEE

Dès qu ’on parle de stabiliser La monnaie,

On prétend que les bons jouent le rôle de billets de banque. Ce n’est pas tout à fait exact : disons que ce sont des billets congelés. Ceux qui les ont créés espéraient qu'ils finiraient par se solidifier sous forme de dette à long terme, mais ils sont toujours là et peuvent insensiblement fondre dans la circulation. C’est de l’inflation en puissance.

En somme, nous avons un réservoir de billets de banque et un second réservoir de bons. Ces deux réservoirs communiquent entre eux, puisque les porteurs de bons peuvent exiger un remboursement en billets ; d’où le danger de la dette flottante.

D'accord ; mais quelles sont les influences qui provoquent le non-renouvellement des bons? J’en connais deux : le besoin et l’inquiétude.

Le besoin, si le prix de la vie monte encore, par exemple sous l’influence des nouveaux impôts. Producteurs et consommateurs iront puiser dans le réservoir des bons et se créeront des disponibilités.

L'inquiétude, si la monnaie continue à se déprécier, Les porteurs de bons ne voudront plus courir ce risque et ils demanderont des billets qu'ils trans- ‘formeront vite en marchandises ou en immeubles.

Mais si l’on stabilise, personne n'aura plus de crainte pour la valeur de la monnaie et les bons se renouvelleront tout naturellement jusqu’au jour où ils se consolideront.

La meilleure preuve, c’est que l’Angleterre, malgré une dette flottante très supérieure à la nôtre, n’éprouve aucun embarras à son endroit. Les An-

glais ont cependant connu les émotions d’un ministère travailliste, mais ils possèdent une monnaïe saine. La confiance, chez eux, n’a pas bronché.

En France, les bons se renouvelleront dès que . l’épargne renaîtra, c’est-à-dire que l’Etat garantrwra la monnaie du lendemain. à ;

RP 3e V V CAES

On dit encore que l’on ne peut stabiliser la mon-. naie avant d’avoir réalisé l’équilibre du budget.

À ce compte-là nous ne stabiliserons jamais notre franc, car avec une monnaie qui change de valeur : plusieurs fois par jour, un budget ne peut être en équilibre que pendant un instant et jamais pendant toute une année.

Un budget, c’est une prévision de recettes et de.

dépenses que l’on inserit sur deux tableaux. Dans

celui de gauche, les recettes; dans celui de droite, les dépenses. On additionne les chiffres de chaque tableau et on les compare. S'ils sont égaux, le budget

est équilibré.

Cependant, depuis la guerre, aucune . prévisions ne se réalise, ni sur le tableau de gauche, ni sur le tableau de droite. Jamais Les recettes ne consentent à s'élever à la hauteur des espérances; en. revanche, les dépenses atteignent une altitude toujours plus élevée. $

La raison en est bien simple: on additionne à gauche des rentrées d'impôts qui se font en valeurs

différentes. Si le franc monte, le volume des affaires diminue et tous les impôts indirects sont en moinsvalue. Si le franc baisse, la vie augmente, le volume des affaires croît, les impôts sont en plus-value. La fantaisie règne donc sur le tableau des recettes.

Elle gagne alors le tableau des dépenses, car si la vie renchérit, il faut d’urgence augmenter les traitements et les pensions. C’est le tableau de droite qui n’est plus exact.

Et ainsi de suite. Vouloir équilibrer un budget avec une monnaie instable, c’est construire un bel édifice sur du sable mouvant.

Enfin, un dernier argument est celui-ci: Pas de stabilisation avant d’avoir réglé les dettes interalhées.

Nous ne paierons cependant les dettes interalliées qu’en or — seule monnaie internationale — ou en marchandises. C’est le fameux problème du transfert des richesses d’un pays à un autre qui jouera ici, comme il a joué entre la France et l’ Allemagne pour le paiement des réparations. Les sommes que l’on nous réclame n’ont d’ailleurs pas été transférées autrement. Elles ont traversé l’Océan sous forme de marchandises à un moment où la France en guerre avait besoin de tout, et il s’agit de leur faire repasser l’Atlantique — toujours sous forme de marchandises — à un moment où l'Amérique en paix n’a besoin de rien. On voit si le problème est simple!

Mais n’avons-nous pas intérêt à faire fixer so at moins le montant total de la dette, avant de stabilé |

ser notre monnaie ?

Certainement non. Que penseriez-vous d’un commergant qui prendrait des engagements vis-à-vis de :

ses créanciers étrangers avant d’avoir mis de l’ordre dans ses propres affaires?

Nous vivons actuellement dans le mirage: nous -

paraissons heureux et prospères, notre balance commerciale est favorable, de sorte que lord Bradbury pouvait déclarer que la France est aujourd’hui plus riche qu'avant la guerre.

C’est sous ces apparences trompeuses que nous ei

voulons nous présenter à nos créanciers ?

Alors que, dès que nous serons revenus à la monnaie saine, le monde entier se rendra compte de notre situation exacte. Notre capacité de paiement éclatera aux yeux de tous.

C’est au lendemain du jour qu’un pays a assaini sa monnaie que ses créanciers deviennent raisonna-

bles et tiennent compte des limites dans lesquelles il peut se mouvoir sans déséquilibrer son change.

Lorsque l’Allemagne, après une catastrophe moné- . taire qu'il faut à tout prix éviter à notre pays, a dû

RTC

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