CONCLUSION
Coiiipûraison des écoles du Nord et du Sud. — Origiiialilé de l'url espagnol.
’oN a vu au cours de cette étude, combien avaient été fréquentes les rela-
tions artistiques du Sud et du Nord et l’on a reconnu aussi que l’école de
-1 — ^ Valladolid et celle de Séville avaient subi tour à tour les mêmes influences. 11 est donc naturel que l’une et l’autre présentent des caractères
communs.
Considérés dans leur ensemble, les grands sculpteurs espagnols se distinguent par la pureté du goût, le respect et la distinction de la forme, la recherche de la ligne, la simplicité des attitudes, — Berruguete et ses élèves exceptés — la vérité de l’expression et un sentiment religieux très vif et très profond. Aussi bien, les différences entre le Nord et le Sud tiennent-elles plutôt au choix des sujets et à la polychromie qu’au style proprement dit.
Le Nord recherche les épisodes douloureux de la vie de la 'Vierge, les descentes de croix, les mises au tombeau, les corps martyrisés, les têtes coupées. Le Sud, sans dédaigner les sujets lugubres, les emprunte plutôt qu’il ne les crée. Epris de la beauté féminine, dont les artistes ont sous les yeux des types parfaits, il marque sa prédilection pour les années heureuses de la Vierge ou les épisodes glorieux de sa vie. Elle est près de sainte Anne, elle se tient devant le berceau de son fils, elle enlace l'enfant Jésus dans ses bras ou l’assied sur ses genoux, elle plane dans les nuages, entourée de chérubins, le croissant lunaire à ses pieds. 11 n’est pas jusqu’à la Dolorosa immortalisée par Alonso Cano comme
lu Conception l’avait été par Montanes qui ne soient d une splendeur que la tristesse et les larmes semblent aviver. C’est au culte rendu a la jeunesse et à la beauté que nous sommes encore redevables de ces entants Jésus, de ces anges, de ces séraphins qui depuis les autels jusqu’aux voûtes peuplent les chapelles de l’Andalousie. Enfin, si le Nord affectionne saint Georges, le rude soldat de Cappadoce, le Sud préfère le chef des milices célestes et représente saint Michel sous des formes féminines et surcharge les doigts, les poignets, le cou, le front et la poitrine, de bagues, de bracelets, de colliers, de diadèmes et de médaillons d’un grand prix.
Dans un autre ordre d’idées, le Nord adopte avec Gregorio Hernandez une polychromie très sobre et très simple retournant ainsi à la tradition nationale, tandis que le Sud, où naîtront les grands peintres de l’Espagne, a le goût des couleurs brillantes, des tons chauds et variés. En dépit des efforts et malgré les succès de Pacheco, il n’abandonnera qu’à regret les damas et les ors, il se complaira dans la représentation des velours, dessoies brodées, des bijoux, des pierreries et des perles.
Les œuvres sorties des ateliers du Nord refléteraient-elles la tristesse des granits de la Castille et la monotonie grise des paysages? Les arts du Sud seraient-ils imprégnés de la coloration des feuilles et des fleurs poussées entre l’eau claire des ruisseaux et le ciel qu’illumine un soleil implacable, ou bien auraient-ils gardé un reflet persistant des traditions apportées de 1 Orient ? C est possible. Quant à moi, je croirais volontiers à l’influence des milieux matériels et moraux où l’école de Valladolid et celle de Séville se développèrent, influence qui modifia les apparences de l’œuvre plutôt que le tempérament de 1 artiste.
Autant se manifeste l’unité des écoles espagnoles de sculpture, autant s accuse leur personnalité en fiice des écoles étrangères. La France, la Bourgogne, les Flandres, l’Allemagne, l’Italie, les ont tour à tour dominées et pourtant elles ont gardé un caractère national très net. Peut-être serait-ce avec les écoles françaises que leur affinité serait la plus grande, mais elles ressentirent l’émotion religieuse plus longtemps que les nôtres et la traduisirent avec une supériorité incontestable. Enfin, et en ceci, le fossé a toujours été s’élargissant depuis le xvP siècle, elles sont restées fidèles à la statuaire peinte. A l’exemple de l’Italie les novateurs laveront quelques bas-reliefs et purifieront quelques statues, mais les grands