CARACTÈRES DU TALENT DE HERNANDEZ
d’année, il n’est pas de mois, pourrait-on dire, qui ne soit signalé par une œuvre nouvelle. La gloire, après l’avoir adopté, s’était éprise du maître galicien et avait fait de son atelier un centre lumineux vers lequel convergeaient les respects et les hommages.
A quelles qualités Hernandez dut-il la juste renommée dont il jouit durant sa vie ?
Hernandez avait étudié la sculpture sous les excellents professeurs que la Castille comptait à cette époque; mais au lieu de s’inspirer du style italien alors en grande faveur et de suivre l’école de Berruguete et de Becerra, il chercha la beauté dans la pureté des formes, la simplicité des attitudes, la perfection des traits, la convenance de l’expression. Rarement la puissance d’exécution, la connaissance de l’anatomie, l’entente et le sens de la draperie turent alliés à un plus intense sentiment de la vie. En vérité, le maître de Gregorio Hernandez fut la nature et son inspirateur, son génie personnel. On ne trouve dans l’œuvre de ce grand artiste aucune trace de formules, aucune recherche apparente, aucun effort visible, aucune exagération. Sa perfection les ignore ou plutôt paraît les ignorer.
D’autre part, si Hernandez est un esprit pondéré et probe, un artiste d’une science et d’une habileté consommées chez qui la pureté du goût et les qualités du style s’unissent à la foi du chrétien l’équilibre parlait de son tempérament le garde des erreurs comme il exclut les traits sublimes. Parmi ses œuvres, toutes excellentes, il y en a de meilleures; quant aux moins bonnes, elles sont dues aux collaborateurs qu’il était forcé d’employer pour satisfaire aux demandes innombrables qui lui étaient adressées. C’est dans ces dernières, seulement, que se manifestent les symptômes de cette décadence générale dont il a été parlé.
On notera encore à l’actil de Hernandez son audace tranquille et sa confiance. Abandonnant les ressources du bas-relief et l’appui de l’architecte et du décorateur, reniant tout artifice, il ne se borne plus à composer ces retables qui résument les efforts de ses aînés, mais il marche du même pas que Juan de Juni. Sans s’inquiéter des obstacles devant lesquels s’étaient arrêtés les maîtres du xv' et du xvi' siècle, il taille en plein bois des statues et des groupes que l’air environne, et, qu’il s’agisse de chairs ou d’étoffes, il exige qu elles soient peintes avec la même conscience qu’il les a modelées et taillées.
Un contrat non moins instructif que celui dont j’ai traduit quelques articles, mais passé cette fois entre le sculpteur et son polychromiste habituel Diego Valentin Diaz, montre avec quel soin Hernandez traçait le programme que le peintre devait suivre. 11 s’agit d’une sainte famille exécutée en 1621 et qui se trouve aujourd hui dans l’église de Nuestra Senora de San Lorenzo.
« Conditions relatives à la peinture des chairs et des vêtements de Notre- Dame, de l’enfant Jésus et de saint Joseph.
« D’abord, les chairs seront mates et les visages recevront la couleur qui convient à chacun d’eux. L’enfant Jésus aura le teint d’un enfant; la Vierge, celui d’une jeune femme et saint Joseph, celui d’un homme, différenciés comme il convient le mieux. Les yeux seront en cristal; les cheveux de l’enfant seront retouchés avec de l’or en poudre et ceux du saint seront en couleur, de sorte qu’ils soient et demeurent bien exécutés. Au surplus, et afin que la couleur des cheveux soit agréable et en rapport avec l’âge et la qualité des personnages, on se conformera en tout aux ordres donnes par Gregorio Fernandez et au goût de messieurs les officiers de la confrérie.
« Quant aux vêtements, il est spécifié qu ils seront peints avec des couleurs a l’huile choisies parmi les meilleures qui se trouvent à Séville. Le manteau de la Vierge doit être bleu avec un semis de points d'or et de couleur aux bords et un galon peint, retouché avec de l’or en poudre suivant les indications données par ledit Gregorio Fernandez. Ce galon au surplus sera étroit afin d imiter ceux qui ornent les manteaux légers.
« La robe sera carmin, imitant une pourpre très fine. Elle aussi doit comporter un galon et ce galon, le plus riche et le plus gracieux qui se puisse, sera retouché avec de For en poudre. Et, s il semble bon à M. Gregorio Fernandez et à messieurs les officiers de la confrérie qu'il soit jeté sur le manteau et sur la robe quelques petites garnitures ou passementeries d’or, elles seront mises sur le bord de 1 étoffe et assorties à celles qui orneront le galon. La coiffure de la Vierge doit avoir au bord une frange d'or avec de petits glands et le galon doit imiter un petit point de chaînette et pour l'ensemble on imitera une étoffe qui paraisse être de gaze. A la ceinture de la Vierge, il y aura également une frange d’or, avec de petits glands floconneux aux extrémités et on aura soin de donner à la ceinture la couleur la plus gracieuse qui se puisse, mais qui tranche sur la couleur pourpre de la robe.
Planche LiV. — Fkagmknt du tombeau du cardinal Val
Église de Sala. — Marbre. — Phot. Lacoste. — Madrid.
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