‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 68 sur 171 · RETABLE DE LA CATHÉDRALE DE SÉVILLE · texte numérisé non relu

RETABLE DE LA CATHÉDRALE DE SÉVILLE

œuvres accusent un art dans l’enfance. Mais une floraison puissante se produisit dès les premières années du xv' siècle, quand fut entreprise la construction de la cathédrale de Séville. Les grands artistes affluèrent, il en vint de Flandre et d'Italie, et ils formèrent des élèves qui les valurent. La semence était tombée sur une terre très fertile et très riche.

L’un des premiers arrivés, Lorenzo de Mercadente, était Breton, si l’on en croit Cean Bermudez L 11 débarqua vers l’époque où maître Rogel, Juan de Bruxêlas et Anequin Egas initiaient le nord de l’Espagne à la peinture, à la sculpture et à l’architecture flamandes. On connaît de lui le tombeau du cardinal Cervantes, l’une des belles œuvres que renferme la cathédrale. Deux de ses élèves, Nufro Sanchez qui commença vers 147^ les stalles du chœur et Dancart qui les termina en 1479, occupèrent tour à tour la charge de premier maître sculpteur de la cathédrale, charge à laquelle était attaché un traitement annuel de dix mille maravedis L

Quatre ans après avoir achevé les stalles de la cathédrale, Dancart entreprit le retable du maître-autel. 11 eut pour continuateurs ses disciples, maître Marco et Bernardo de OrtegaL Celui-ci poursuivit l’exécution des sculptures du retable depuis 1497 jtisqti en 1505 et, à sa mort, en légua l’achèvement à son fils Francisco et à son petit-fils Bernardino *. A côté de leurs noms, on relève ceux de Cornez Oroco’, de Jorge et de Alexo Fernandez Aleman" et d’Andres de Covarrubias " qui peignit et damassa les premières statues durant l’année i Q9.

Le retable du maître-autel de la cathédrale de Séville était à peine achevé que les chanoines décidèrent de le faire revoir et modifier par un élève de Jorge Fernandez Aleman du nom do Moya'L 11 employa trois ans à ce travail et mit la dernière main au couronnement en 1526. Qiielques années plus tard, on ajoutait deux ailes au corps principal et l’automne de 1564 voyait enfin la terminaison de ce monument aux dimensions colossales.

Les archives de la cathédrale conservent la liste des artistes qui, durant près d'un siècle, travaillèrent au retable. Elle comprend à peu près les noms de tous les architectes, sculpteurs, peintres et doreurs en réputation à cette époque dans le sud de l’Espagne. Le résultat ne répond pas malheureusement à l’effort. Cet amoncellement de dorures, de peintures et de sculptures de tout âge et de tout style, qui des dalles de l’église s’élève jusqu’à la voûte, déconcerte plutôt qu’il ne séduit et ne charme ; puis, il y a un défaut manifeste d’homogénéité et depro-

portions entre l’ensemble de l’œuvre et chacun de ses éléments. 11 eût fallu s’en tenir au projet de Dancart. L’ambition du chapitre a trahi les intentions de l’auteur et mal servi les intérêts de l’art.

Outre les bas-reliefs mal classés et d'ailleurs en partie retouchés des premiers artistes qui travaillèrent au retable de la cathédrale, on trouve à Séville soit dans les couvents, soit dans les églises des statues isolées remontant comme eux au xv' et au début du xvi' siècle. Elles fournissent sur les débuts de l’école des renseignements précieux. Quelques-unes ont déjà du charme et de la grâce. De ce nombre n’est pas VHiniesta (la 'Vierge au Genêt)" {phot. 204), une sorte de poupée coloriée en grande vénération à cause de son ancienneté ; mais on regarde avec plaisir la Virgen del Madrofio (Vierge de l’arbouse) (phot. 205) que son style autant que le costume de l’ange classent parmi les œuvres sorties des ateliers sévillans au milieu du xv' siècle. Le groupe est en pierre polychromée. Le manteau bleu de Prusse à fleurs d ’or que porte la Vierge, la robe en damas brun et or, le vêtement de l’enfant en étoffe de même couleur, la dalmatique blanche de l'ange, sa tunique bleu foncé, ses chausses brun rouge et ses souliers noirs composent un ensemble harmonieux bien que la note moyenne soit un peu violente.

V Hiniesta et la Virgen de Matfroâo appartiennent à la cathédrale. C’est aussi dans cet édifice, véritable musée religieux, que se trouve la Virgen del Reposa (Vierge du Repos) (PL LVl et phot. 206, 207). Combien il est regrettable que le chapitre ait confié à un artiste, si habile fût-il, le soin de raviver la peinture et les ors de ce chef-d’œuvre de tendresse et d’amour maternel. Quelle que soit la discrétion que l’on y apporte, une restauration, en pareil cas, est toujours lâcheuse en ce qu’elle diminue la personnalité de l’œuvre et met en juste défiance. La restauration s’imposait, objecte-t-on; j’ai peine à le croire, quand je considère l’état où se trouvent d’autres statues polychromées remontant aux dernières années du xv' siècle. Comme beaucoup de statues de cette époque, la Virgen del Reposa est en terre cuite.

A la fin du xv' siècle, appartient encore la Virgen de la Antigua de la cathédrale de Grenade (phot. 208). Les Rois Catholiques s'agenouillèrent devant elle pendant la campagne de 1492 où fut prise la capitale de l'Andalousie". C'est une statue en terre cuite de style archa'isant que rendent précieuse ces glorieux

Planche LX. — Saint Michel.

Terre cuite peinte et dorée — Sculpture de Pedro Millan. — Phot. communiquée par Don José Gestoso y Ferez.

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