CHRISTS DE PASSION
personnelles. A mon avis, elles sont de l’un de ses meilleurs élèves, Solis, qui fut pour ce travail un aide précieux et un collaborateur dévoué.
La "Vierge du type que les Espagnols désignent sous le nom de Rosano est néanmoins charmante avec sa robe rose clair et son manteau bleu céleste seme de fleurs et couvert d’un réseau de fines écailles d or. Elle tient dans ses bras l’enfant Jésus à qui le peintre a donné une robe très pfde, d’un azur que relève un léger damas d’or (phot. 244). C’est la Vierge classique souvent reproduite pai les imagiers du Moyen âge. Elle fut terminée en 1617.
Je me bornerai à citer le saint Jean-Baptiste. La statue de saint Bruno, de trois ans postérieure à celle de la Vierge, présente les mêmes qualités relatives. Je tiens à la mentionner parce qu elle fut toujours admirée et aussi parce qti elle a servi de modèle à des figures supérieures à l’original (phot. 246). La polychromie en est très simple. Un visage émacié, pâli par les jeûnes, une robe et un scapulaire blancs ne se prêtaient pas à l’emploi de couleurs bien variées.
Ce fut en 1619 seulement que l’artiste conçut 1 idée de ces Christs de Pasion, à qui sa piété et son talent donnèrent une expression si douloureuse. Le piemier en date, le SeTior del Gran Poder connu aussi sous le nom de Nuestio Padie Jésus del Gran Poder fut exécuté pour la célèbre confrérie fondée vers le milieu du xv' siècle par les ducs de Medina Sidonia sous le titre de Coftadia de Crislo del Gran Poder Santïsimo y Madré de Dios del Traspaso. 11 jouit a Séville d’une réputation et a toujours été l’objet d une vénération très grandes. En raison même de l’affluence des fidèles, et pour le soustraire aux démonstrations d’une piété dangereuse, il occupe dans l’église de San Lorenzo le fond d’une chapelle obscure aux lambris de chêne doré et aux tentures de velouis incarnat. Placé très haut, sous un tialdaquin dont une grille défend 1 appioche, entouré de cierges qui l’éclairent d’une manière inégale, on le devine beau, mais on le voit mal. On en apprécie la valeur avec d’autant plus de difficulté qu il est vêtu de robes somptueuses, ne laissant à découvert que la tête, les mains et les pieds. Je dois à l’obligeance du chapelain, M. l’abbé D. Manuel Serrano y Ortega, deux photographies qu’il était seul en situation de faire et dont 1 une, malheuété prise de trop bas (PI. LXVll et LXVlll).
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Le Christ s’avance portant sur les épaules le sommet de la croix, dont le pied est soutenu dans les processions par le Cyrénéen (PL LXVll, fig. i). Pourtant il n'avait pas été étudié dans cette attitude. Une description laissée par Diego José de Cadix donne à ce sujet des renseignements précis.
« Le Christ, dit-il, porte la croix, non pas à la manière habituelle et comme les autres images de Jésus de Nazareth, mais il l'embrasse amoureusement de manière que le bois ou mât de la croix repose par la base devant les pieds du Seigneur, s’appuie à son épaule et apparaît dressé et quasi tout droit. Malgré sa singularité, cette représentation inusitée du Christ n’importune, ni ne violente nos sentiments et ne laisse pas d'inspirer des pensées pieuses et dévotes. »
Il est à présumer que les membres de la confrérie du Gran Poder ne partageaient pas tous cette manière de voir, car ils firent scier et raboter les bras, les montèrent sur des pivots et, après quelques essais, leur donnèrent la position où on les voit aujourd’hui “ (PI. LX'Vll, fig. i) . Cette profanation nous a privés d'un Christ rappelant dans son attitude les Christs de Pitié où les Christs Triomphants dont on possède en France de nombreuses variantes.
Grand, énergique, vigoureux, divin dans son humanité, Jésus est couvert d'une simple draperie autour des reins. Aujourd’hui, nul ne le voit plus ainsi. Les membres de la confrérie du Gran Poder se rendent bien compte du crime artistique dont ils sont complices en habillant d’or et de velours une admirable statue et en lui conservant l’attitude actuelle, mais ils craignent de blesser les fidèles innombrables qui exigent pour les saintes images des ajustements et des bijoux somptueux cadrant avec l’idée qu’ils se font de la splendeur et de la richesse où vivent les habitants des cieux. Puis, si on le dévêtait, le Christ apparaîtrait avec ses bras sciés aux épaules, ses mortaises, ses plaies et la confrérie a trop le respect de son passé pour publier un pareil crime.
L’église paroissiale de San Lorenzo, dont fait partie la chapelle du Gran Poder possède d’autres belles œuvres de Montanes telles que le retable du maîtreautel où l’artiste a placé la statue du saint entre des bas-reliefs représentant des épisodes de sa vie et au-dessous d’un crucifix disposé dans le couronnement”. Leurs grandes qualités disparaissent auprès de la statue dont Iç renom séculaire remplit l’église entière.
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L'église paroissiale de San Lorctizc. dont fait partie la chapelle du Gran Poder possède d'autres belles tcuvres Je Monta.ncs telles que le retable du maîtreautel où l'artiste a placé la statue du s.unt entre des bas-reliefs représentant des épisodes de sa vie et au-dessous d un crucifix di.sposé dans le couronnement ” . Leurs grandes qualité- disparaissent aupre- de la statue dont Iq renom séculaire remplit l'église mitière.
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