‹ La statistique, ses difficultés, ses procédés, ses résultatsChapitre 32 sur 40 · LIESSE · texte numérisé non relu

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Cependant la circonspection n'exclut pas la curiosité scientifique, si légitime lorsqu'elle est servie, dans les recherches qu'elle provoque, par une méthode sûre. Nous en avons donné des exemples qui sont bien faits pour attirer l'attention. La question des crises, étude pathologique du monde économique, celle de la répartition des revenus, qui n'intéressent pas seulement l'économiste mais aussi le philosophe et l'historien, prouvent quel puissant auxiliaire peut être la statistique habilement utilisée pour pénétrer dans les mystérieuses profondeurs du mouvement des sociétés.

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DE QUELQUES EMPLOIS DE LA STATISTIQUE DANS CERTAINES ENTREPRISES PRIVÉES

Nous n'avons pas besoin de dire longuement pour quelles raisons la méthode statistique est employée aujourd'hui dans des établissements privés, aussi bien que dans les administrations publiques. L'extension considérable de la production économique et des débouchés, provoquée et servie par l'extraordinaire développement des moyens de communication, la concentration de , petites et moyennes entreprises en de vastes entreprises, qui s'est opérée surtout depuis une trentaine d'années dans certaines branches de l'industrie et du commerce, ont rendu indispensable l'étude d'ensemble du mouvement des affaires sur des marchés de plus en plus étendus. Les observations personnelles du chef d'une grande entreprise, bien qu'elles n'aient aucunement diminué d'importance, ne sauraient plus suffire pour établir des prévisions et surtout pour en fournir les éléments. La nécessité, le besoin d'avoir rapidement des renseignements classés, groupés, analysés a conduit des établissements divers à organiser de véritables bureaux de statistiques où l'on concentre tous les documents utiles, où on les dépouille pour les résumer en tableaux ou en diagrammes. Ajoutons que le nombre de ces documents s'accroît chaque jour et facilite ainsi ces travaux.

Nous allons donc décrire, aussi brièvement que possible, et à titre d'exemples, les opérations de statistique auxquelles se livrent des entreprises d'ordre très différent.

Banques et établissements de crédit De tout temps les maisons de banque dont la fonction

consiste principalement à faire des prêts aux Etats ou aux entreprises industrielles, sous différentes formes, les banques que l'on appela, un temps, « Banques de placement et de spéculation » ont toujours eu besoin d avoir une organisation plus ou moins rudimentaire de renseignements. Les autres : les banques dites de commerce, se livrant à toutes les opérations de cette espèce,, et les banques qui se contentaient d'être de simples «caisses communes de commerçants», n'opérant guère, autrefois, que dans un rayon relativement restreint d'action, n'éprouvaient pas l'utilité de posséder un service spécial de renseignements financiers. Pour leurs affaires plus éloignées, elles s'en fiaient à des maisons correspondantes avec lesquelles elles entretenaient des relations d'intérêts. Quant aux Banques d'émission, elles furent de même au début, pour la plupart, localisées aussi bien à Paris qu'à Londres. Cette idée qu'une banque, et en particulier une banque d'émission, ne pouvait guère agir au delà d'un certain milieu limité, se trouve chez Mollien nui considérait que la Banque de France devait surtout être une Banque de Paris, et ne point étendre ses opérations beaucoup au delà, en raison de la difficulté, pour ceux qui la dirigeaient, de pouvoir conduire au loin ses affaires.

Les idées sur ce point se sont modifiées avec les faits et avec l'évolution économique. La Banque de France a commencé à établir des succursales — des « Comptoirs » comme on disait alors — dans plusieurs villes importantes, dès 1836; et elle parvint, cette fois, à les fonder avec succès, car elle avait fait, dans ce sens, sous le premier Empire, une tentative qui n'avait pas précisément réussi. Depuis, elle a couvert la France d'un réseau serré de succursales et de bureaux auxiliaires. De leur côté, les grandes sociétés de crédit ont créé, à Paris et en province, de nombreuses agences; elles en possèdent aussi et de fort importantes à l'étranger. Forcément, leurs affaires ont pris, pour une part assez grande, un caractère international. Ces sociétés ne peuvent donc se désintéresser du mouvement économique dans toutes les parties du monde, non seulement parce qu'elles y participent souvent directement, mais encore parce qu'une solidarité, de plus en plus forte reliant tous les marchés et tous les phénomènes économiques, il importe qu'elles se tiennent au courant de ce qui se passe sur tous ces marchés.

