CONCLUSION
prudence que nous avons essayé de faire naître dans l'esprit de ceux qui voudront bien nous lire, nous dirions que le statisticien doit constamment demeurer en contact avec la réalité des faits, ne point les perdre de vue, pas plus que les marins, autrefois, ne s'aventuraient vers la haute mer lorsque, privés de boussole, l'étoile polaire, leur seul guide, leur était cachée par les nuages ou le brouillard. La boussole, en statistique, nous l'avons plus ou moins en nous, c'est l'esprit critique, et l'étoile polaire, ce sont les faits. Quand on ne les aperçoit plus dans leur réalité objective, le devoir scientifique commande de s'arrêter et de chercher ailleurs, si faire se peut, un terrain plus propre à l'observation que l'on se propose. M. Émile Levasseur, si expérimenté en cette matière, a nettement affirmé cette nécessité de garder l'indépendance de son esprit lorsque l'on se livre à des travaux de statistique. En comparant la méthode qui consiste à recueillir de nombreuses observations, et qui est celle de la statistique, à la méthode théorique pure où l'on se contente d'en faire quelques-unes pour édifier sur elles des principes, M, Levasseur écrit : « La méthode (statistique) nous paraît à la fois plus modeste et plus féconde à condition que celui qui l'emploie domine toujours son sujet de manière à ne pas perdre de vue les principes et sache se servir des informations numériques sans laisser étouffer l'indépendance de son esprit sous l'amas des chiffres et paralyser son jugement par leur apparente rigueur1. » Ces règles de prudence ont été généralement suivies par les statisticiens français, et il convient de les en louer.
I. Nouveau Dictionn. d'Écon. Politique. Article Statistique* p. 918.