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De ces systèmes, je crois que tous les Français sont d’accord pour écarter le premier. Ce serait une débâcle abominable avec son long cortège de misères, de désordres et de suicides.
Restent la dévaluation et le système de la double monnaie, ce dernier n'étant, au fond, qu’une étape vers la dévaluation définitive. |
Allons-nous aujourd’hui même faire notre choix?
Il ne peut en être question, car la stabilisation est le résultat de toute une politique qui s’échelonne sur de longs mois et dont les résultats dépendent de l’habileté avec laquelle elle est conduite.
L'objectif immédiat, c’est l’arrêt dans le développement du mal, c’est la fixité, mdispensable au commerce, aux contrats à longue échéance, à l’épargne.
Pour cela, l’Etat doit stabiliser le change, c’est-àdire assurer à tous les Français qui font des affaires avec l'étranger la possibilité d’obtenir des dollars, des livres et toutes autres devises à un cours déterminé qui permettra la stabilité dans les opérations à l’extérieur du pays. L'Etat doit donc constituer une-
: (c’ he -à-dire de l’or) pour permettre aux Fran . de s’affranchir des risques du change? ue
Forcément, c’est du côté de l’Amérique que nous allons tourner nos regards, car c’est de l’autre côté de l’Atlantique que la plus grosse partie du st d’or du monde est allée se réfugier au cours de L de guerre et depuis la paix. : | Ce fut, en effet, une des conséquences de ii gran ndé guerre que de faire des Etats-Unis comme un.
d’attraction pour le métal jaune. Pourquoi?
Les Etats-Unis ont- approvisionné les alliés pen.
que, lorsque la découverte de nouvelles mines d’or a augmenté brusquement la quantité de ce métal existant dans le monde, il s’est déprécié ou, ce qui revient au même, il a provoqué la hausse du prix de la vie? L’abandon de l’argent comme étalon des valeurs dans de nombreux pays n’a pas en d’autre cause que sa surabondance brutale à la suite de la découverte de nouveaux gisements. C’est une inflation d’une autre nature, mais provoquant les mêmes effets, car il y a inflation dès qu'il y a augmentation des signes monétaires sans augmentation correspondante de marchandises.
Si donc l’or a servi d’étalon de mesure des valeurs, c’est parce qu'il était à peu près également réparti dans le monde entier. Le jour où il se réfugie en un point du globe, non seulement il risque de perdre son caractère de monnaie internationale, mais, là où il s’accumule, il provoque à son tour la hausse des prix. Aux Etats-Unis, la vie a augmenté de 63 % depuis la guerre.
Les Etats-Unis ne tarderont donc pas à exporter une partie de cet or, car il faut absolument qu'il repasse l'Atlantique si on veut lui conserver toute sa valeur.
Le temps approche où les Américains désireront pratiquer une politique de l’or. Des accords interviendront fatalement entre les Etats-Unis et les banques d'émission d'Europe pour le rétablissement des relations économiques de peuple à peuple. Ce serait la sécurité pour tout le commerce international.
Mais attendrons-nous que cette évolution se fasse
dans les esprits ?
. Non, car tout jour qui s’écoule est un jour perdu. a La nécessité de constituer en France une caisse de. vos conversion est tellement urgente, elle importe telle-
ment au salut de tous, que nous ne devrions pas hési-
ter à consentir des ie importants pour nous
assurer son intervention. ai Si la stabilisation de notre monnaie ne pouvait être acquise qu’en consentant à la régie intéressée d’un de nos monopoles, il faudrait singulièrement méconnaître la gravité de notre situation pour nous
refuser. Cette solution serait infiniment moins
onéreuse que de livrer notre pays, pieds et poings. liés, à l’exploitation des profiteurs internationaux.
Je manquerais au souci de loyauté qui inspire toute cette étude si je passais sous silence la crise grave qui accompagne la stabilisation de la monnaie. cer
Les prix intérieurs s'élèvent encore, car il faut qu'ils atteignent les cours mondiaux de manière à. protéger le pays contre la spéculation étrangère dont nous avons dénoncé les méfaits. |
Mais c’est une crise inévitable et passagère dont sort la santé. |
La stabilisation, c’est l’ordre, c’est la confiance qui ressuscitent. C’est pour le travailleur la garantie que le fruit de son labeur ne s’évanouira plus entre ses.
mains, c’est la renaissance de l’épargne, c’est la fin du règne des spéculateurs.
