CHAPITRE I
ORIGINE DE LA STATUAIRE POLYCHROME
Les ails polychromes en Grèce, en Perse, à Rome, à Bysiaiice. — Critiques dirigées contre la slalnaire polychrome. — • Réfutation de ces critiques.
Des obligations que la nature nous a faites, celle d’abriter un corps mal défendu contre les intempéries est une des plus exigeantes, comme des instincts qu elle nous a donnés, celui de la parure est parmi les plus vifs Le vêtement, la hutte, la maison atténuèrent les souffrances endurées par nos premiers aïeux et leurs ornements répondirent à ce désir inné d’embellir les objets à notre usage. Les chasseurs et les guerriers suspendirent aux parois des cavernes leurs armes et les dépouilles de leurs victimes; les jeunes filles y ajoutèrent des feuillages tressés ou des guirlandes de fleurs sauvages. Certains apprirent à régulariser les matériaux mis en œuvre et à tirer de leur symétrie les rudiments d’une décoration architecturale ; d’autres s'étudièrent à reproduire les êtres au milieu desquels ils vivaient ; les animaux d’abord et plus tard l’homme et la femme.
La demeure d'un Créateur suprême dut prendre place de bonne heure à côté de celles de ses créatures. On voulut y placer son image, puis on l’orna et 1 on y représenta des sujets chers à la divinité. On fut ainsi conduit à la décorer
de peintures, de bas-reliefs et de sculptures en ronde-bosse. Mais les rois, les chefs de guerre, les pasteurs de peuples ne marchent jamais .sans une escorte de serviteurs, de courtisans. Un dieu ne saurait être moins bien iraité qu'un être mortel. Ses fidèles, ses adorateurs, les bénéficiaires de sa bwnic ou de ses grâces, se feront représenter autour de la cella par une image durable qui attestera pour toujours leur piété reconnaissante. Enfin, quand la mort a brisé le lien qui retenait l'âme captive et que le corps a été réduit en cendres, la famille et les intimes voudront conserver un souvenir de la cérémonie funèbre, comme ils souhaiteront assurer des protecteurs célestes au parent ou à l'ami disparu. Ce sera le moment de représenter les prêtres qui ont célébré les rites, les pleureuses qui ont suivi le cortège et de placer auprès de l'image du mort celle d'une divinité compatissante. Voilà de multiples occasions de recourir à l'homme capable de fabriquer ce double qui, dans les idées de certaines luitlons, dui' . rp
chose de la personnalité humaine et divine; voilà bien des thèmes otl'erts à I habileté des artistes. Ce ne furent pas les seuls.
Les annales illustrées des victoires du prince ou des uavauv de la paix entrepris sous son règne fournirent également aux sculpteurs et aux peintres des occasions toujours nouvelles d'c.xercer leur talent.
L’Égypte, la Chaldée et la Grèce, pour ne parler que des trois grandes éducatrices du monde ancien, traversèrent et franchirent les mêmes étafic.- mais la Grèce, appelée à parcourir une carrière plus brillante que ses aînées et à laquelle, en raison de la perfection où elle poussa les arts plastiques, je consacrerai ces premières pages, fournit à ses fils un motif tout spécial de fructueux efl’oris.
Des époques prim'itives où la force physique remplaçait le droit la Grèce a conservé le culte de la puissance corporelle. Bien qu’Ulysse et ses émules l’aient forcée à reconnaître la supériorité d’un esprit aiguisé sur un corps vigoureux, elle persiste à couronner-et à fêter le vainqueur dam les grands jeux célébrés sur son territoire, elle le glorifie, elle l’élève jusqu au rang des maîtres de scs destinées, dont il reproduit sans doute l'image. Dans ces condition-;. ;i..w nie naturelle devait la conduire à rendre les mêmes honneurs à \'o!ytn. - a. - uc qu’à rOlympien. Il aura, lui aussi, sa statue et elle prendra place dau- les enceintes conSâbftQs.avJ^fVd.Trrs cL'iftdaiMlUe, qui ne représentera plus un être imaginaire
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PÉRIODE archaïque.
ou un type conventionnel et consacré, le sculpteur aura le devoir de s'inspirer de son modèle, de le serrer de très près et finalement d'en donner la copie fidèle. Cette recherche de l’exactitude et cette application à rendre les traits saillants et fort beaux de chaque catégorie d'athlètes et les caractères particuliers de leur corps furent l’origine de progrès considérables.