Nous venons très rapidement d'indiquer qu'il existe

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plusieurs catégories de Banques qui se distinguent en général par la nature des principales opérations auxquelles elles se livrent. La nature de ces opérations détermine l'organisation de leurs services appelés «Etudes Financières ».

A. — Les Banques d'émission — celles surtout, qui, étant uniques dans un pays et possèdent un monopole, sont jusqu'à un certain point régulatrices de la circulation monétaire, — doivent, tout naturellement, se tenir au courant du marché des métaux précieux, des changes et de la situation, non seulement des banques en général, mais surtout de celles des banques d'émission des autres pays. Gomme l'émission de billets de banque est faite en représentation, aussi bien du portefeuille commercial et des avances sur titres qu'en représentation de l'encaisse métallique, les banques d'émission ne sauraient manquer de suivre, non plus, les mouvements commerciaux, les variations de prix des principales marchandises — surtout lorsqu'elles font des opérations sur warrants — et de même, les cotes des valeurs mobilières sur les principaux marchés du monde. Toutefois, ces deux derniers points doivent être l'objet d'une préoccupation moins vive que la question, complexe et vaste d'ailleurs, de la circulation monétaire et par conséquent des crises qu'elle révèle souvent et qu'il est indispensable de suivre avec des documents et des éléments juxtaposés. Et c'est ici que les principes de toute bonne méthode en statistique, et le contrôle d'un esprit critique et avisé sont utiles pour choisir ces éléments, pour les rapprocher en les rendant comparables afin de pouvoir les discuter.

Le peu d'étendue de cet appendice dans lequel nous tenons surtout à exposer les données principales de ces organisations statistiques, ne nous permet pas d'entrer dans des détails que seule la pratique peut bien faire comprendre. Disons, cependant, que les bilans des banques d'émission et des autres banques, le cours des changes, celui des métaux précieux, celui du taux de l'escompte, des avances sur titres, des reports, sur les principales places financières sont les documents les plus importants d'où l'on tire les éléments de ces études.

La Banque de France, la Reischbank et plusieurs autres banques d'émission possèdent des services d'études financières plus ou même étendus.

B. — Les Banques dites de Commerce, les Banques de Dépôts qui font des opérations commerciales ; les grandes Sociétés de crédit qui sont, aussi elles, banques

de dépôts et joignent à ces opérations la vente des titres ont organisé, pour la plupart, des services d'études financières. En France, le Crédit Lyonnais et le Comptoir d'Escompte ont été parmi les premières sociétés qui ont fondé des institutions de ce genre. On peut dire, qu'à part l'émission des billets de banque, dont la Banque de France a chez nous le monopole, ces sociétés font la plus grande partie des autres opérations. Aussi ont-elles, parfois, des services divisés en plusieurs sections, chaque section ayant son domaine particulier d'études : banques, fonds d'État, chemins de fer et transports, mines et affaires industrielles, satistique générale, etc., etc. Des documents considérables de toute nature, accumulés depuis des années, auxquels il s'en ajoute chaque jour de nouveaux, permettent de suivre le cours de toutes les marchandises, de toutes les valeurs mobilières importantes, de l'escompte, etc., etc. sur des tableaux ou des diagrammes tenus à jour ; le tout extrait de mercuriales, de cotes de circulaires commerciales, de bilans, de banques et de sociétés industrielles et commerciales, etc.

Certes, les notes que peuvent rédiger ces services sur les affaires au sujet desquelles on leur demande des renseignements, ne suffisent point, à elles seules, à résoudre la question posée et à provoquer, en dernier lieu, la décision nécessaire, mais elles servent à éclairer ceux qui sont chargés de la prendre et de plus, — et c'est là peut^ être leur rôle le plus important — elles tiennent les chefs continuellement au courant du mouvement économique.

C. — Les Banques dites de Placement et de spéculation ou encore « Banques d'affaires » ont, pour fonction principale, d'aider à la fondation et à l'extension d'industries ou de grands établissements commerciaux ; elles font aussi des opérations d'émission d'emprunts pour le compte des États et des Villes. Ce sont en réalité des banques d'émission de titres industriels, de fonds d'État et de Villes. Elles ne font point d'opérations de banques de commerce. L'escompte du papier commercial n'est pour elles qu'un moyen d'employer temporairement les fonds disponibles.

