‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 75 sur 171 · LE CHRIST DU CRAN PODER · texte numérisé non relu

LE CHRIST DU CRAN PODER

Le Christ de la confrérie du Gran Poder fut accueilli avec une telle faveur, excita une admiration si profonde et si unanime que Montanes en fit une réplique connue sous le nom de Sehor de la Pasibn pour le couvent de la Merced Cah^ada de Séville (couvent des moines chaussés de la Merci). La réplique a subi la même transformation que l’original et comme lui, les fidèles ne la voient que vêtue. Elle était l’œuvre de prédilection de Montanes. Quand le Jésus de la Passion sortait durant la semaine sainte, on raconte que l’artiste le cherchait au débouché des rues, hors de lui, absorbé et surpris d’avoir pu lui donner une pareille expression de souffrance jointe à une pareille beauté. Sans en être l’auteur, je partage ce sentiment et j’ai toujours contemplé avec émotion cette tête puissante où se lisent tant de douleur et de résignation [phot. 246, 247) . Le Senor de la Pasibn se trouve aujourd’hui dans l’église paroissiale del Salvador avec un groupe de sainte Anne et de la "Vierge attribué par habitude à Montanes. Cette dernière œuvre est simplement intéressante.

Le maître-autel de Santo Domingo de Portaceli était surmonté d’une statue du saint sous le vocable de qui l’église avait été élevée [phot. 248}. Elle y avait été placée en 1627. Depuis elle a été rejoindre au musée la "Vierge et le saint Bruno de la Chartreuse de las Cuevas. Je ne partage pas l’admiration générale qu’elle provoque et qu’elle n’inspirerait pas, sans doute, si elle n’était pas de Montanes. C’est un très beau morceau de sculpture, tout le monde est d’accord là-dessus et j’en conviens tout le premier, mais après avoir admiré le saint Jérôme de Santiponce, le Crucifix des Calices, la tête du Jésus de la Passion on devient peut-être injuste et sûrement exigeant.

La liste des saints et des Christs dont le grand artiste sévillan serait l’auteur pourrait être prolongée. Elle comprendrait encore des œuvres remarquables. Parmi les meilleures, je placerai le Christ du Calvaire {phot. 249^ appartenant à la paroisse de San Ildefonso, il est une réplique du crucifix des Calices, puis, le Christ de Giiia ou des Siete caidas {phot. 250) dont la tête fut copiée sur celle du Senor de la Pasibn ”.

i6 JO.

Dès que l’art national bégaya, les Espagnols s’attachèrent à Marie parce qu’elle est la grâce et la beauté tempérant l’ascétisme et la sévérité du culte. Les premiers modèles furent sans doute des vierges apportées de France. La mère du Christ, tantôt debout, tantôt assise, tenait Jésus dans les bras ou sur les genoux. Puis les Flamands apparurent et avec eux, les 'Vierges tragiques des descentes de croix et des mises au tombeau. L’on sait avec quel art les écoles du Nord de l’Espagne les rendirent (PL XXXV, XLII). Leurs artistes excellèrent aussi dans la représentation de ces Dolorosas, de ces "Vierges des Angoisses, où demeurée seule, au pied de la croix, accablée par la douleur, la mère pleure un fils adoré (PL XLllI, XLV, L, LU).

Loin de suivre l’exemple du Nord, les écoles de Séville étaient en général restées fidèles aux représentations de la Vierge jeune et heureuse et en avaient peint et modelé des images exquises. 11 était réservé à Montanes, tout en recueillant l’héritage de Pedro Millan et de l’auteur inconnu de la Virgen del Reposa, de s’attacher à un autre mystère, à celui que les Espagnols désignent sous le nom de Concepciôn. La première en date parait être la Concepcion de la cathédrale entreprise dans la robuste vieillesse de l’artiste. Des époques antérieures à i6jo, on connaît bien la Vierge du Rosaire, mais outre qu'elle est loin de valoir cette dernière statue, elle dénote une préoccupation toute difierente. L’image exposée dans la cathédrale à la vénération des fidèles n’est plus une représentation, elle est un symbole, elle ne montre pas la mère du Christ dans un acte de sa vie terrestre, elle synthétise le mystère de l’immaculée Conception et elle est tellement pure, tellement affinée que la chrétienté entière l’a depuis longtemps adoptée comme un type hiératique.

L’historique de l’immaculée Conception, c’est-à-dire de Marie conçue sans péché qu’il faut se garder de confondre avec Marie concevant sans péché est peu connu. J’en donnerai un court résumé afin de rendre claire la pensée de Montahes et d’éviter les erreurs d’interprétation dont la traduction artistique de cette croyance a été l’objet.

A . — Les chanoines de Lyon instituent en 1 1 jq la fête de la Conception de la Vierge. Saint Bernard désapprouve cette innovation. Marie, à son avis, lut sanc-

Planche LXVlll. — Tête du Christ du cran Poder.

Église de San Lorenzo à Séville. — Bois peint. — Sculpture de Montanes. — Phot. Gomez à Séville.

(Pages 166. 167)

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