‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 63 sur 171 · CONTRAT RELATIF A L’EXÉCUTION D’UNE SAINTE FAMILLE · texte numérisé non relu

CONTRAT RELATIF A L’EXÉCUTION D’UNE SAINTE FAMILLE

« Quant au vêtement de l’enfant Jésus, il est spécifié qu’il sera violet de la couleur la plus montée qui se puisse et, aussi, la plus seyante et composé comme il a été dit avec des couleurs de Séville. 11 doit avoir sa lisière de la même forme et du même style que celle du vêtement de sa mère quoique d’un travail différent. De même l’enfant Jésus aura une ceinture terminée par une frange d’or avec de petits glands floconneux. Sur ses petites chaussures, on mettra des perles fausses ou tout autre ornement qui semblera brodé.

« Quant aux vêtements de saint Joseph, ils doivent se composer d’une tunique verte de la couleur la plus montée qui se puisse, faite avec le plus grand soin et en employant toujours les meilleures huiles. En outre, et surtout pour éviter que les couleurs ne meurent, le manteau du saint sera jaune ou de toute autre couleur si, d’ici au moment où il sera peint, il semble que l’on doive en employer une autre. Sur les lisières de la tunique et sur celles du manteau, 1 on imitera un galon qui sera retouché avec de l’or en poudre et, s’il paraissait que 1 ornement dût y gagner, on détachera la broderie sur un fond d’une autre couleur et ce sera celle qui plaira audit Gregorio Fernandez et qu’il indiquera. Et comme il est le plus intéressé à ce que les figures soient mises en valeur et qu elles paraissent sortir en entier de ses mains, tant qu’il ne les trouvera pas à son goût et à sa satisfaction celui qui sera chargé de la peinture n’aura ni accompli, ni terminé son travail, ni ne sera payé.

« Tout ce qui vient d être énuméré sera terminé pour le jour de la fête de saint Joseph de cette année 1621 si tant est que la sculpture soit finie un mois au moins auparavant.

« Si ladite confrérie commande les yeux de cristal, les ornements d’or et les petites garnitures ou passementeries ci-dessus mentionnées, elle devra les poser et faire venir de Séville les couleurs qui lui seront remboursées par celui qui se chargera de la peinture au prix qu’elles coûteront à Séville et moi ledit Diego Diaz, si je m’en charge et si 'Vos Seigneuries me font cette grâce, je prendrai en compte et à titre d’une partie du payement, ainsi qu’il a été entendu entre moi et le Sr. Francisco de Madrid, la remise et rachat d’une redevance perpétuelle qui grève au profit de ladite confrérie une de mes maisons mitoyennes de San Lorenzo. Diego 'Valentin Diaz; Gregorio Fernandez. »

Un très grand intérêt s’attache à ce traité. 11 réside dans les détails relatifs

aux couleurs à employer^ aux galons, aux franges, et dans sa forme qui place le peintre sous la dépendance du sculpteur.

Parmi les détails l’on remarquera d’abord que les têtes et en général les chairs étaient peintes en couleur mate, comme Pacheco le recommande d’une manière expresse, et sans doute aussi à la détrempe ; en revanche les draperies étaient peintes à l’huile. On emploie dans les vêtements, en outre de l’ocre jaune, du brun rouge et du bleu, le carmin que j’ai déjà signalé, le vert qui est un mélange d’ocre jaune et de bleu et le violet où se combinent le bleu et le carmin. 11 n’y aurait là rien de bien nouveau. Mais le traité fournit un renseignement d'une bien autre importance quand il spécifie que les couleurs seront toutes choisies parmi celles qui ne meurent pas.

Cette préoccupation fort naturelle confirme l’explication déjà donnée de l'emploi si longtemps exclusif des terres rouge, jaune ou bleue dans la polychromie des reliefs et de l’introduction tardive du carmin qui d'ailleurs est aussi une couleur solide. Enfin, l’on remarquera qu’il n’est plus question d’étolfes damassées ou dorées. L'or se montre à peine sur quelques galons et sur quelques franges. A ce point de vue la révolution est complète. C’est la substitution d’un art iranc et sincère à l’art un peu conventionnel des anciens imagiers.

Étant donné la dépendance du peintre vis-à-vis du statuaire, il est à penser que Hernandez exigea une sobriété d’effet qui dut coûter beaucoup à l’amourpropre du polychromiste. De même, il dut lui imposer une gamme claire et tranquille en parfaite harmonie avec la sculpture et dont la tonalité tranche d’une façon complète avec celle dont Juan de Juni revêtait ses œuvres tumultueuses. Alors que celui-ci recourt le plus souvent aux riches étoffes, participant de l’éclat de l’or et que paraissent réchauffer les rayons d’un pur soleil, les collaborateurs du maître galicien semblent travailler sur l’argent et l'ivoire. Les œuvres où cette gamme n’est pas observée ne sont pas de Hernandez, ou, si elles sortent de son atelier, elles y furent exécutées par ses élèves et polychromées sous leur surveillance. De ce nombre est une sainte Thérèse gigantesque écrivant sous l’inspiration du Saint-Esprit {phot. i8o). Cette statue fort admirée en Espagne appartient au musée de Valladolid. Elle fut commandée pour la chapelle dédiée à la sainte dans l’église du Carmen Calzado et terminée en 1627. Je citerai encore le grand retable représentant la vierge du Carmel donnant le

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