L’imagier attaqua d’abord le bois et dégrossit dans les fûts de cyprès, d’oliviers ou de chênes les statues destinées aux plus anciens temples. Aucune de ces statues ne nous est parvenue. Elles eussent été curieuses à bien des titres, mais barbares et informes. L’historien peut regretter leur perte, l’artiste n’a pas lieu de la pleurer. Dans les premières années du vf siècle, on s’enhardit. Le bois fend, éclate, pourrit; il est attaqué par les mites et réduit en cendres par les flammes. La pierre résisterait mieux. De grands progrès, ai-je dit, avaient été accomplis; ils permettaient d’attaquer une matière dure. Désormais, le sculpteur grec a rencontré sa voie. En même temps, il étudie fart de fondre et de couler le bronze et il trouve dans le métal des ressources qui lui permettent de varier les attitudes consécutives à l’emploi du bois ou du tuf, attitudes devenues déjà hiératiques. Son éducation sera bientôt assez avancée pour que le choix de la matière soit subordonné au sujet à traiter et s’exerce sans erreur. Pourtant, la forme extérieure, l’épannelage trahissent encore l’imitation du bois. Ici, c’est le tronc d'arbre, là, le fût équarri, ailleurs, la poutre débitée en madriers dont on reconnaît le contour arrondi ou les arêtes vives.
Les premières pierres attaquées furent choisies parmi les plus tendres ; à celles-ci en succédèrent de plus compactes et, par une gradation naturelle, le marbre finit par être substitué au tuf. Ce fut le signal d'une révolution complète dans la technique. Elle changea du tout au tout et, d’assez gauche, devint bientôt d’une habileté supérieure.
Est-il bien certain, comme on a paru le croire, que le progrès constaté fut uniquement dû au choix de la matière et que la beauté du marbre, la finesse du grain, la difficulté de le travailler excitèrent l’ardeur des artistes, épurèrent leur goût, perfectionnèrent leur manière? Ne conviendrait-il pas plutôt d’intervertir les termes de la proposition et ne serait-ce point, au contraire, parce que le génie particulier de la Grèce se développait, parce que le goût s’épurait et parce que l'habileté technique grandissait, que le sculpteur, après avoir abandonné les
tufs tendres en faveur des pierres plus dures, abordait cette merveilleuse matière que le sol, prodigue de ses Eiveurs, lui fournissait parfaite? Je pense, moi aussi, que l'habitude de travailler le marbre eut, par la suite, un effet réflexe favorable au progrès ; mais si l'artiste n’eût pas éprouvé le regret de sentir son essor limité par la nature des pierres où le ciseau essayait en vain de reproduire les formes déjà parfaites des études modelées en terre glaise et si l’habileté manuelle du praticien ne lui eût pas permis d’aborder le marbre, la dureté et les difficultés spéciales qu’il offre eussent rebuté plutôt qu’encouragé les efforts.
'Vers la première moitié du vP siècle , l’art de couler le bronze fit un pas décisif. Pausanias l’atteste et l’on n’a pas de raison d’y contredire. Les premières statues d’apparence métallique étaient l’œuvre de chaudronniers qui emboutissaient des feuilles de cuivre sur une statue de bois L Cette technique, rudimentaire à l’époque où elle était appliquée en Grèce et connue sous le nom de sphyrélaton ou battage au marteau, n’est pas si défectueuse qu’il la faille dédaigner. Parce que l’image de Zeus Hypatos, que Pausanias vit à Sparte dans le temple d’Athéna Khalkiœcos et qu’il mentionne comme la plus ancienne des statues en métal, était barbare et sans doute très fruste, il n’en faudrait pas conclure à l’infériorité de cette technique. Le Moyen âge usa habilement de l’emboutissage et, de nos jours, on y recourt encore quand on veut obtenir des statues ou des groupes de dimensions telles que, coulés en bronze, ils seraient trop lourds ou d’une exécution trop difficile. La vérité est que les Grecs l’abandonnèrent de bonne heure en faveur de la fonte au sable. On sait avec quelle habileté ils coulaient en bronze, avec quelle aisance le fondeur, l’ajusteur, le ciseleur tournaient ou surmontaient les difficultés et cela dès la fin de l’époque archaïque. Après eux venaient d’autres ouvriers qui patinaient, argentaient ou doraient le métal en tout ou en partie et qui savaient non seulement le damasquiner, mais y incruster des émaux, des pâtes de verre et des pierres précieuses.
Connaissant l’adresse de leurs collaborateurs et la perfection de la technique, sachant que leur pensée trouverait toujours à être traduite et que leurs intentions ne seraient jamais trahies, on conçoit la prédilection marquée que les grands sculpteurs de la Grèce eurent pour le bronze. Seul Praxitèle fait exception. Mais Phidias, Myron, Polyclète, Lysippe se bornaient en général à modeler leurs œuvres dans une matière plastique et les livraient ensuite aux fondeurs.
Planche 11, — San Isidro de Leon.
Peintures à fresque,
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Connai.ssant l'adresse de leurs collaborateurs et la perfection de la technique, sachant que leur pensée trouNerait toujours à être traduite et qu. leurs ic.:i.:ition> ne seraient jamais traiiics. on conçoit la prédilection miiqi"'- .ji.. grands sculpteurs de la Grèce eurent pour le bronze. Seul Praxitèle fait exception. Mais Phidias, Mvron, Polyclète, Lysippe se bornaient en général à modeler
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