Et, ô surprise, la France, rentrant dans 16 orande famille internationale sur le pied de la stricte égalité économique, verra revenir chez elle les avoirs de l’étranger. Elle aura sa part de ces capitaux flottants qui errent sur toutes les places du monde, en quête de placements sûrs et rémunérateurs.
Une Politique Financière
À quel taux faut-il stabiliser la monnaie ?
C’est la question délicate entre toutes. Si j'étais fixé à cet égard, j’observerais le silence le plus complet.
En effet, une opération de stabilisation monétaire doit obligatoirement s’entourer de mystère, sinon elle serait infailliblement compromise par la plus folle spéculation. Vous vous doutez bien qu'il y a toujours moyen, pour un habile homme prévenu, d'éviter certaines répercussions pénibles et peut-être même d'en profiter. En matière de stabilisation monétaire, c’est la spéculation mondiale que nous avons en face de nous. Irions-nous naïvement faire le jeu de la contre-partie ?
Suivez attentivement ce qui se passe en Belgique (1). Une enquête vient d’être faite par Chastenet sur les procédés dont nos amis se servent pour
(1) 11 s’agit, ici, de la prernière tentative belge de stabilisation.
stabiliser leur monnaie. Maïs le taux reste inconnu jusqu’à nouvel ordre, pour ne pas compromettre le ï succès.
Cependant, un gouvernement n’est pas lite dé. choisir un taux quelconque ; il est obligé de s’en tenir. aux alentours du cours du change, si cétte cote a pu. être soutenue pendant un certain temps et si elle n'implique pas, pour la nation, des Poe pos excessives.
Rappelons-nous que la France souffre d’un grand épuisement puisqu'elle a perdu un bon tiers de son capital. La médication doit être proportionnée aux. forces du malade; le taux de stabilisation doit tenir. compte de l’état d'affublioane du pays. ER Le problème revient done essentiellement à déterminer la charge budgétaire en or que la France peut supporter aujourd’hui, puis à chercher dans quelle proportion le billet à stabiliser peut être couvert par des valeurs-or.
Ces explications techniques, He j'écourte le plus : possible, seront terminées quand j'aurai rappelé que la stabilisation ne peut réussir qu'autant que l’on aura très nettement séparé le crédit de l’Ætat et. celui de la banque chargée d'émettre les billets sta bilisés. La banque d'émission doit être comme la. femme de César, sinon le publie pourra toujours craindre qu’elle n’ait des complaisances pour le Tré- sor en lui avançant de nouveaux billets. Ceux de la banque doivent représenter de l’or ou des marchan- ee dises valant de l’or. Elle les émet sous sa seule res. 4
ponsabilité. Nos amis belges vont remplir cette partie du programme et dans quelques jours la Banque nationale de Belgique aura recouvré une indépendance absolue.
Point n’est d’ailleurs nécessaire de créer une nouvelle banque d'émission. Nous en avons une dont le prestige universel n’est pas atteint malgré la dureté de ces derniers temps. La Banque de France, heureusement pour notre pays, a conservé um crédit absolument intact qui lui permet de jouer le premier rôle dans la stabilisation de la monnaie française
Mais l’entreprise que nous envisageons serait vouée à l’échec le plus retentissant si l’Etat n’adoptait pas, en même temps, une politique financière et fiscale telle qu’elle permette au pays de réparer ses forces.
Ici, le médecin que nous consultons va nous prescrire le régime qui doit nous conduire à la convalescence. Bien des lecteurs, je le crains, vont avoir une désillusion. Nous les avons cependant prévenus, dès le début de cette étude, que nous n'’allions pas chez un MAGICIEN, Il n’existe pas de baguette magique permettant à un pays d'effacer en quelques mois les désastres économiques de la guerre mondiale dont il a été le théâtre. Autant essayer de rendre la vie à nos quinze cent mille morts et leurs membres perdus à nos pauvres mutilés.
D'autres lecteurs retrouveront, au contraire, des idées qui leur sont familières et qu’ils partagent en |:
grande partie. Qu'ils ne soient pas surpris ; nous
avons baptisé notre médecin : le bon sens. Il.n’a été jusqu'ici monopolisé par personne. Au contraire, sur
ce terrain, des hommes de toutes opinions peuvent
s’accorder. Ils n’ont pour cela qu’à réfléchir au pro-
blème.
Force aussi est d'agir dans le cadre du régime eo
capitaliste, puisqu'il existe et que c’est le seul moyen que nous ayons à notre disposition.
Les prescriptions, rassurons-nous, ne seront pas
trop nombreuses : elles sont cinq en tout.