On voit immédiatement quel genre d'études financières convient à leurs opérations. Pour les affaires industrielles, ce sont des ingénieurs compétents, parfois très spécialisés qui étudient les propositions faites, recherchent si l'affaire proposée a des chances sérieuses de réussir, ou si une entreprise déjà fondée et en activité peut encore étendre cette activité au moyen de capitaux

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demandés au public. Lorsqu'il s'agit, au contraire, d'émissjons de fonds d'État ou de Villes, c'est le crédit de ces États et de ces Villes qu'il faut étudier. Or cela ne saurait se faire ni pour les industries ni pour les émissions de fonds publics, au jour le jour. Chaque affaire doit assu rément être étudiée dans son essence propre, mais elle tient au milieu où elle naîtra, et c'est ce milieu qu'il faut déjà connaître pour prendre de rapides décisions. D'où la nécessité d'une organisation qui permette aux directeurs et administrateurs de ces maisons d'avoir, sous la main, des renseignements préparés.

Chemins de Fer

A. — Chaque année le Ministère des Travaux Publics publie une statistique des Chemins de fer français qui a! trait à une année antérieure — généralement l'antépénultième de la publication. Cette statistique comprend deux volumes : l'un est consacré aux lignes d'intérêt général ; l'autre aux lignes d'intérêt local. Les renseignements qui y sont insérés ne sont pas limités à l'année envisagée : il en est de rétrospectifs comme les situations successives du réseau des voies ferrées, qui est donnée depuis 4823, le relevé successif du mouvement et des recettes (voyageurs et marchandises) depuis 1841, du montant de la garantie d'intérêt depuis 1863, etc.

Ces renseignements ou documents se composent, ainsi qu'on peut s'en rendre compte par les quelques exemples que nous venons de citer, non seulement de la situation en longueur de nos voies ferrées à double et à simple voie, à voie normale ou à voie étroite, mais encore des statistiques donnant la situation financière des réseaux de l'État et des compagnies; puis les résultats détaillés de leur exploitation ; enfin les nombreux renseignements sur le matériel, les impôts spéciaux aux transports, les accidents ; etc. Le tout est mis sous forme de tableaux de chiffres avec notes explicatives lorsqu'il y a lieu.

D'où sortent ces chiffres se rapportant à des opérations si diverses et si détaillées ? On peut répondre pour la très grande partie d'entre eux, de la comptabilité même de chaque réseau considéré. Comment arrive-t-on ainsi à connaître le poids des marchandises transportées, le nombre de kilomètres qu'elles ont parcourus ? Comment les mêmes questions sont-elles résolues pour les voya-

£eurs ? 11 suffit de réfléchir uu instant pour découvrir l'origine de ces observations. Les employés d'une gare de marchandises qui reçoivent des marchandises pour les expédier à une destination G par exemple sont obligés, pour déterminer le prix du transport et pour appliquer les tarifs, de noter : si la marchandise est expédiée en grande ou en petite vitesse, d'indiquer sa nature, de constater son poids et de calculer la distance qu'elle parcourra. Pour les voyageurs, les billets des trois classes, portant le prix payé, sont autant de pièces dont sont comptables les receveurs préposés à la délivrance de ces billets. Il est donc facile, par le nombre et le prix des billets vendus, de trouver le nombre des voyageurs de chaque classe, et les recettes opérées pour chacune d'elles. Les distances parcourues s'en déduisent facilement. En ce qui regarde le parcours des locomotives, par exemple, les constatations sont faites dans les comptes des machinistes lesquels ont des primes de parcours. Le nombre des trains et leur poids est tiré de sources identiques. Quant aux renseignements financiers proprement dits, , relatifs au capital d'établissement, aux dividendes distribués, à la garantie d'intérêt, etc. ils sont assurément les plus vite établis. Ils sont extraits de la comptabilité financière de ces administrations. On voit donc quel est le mécanisme de ces statistiques : ses rouages sont les rouages même des comptabilités diverses que comporte une exploitation de chemins de fer. Mais ce ne sont la que des éléments premiers. Pour en tirer des résultats généraux, des moyennes, des indices ; pour obtenir, par exemple, les dépenses totales et moyennes, le mouvement des voyageurs à un kilomètre et à distance entière, le prix du kilomètre-train, etc., etc., il faut combiner ces chiffres et opérer les calculs nécessaires. Le plus souvent c'est, à l'administration centrale, dans les services commerciaux, que ce travail est exécuté. Il demande beaucoup de soin. Une fois terminés les tableaux sont envoyés au Ministère des Travaux Publics.

