‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 136 sur 171 · LE PRIX DES ŒUVRES D’ART · texte numérisé non relu

LE PRIX DES ŒUVRES D’ART

çonné que dès l’époque des Rois Catholiques, ou tout au moins dès le début du xvi'^ siècle, les statues et les bas-reliefs étaient payés aux artistes en renom peut-être plus cher qu’ils ne le sont aujourd’hui et que les incarnadores^ c’est-à-dire les polychromistes, avaient des exigences comparables à celles des sculpteurs.

Les comptes sont établis en maravédis, en réaux de vêlions, en écus ou livres jaquesas et en ducats d’argent ou d’or. La valeur du maravédis variable avec la datede l’émission est connue depuis le xin'= siècle. Celle du réal l’est aussi, mais il y a eu trois sortes de réaux qui étaient entre elles comme i est h 2 et à 4. L’indécision eût été grande si dans certains contrats les paiements n’étaient exprimés à la fois en maravédis, en réaux et en ducats d’argent. L’on apprend ainsi que durant le xvi® siècle, au moins, le ducat valait 375 maravédis (n® XIX) ou II réaux (n” XX) et, par conséquent, que le réal employé dans les comptes était le réal de 34 maravédis. Or ce réal existe, peut être évalué et M. Babelon nous apprend que cette monnaie pesait en argent 3®’’, 48 sous Pierre le Cruel (1350-1369), 2^'',868 sous Philippe V (1700-1746) et 2®'',Q2i sous Charles IV (1788- 1811). Entre ces dates extrêmes, son poids, on le constate, a varié de o®'‘,6i 2, soit de un sixième environ. Pour faciliter les calculs, j’adopterai pour le réal le poids moyen de 3 grammes. L’erreur maxima commise sera donc en ce cas de un douzième à un dixième de la valeur énoncée. A un réal de 3 grammes d’argent valant o fr. 60 en argent monnayé français, répond un maravédis de ^ = o fr. 01765 et

un ducat de o,6oX 11 = 6 fr.6o ou de 1 3 fr. 20 s’il s’agit de ducats d’Aragon (n® XIV). Quant au ducat d’or il valait à peu près le double du ducat d’argent, soit 12 francs, cà l’époque qui nous intéresse. L’écu ou livre dont il sera fait une fois mention nous est connu en 1766 (Dictionnaire de Sobrino). Il valait 8 réaux, soit 4 fr. 80. Je termine cette énumération en donnant pour mémoire, caril ne semble pas avoir été employé dans nos comptes, la valeur du maravédis de plata qui était de un tiers de réal et par conséquent de o fr. 20.

Il est bien entendu que je parle toujours ici du réal ancien de 3 grammes et que je ne fais jamais allusion au réal moderne de i®%25.

J’ai donné les valeurs absolues rapportées au p'jids d’argent monnayé français. De quel coefficient faut-il affecter ces chiffres pour connaître la valeur relative ou la puissance financière de ces diverses monnaies ? En général, on adopte le coefficient 7 durant les règnes de Charles-Quint et de Philippe IL Je pense qu’au xiv*^ siècle, étant donné surtout que le poids du réal était plus élevé vers 1350 qu’il ne fut jamais depuis, il conviendrait d’élever ce coefficient à 10 et qu’en revanche, il faut rabaisser à 6 durant le second et le troisième quart du xvii^ siècle et peut-être même à 5 dans les villes riches telles que Séville. De toute manière, ce sont là des évaluations larges, utiles cependant en ce qu’elles peuvent fixer les idées. Aussi bien, les donnerai-je tout en prévenant qu’il n’est pas dans ma pensée de leur attribuer une rigueur qu’elles ne comportent pas.

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