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II. La LIGNE est d'un usage plus fréquent

On peut toujours représenter un nombre par une longueur ; mais, comme la longueur prise pour équivalent de l'unité est arbitraire, une seule ligne, représentant un certain nombre, serait une figure absolument dépourvue de sens. En voici un exemple. Si j'écris : les États-Unis ont 182,000 kilomètres de chemins de fer, je donne la notion d'un fait statistique. Si, voulant l'exprimer par une figure, je trace la ligne —

en ajoutant : les chemins de fer des États-Unis ont une longueur représentée par la ligne A, B, je ne dis rien que l'esprit puisse saisir.

Si, comparant la longueur des chemins de fer aux États-Unis et dans les principaux États d'Europe, je dresse le tableau suivant pour la fin de l'année 1882 : —

États-Unis 182,350

Empire Allemand 34,3

Eojaume-Uni 29,610

France 28,660

Kussie 23,550

Autriche -Hongrie 19,740

Italie 9,040

Espagne 7^850

Levarseur — La Statistique graphique.

je puis utilement transformer ces chiffres en graphique, et, prenant le rapport cle i millimètre pour 2,000 kilomètres, dessiner la figure suivante (voir la fig. A) : —

Empire Allemand.

Royaume-Uni.

France.

Russie.

Autriche-Hongrie.

Italie.

Espagne.

Étîits-Unis.

FiG. A. Longueur comparée des chemins de fer dans plusieurs États.

Cette figure a un sens. Si elle ne fournit pas une connaissance aussi précise que le tableau dont elle est tirée, elle fait une impression plus saisissante. L'importance relative des voies ferrées dans chaque État et la grande supériorité des Etats-Unis apparaissent d'une manière plus manifeste. L'évidence d'un rapport est précisément l'objet que souvent on se propose en employant les procédés graphiques ; mais il faut que le rapport existe et, par conséquent, qu'il y ait plusieurs termes à représenter.

On figure ces lignes soit par un trait fin, soit par un trait large qui devient ainsi un rectangle allongé ; c'est une question de dessin dont nous laissons le choix libre à l'auteur, en lui recommandant de chercher la forme la plus claire et la plus saisissante.

La longueur qu'il prend pour représenter l'unité dépend de l'espace dont il dispose et doit être telle que les différences qu'il veut mettre en vue soient aisément perceptibles. Elle ne sera assurément pas la même dans un livre et sur un graphique mural.

Si l'on doit figurer dans un môme total des unités d'ordre différent, on peut le faire en variant la forme du trait fin, comme dans l'exemple suivant : —

Mais il sera plus facile d'exprimer cette diversité en se servant de rectangles diversement ombrés. Voici, comme exemple, la figure de l'accroissement de la population européenne en Algérie de 1833

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à 1881 avec la distinction des Français et des autres européens. (Voir la fig. B.)

r'Iîll.irRS

Fig. B. Population européenne en Algérie.

III. — On pout traduire les nombres par des surfaces aussi bien que par des lignes; dans certains cas même, la surface est plus expressive. Voici, comme exemple, la superficie et la population comparées des États qui ont plus de 40 millions d'habitants, ou plus de 5 millions de kilomètres carrés de territoire. (Voir la fig. C, "Étendue et population comparées des États de la Terre," reproduite d'après notre Précis de géographie, " la Terre.") La figure est plus expressive que le tableau de statistique dont elle est tirée.

Levasseur — La Statistique graphiqiie. 7

États.

Parties du monde dans lesc|uelles sont les possessions de l'État.

Superficie en

millions de kilomètres car) és.

Population eu millions d'habitants.

Empire britannique X Empire russe

Kuiope, Afrique, Asie, Oeéanie, Amérique

j 2ZI 21-8 II 5

États-Unis

Brésil

Amérique du nord

Empire ottoman

Empire îillomand ... .

„ Afrique, Asie, Océania, Amérique Europe, Afrique

Superficie. Population.

FiG. C. Étendue et population comparées des principaux États de la Terre.

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Sur le côté d'une carte murale d'Europe destinée à l'enseignement, nous avons figuré chaque État par un carré tracé, autant que possible, à la place même que ces États occupent sur la carte d'Europe, et nous avons représenté ainsi par une suite de cartes de statistique le territoire, la populatici'n, le commerce, la marine. Cette série, que nous ne pouvons pas reproduire ici, est instructive, parce qu'elle montre du premier coup d'œil comment l'importance relative des États varie suivant l'aspect sous lequel on les envisage. Ainsi, on y voit que l'Angleterre a un petit territoire relativement à la Russie, que les différences entre les deux pays sont un peu moindres lorsqu'on envisage la population et que l'ordre d'importance se trouve renversé lorsqu'il s'agit du commerce et surtout de la marine, l'Angleterre étant représentée, sous ces deux derniers aspects, par une surface beaucoup plus grande que la Russie.

On peut, suivant les convenances particulières du sujet et de Fauteur, employer le carré, le lozange, le rectangle, le cercle ou même le triangle. Quelques auteurs se sont servis du triangle isoscèle, dans lequel ils réunissaient par couches superposées les divers éleménts d'un tout, réservant aux moindres quantités la partie supérieure, afin de les rendre plus sensibles en leur donnant plus de hauteur ; ce procédé ne doit être employé que dans des cas exceptionnels et ne saurait être recommandé d'une manière générale, parce que les surfaces ne se ressemblent pas assez pour que la notion d'importance relative s'en dégage nettement. Les cercles, au contraire, que l'on peut diviser en autant de secteurs que le sujet l'exige, sont d'un emploi commode et fréquent. Nous leur préférons cependant d'ordinaire les carrés ou les rectangles, parce que l'auteur n'a pour ainsi dire pas de calculs à faire et de peine à prendre pour les tracer sur un papier quadrillé, et parce que le lecteur se rend plus aisément compte de la différence des aires de deux rectangles de même base ou même de deux carrés que de celle des aires de deux cercles.

Dans le discours d'ouverture de la session de 1884-85, le président de la Société de Statistique de Londres, Sir Rawson W. Rawson, se proposait de montrer la grandeur des colonies britanniques. Il a pris pour représenter la population totale de ces colonies un rectangle occupant à peu près tout l'espace dont l'imprimeur disposait sur une page, et dans ce rectangle il a inscrit deux séries de rectangles représentant, d'un côté, la population coloniale des autres États européens (les derniers agrandissements de la France n'y sont pas compris) et, de l'autre, la population des métropoles européennes, y compris le Royaume-Uni. Tous ces petits rectangles se casent facilement dans le grand sans le remplir, et le lecteur qui voit cette figure conçoit immédiatement une haute idée de l'importance de l'Empire britannique : c'est précisément ce

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que voulait l'auteur. L'éditeur du Statesman's Year-Book " a reproduit dans le volume de 1885 cette figure expressive, bien qu'elle soit d'un dessin très simple. (Voir la fig. D.)

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