B. — En matière de chemins de fer et de transports en général, la statistique a des applications d'un autre ordre. On l'emploie pour établir les bases de tarifs de transports. 11 faut en effet qu'un tarif de transport, pour une marchandise donnée, réponde à cette condition première : qu'il y ait, pour un commerçant, avantage à acheter cette marchandise en A et à la faire transporter en B pour la vendre sur ce dernier marché. 11 faut donc, tout d'abord, que le prix de la marchandise en B soit plus

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élevé qu'en A, et que la différence entre ces deux prix soit supérieure au prix même du transport entre A et B. C est la constatation d'un fait très élémentaire, c'est à proprement parler un truisme ; et cependant c'est un; principe que l'on n'a pas toujours envisagé et dont on! peut tirer de très fécondes conséquences.

Mais cette condition première et très simple est subor-; donnée, en ce qui regarde l'établissement d'un tarif, à d'autres conditions. Tout d'abord, un tarif de transport ne saurait être modifié à chaque instant ; on ne peut pas lui faire suivre les variations des prix du produit auquel il s'applique ; il doit être établi pour un certain temps et cette durée est déterminée elle-même pour les conditions économiques générales du milieu où l'on opère. 11 en résulte que la base de ce tarif doit être calculée sur la moyenne des prix de la marchandise considérée en A et en B pendant une période de temps assez longue. En d'autres termes, il importe que la demande en B, et dans des conditions de prix rendant le transport possible, soit une demande relativement constante et durable de même que l'offre en A. 11 est nécessaire, en outre, que la mar chandise en question soit une marchandise de grande consommation afin de permettre la création d'un courant commercial de transport important et de nature à donner des bénéfices au transporteur.

Voici, comme exemple de cette méthode, les opérations auxquelles s'est livré M. Richard Bloch alors sous-chef de l'exploitation à la compagnie dOrléans, il y a une vingtaine d'années.

M. Richard Bloch est parti, comme il le dit lui-même, de cette idée 1 « que pour se rendre compte de l'influence des prix de transport sur la direction des divers courants commerciaux, il faut les comparer, non seulement à la valeur intrinsèque des marchandises auxquelles ils s'appliquent mais bien plutôt aux écarts qui peuvent exister entre les deux valeurs et les cours de ces marchandises sur les divers marchés que l'on se propose de mettre en relations ». Il a donc appliqué cette idée pour une réforme des tarifs de transports des céréales. Les faits, constatés par la statistique, sur lesquels il s'est appuyé sont, les suivants.

L'album officiel de la statistique agricole donne les rapports de la production du froment à la population dans

1. Revue Générale des Chemins de Fer et des Tramways n« d'avril 1901.

les divers départements. Or, cette carte montrait à cette époque que la France, à ce point de vue, se partageait en deux régions distinctes formées par une ligne de l'Ouest à l'Est oui partirait du département de la Vendée pour rejoindre le département de l'Ain. Cet état de choses n'était point temporaire ; il tenait à des conditions naturelles de sol et du climat et ne s'est pas modifié sensiblement depuis. La région au Nord de cette ligne produit en général plus de blé que n'en exige la consommation de ses habitants ; l'autre, la région du Sud, est déficitaire dans son ensemble, malgré les exceptions qu'y présentent certains départements producteurs dans les vallées de la Charente, de la Garonne, etc. Le déficit calculé alors, vers 1890, s'élevait à près de 480 000 tonnes. D'un autre côté, la statistique des douanes permettait de constater que les ports de mer du Midi : Marseille, Cette ; et du Sud-Ouest : Bayonne et Bordeaux, recevaient des quantités assez considérables de céréales étrangères, dont la plus grande partie se composait de blé et de farines. Voilà pour la région du Midi, région de demande.

La région du Nord qui pouvait être une région d'offre répondait-elle à cette demande? Ici, ce sont les statistiques de transports qui devaient apporter les éclaircissements nécessaires. Or, elles montraient que les blés du Centre qui auraient pu, si les conditions de transport l'avaient permis, se diriger vers le Sud-Est, par exemple, région déficitaire par excellence avaient au contraire leur écoulement presque unique sur le marché de Paris déjà encombré.

11 restait à étudier les prix des blés sur les marchés de la région du Centre, région de production abondante et d'offre, et sur ceux de la région du Midi, région déficitaire et de demande. Les mercuriales des prix considérées pendant un certain nombre d'années montrèrent que les différences moyennes des prix, en premier lieu se maintenaient et qu'en second lieu les prix de transports des blés du Centre vers le Sud étaient trop élevés en général par rapport à ces différences pour permettre aux commerçants en blé d'expédier avantageusement leurs marchandises dans la région déficitaire.

