STATUES HABILLÉES
enregistré à côté des manteaux, des robes, des bijoux et des armes, un assortiment de perruques et de barbes postiches. Enfin, comme les statues anciennes se prêtaient assez mal à l’habillage, on scia ou l’on rabota les saillies gênantes, on disloqua les têtes et les membres pour les taire pivoter au gré de chacun. Ce fut alors que les maîtres de l’école espagnole et ceux du Sud principalement prirent le parti de livrer aux fidèles des statues qu’ils pussent costumer à leur fantaisie. Ces statues dénommées imàgenes de vestir, imdgenes de candelero (de chandelier), imdgenes de maniqui (de mannequin) se résument à la tête et aux membres destinés à être vus alors que les parties du corps devant être cachées restent à l’état d’ébauche grossière.
La plus ancienne imagen de vestir est, je pense, la Virgen Antigua CVierge Antique) de la Capilla Real appartenant à la cathédrale de Séville. Elle fut, dit-on, donnée par saint Louis roi de France au roi saint Ferdinand. C’est un mannequin en bois de cèdre dont les membres sont articulés aux jointures et dans le dos duquel se trouve un mécanisme commandant la tête et la faisant s’incliner tantôt à droite, tantôt à gauche, quand il est mis en mouvement. L’enfiint Jésus peut à volonté se placer entre les bras ou sur les genoux de sa mère suivant qu’elle est debout ou assise. Le corps de la 'Vierge est couvert d’une sorte de taffetas rose collé sur le bois et très adhérent. Ses cheveux formés de fils de soie enveloppés d’or sont réunis en tresse, mais peuvent être défaits sur les épaules ou coiffés comme ceux d’une perruque. De son costume primitif, la Vierge a conservé des chaussures en peau blanche très pointues et très étroites où sont incrustées des fleurs de lys en cuir doré, des colombes, des étoiles, des arcs outrepassés et le mot Amor fort mal tracé du reste. Ces souliers furent flùts par des ouvriers musulmans ou mozarabes. Leur ornementation et la maladresse ou plutôt l’ignorance du scribe en témoignent. On ne peut pas tirer de ce fait une conclusion formelle; il est pourtant un indice que la Vierge Antique n’est pas l’œuvre d’un sculpteur français, j’ajouterai que nos artistes et surtout ceux à qui saint Louis se fût adressé en pareille circonstance eussent donné à la mère du Christ un visage aux lignes pures et un modelé peut-être naïf mais délicat tandis que celui-ci est d’un art barbare. La tête de l’enfant est mieux traitée que celle de la Vierge, malheureusement, elle n’appartient pas au groupe primitif. Aussi bien, malgré les rapports qui existèrent entre les cours de France et d’Espagne sous les règnes
de saint Louis et de saint Ferdinand, rapports qui autoriseraient dans une certaine mesure l’attribution admise jusqu’ici je pense qu’il üiut y renoncer et voir dans la célèbre Virgen Antigua une précieuse relique de l'art espagnol
J'ai donné un certain nombre de cas de ces imàgenes de vestir empruntées à l’œuvre de Hernandez et à celle de sculpteurs appartenant aux écoles du Nord et du Sud. La vierge de Pampelune {phot. 190), le Christ de Roldan, l’ange de la Roldana {phot. 276, 277), la 'Vierge placée auprès du Christ du capitan Cepeda {phot. iij) sont des morceaux curieux. 11 serait sans intérêt de multiplier les exemples d’autant que, sauf Montanes qui au début de sa carrière modela les têtes de saint Ignace et de saint François Xavier {phot. 2jo à 2^4), sauf Roldan et sa fille qui, leur vie durant, s’adonnèrent à cette singulière branche de fart, les artistes parvenus à une grande notoriété en dirigeaient l’exécution plus qu’ils n’y participaient. Je voudrais seulement rappeler que les Grecs en incrustant entre les paupières des prunelles d’émail ou de pierre fine et en jetant un péplos d’étoffe brodée sur les épaules d’Athéna n'avaient pas démérité ni cru commettre un sacrilège. Que les Praxitèle, les Lysippe et les Phidias protègent de leur nom respecté les Hernandez, les Montanes et les Roldan !