Ces faits acquis, il restait à établir techniquement les tarifs de transport des céréales vers le Midi, en prenant, bien entendu, pour base, le système de dégression par rapport à l'accroissement des distances. Ces tarifs furent appliqués, par la compagnie d'Orléans, en 1892 et s'étendirent bientôt aux réseaux voisins, car les résultats qu'ils

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donnèrent furent la preuve que les prévisions de M. R. Bloch étaient justes et que la méthode était bonne.

ni

Tables de mortalité des compagnies d'assurances.

La première table de mortalité qu'on ait pu utiliser est due à Halley. Elle avait pour base les chiffres du mouvement de la population à Breslau en Silésie. Cette base était, d'ailleurs, assez imparfaite. En réalité, les données de cette table étaient extraites uniquement du registre des naissances et des décès de Breslau. Cette méthode après Halley fut suivie par Simpson et plusieurs autres mathématiciens. Mais dès cette époque déjà, on essaya d'entrer dans une autre voie, d'utiliser des documents plus sûrs et de réunir des faits plus précis. En Hollande, où il y avait alors des rentiers viagers, le grand pensionnaire Jean de Witt, voulant faire un emprunt sous forme d'annuités viagères, présenta aux Etats Généraux pour cette fin, en 1674, une table de mortalité dont les bases consistaient dans les observations faites sur ces premiers rentiers viagers.

Depuis, au fur et à mesure qu'elles se sont développées, les compagnies d'assurances sur la vie ont, dans tous les pays, travaillé à établir des tables de mortalité, en s'appuyant sur les faits qu'elles avaient elles-mêmes enregistrés au cours de leurs opérations.

Nous allons donner un bref aperçu de la méthode générale suivie en cette circonstance, en indiquant les grandes lignes de celle qui a été suivie il y a une dizaine d'années pour l'établissement d'une table de mortalité par les trois compagnies d'assurances sur la vie : les Assurances générales. l'Union et la Nationale. Il s'agit d'une table de mortalité par âges à l'entrée déduite des observations relatives aux rentierset assurés en cas de vie des trois compagnies.

Ce sont les polices réalisées pendant soixante-dix-neuf années, dans les trois compagnies (du 1er juillet 1819 au 30 juin 1898), qui ont fourni les observations statistiques. Ces polices provenaient des catégories d'assurances suivantes: Rentes viagères immédiates — Rentes temporaires — Rentes viagères différées — Assurances de capitaux différés avec et sans contre-assurance.

Ces polices donnaient deux éléments statistiques pri-

mordiaux : la date de naissance de l'assuré — toujours soigneusement vérifiée — la date de sa mort, qu'avaient aussi le plus grand intérêt à connaître exactement, ces Compagnies. C'est la base du système. Nous n'entrerons

f>as dans le détail de l'organisation imaginée pour dépouiler les documents premiers, réunir les faits constatés et pour les classer. Qu'il nous suffise de dire que l'on se servit de cartes de diverses couleurs (chaque couleur correspondant à la nature de la police) et que l'on inscrivit sur chacune d'elles les éléments statistiques recueillis dans chaque police. Une fois ces renseignements réunis on fît le classement des cartes. On mit d'un côté les cartes du sexes masculin, et, d'un autre, celle du sexe féminin. On fit ensuite un premier classement, par ordre alphabétique, afin de réunir, dans un seul paquet, les cartes relatives à plusieurs contrats reposant sur la môme tête ; puis un second classement par date de souscription des polices Le nombre des cartes ainsi établies s'est élevé à 215107, correspondant a un nombre de têtes de 118 840.

On procéda ensuite au dépouillement et au décompte des cartes sur des feuilles aménagées pour cet objet. On obtint ainsi des résultats : 1° par âges à l'observation — 2° par durées annuelles — 3° par durées quinquennales — 4° par durées réunies, les résultats ayant été groupés.

Nous avons déjà dit que le nombre des têtes observées pour cette nouvelle table (dite table R.F., 1900) était de 118 840. Ce chiffre se décompose en têtes : sexe masculin 46 933 ; sexe féminin 71 907. Dansla table antérieure R.F., le nombre des têtes observées s'élevait à 67 247 sexes réunis. Pour la table de 1900, les observations ont donc, par rapport aux observations de la première table, porté sur un chiffre de 51.593 têtes de plus. Les résultats de cette seconde table sont donc encore plus près de la vérité que ceux de la précédente 4.

1 . Ce travail, remarquablement conduit, a été fait sous la direction de MM. Duplaix, Oltramar et Quiquet actuaires des Compagnies : les Assurances Générales, YUnion et la, Nationale

TABLE DES MATIÈRES

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Avant-propos v

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