‹ La statue de J.-J. RousseauChapitre 37 sur 55 · LETTRE A D ALEMBERT · texte numérisé non relu

LETTRE A D ALEMBERT

fut. là que, au cœur de l'hiver, sans abri contre le vent et contre la neige, sans autre feu, comme il le dit lui-même, que le feu de son cœur, il composa en quelques semaines sa fameuse lettre à d'Alembert sur les spectacles. Il faut dire un mot de cette œuvre remarquable à tant de titres, et qui souleva contre Jean-Jacques les colères implacables de Voltaire.

Dans Tarticle Genève du Dictionnaire encyclopédique, d'Alembert avait, à l'instigation de l'auteur de Zair<?, et pour complaire à cet ami exigeant, fortement insisté sur la nécessité d'établir un théâtre dans la ville de Genève, oîi jamais il n'^* en avait eu. Rousseau s'émut; il vit là un péril pour sa patrie, et il prit aussitôt la plume pour réfuter une proposition dangereuse à ses yeux. Il soutint qu'un des effets ordinaires du théâtre était de rendre le vice aimable, en le parant des plus séduisantes couleurs, et de n'inspirer qu'un médiocre intérêt pour la vertu , toujours fort ennuyeuse quand elle n'apparaît sur la scène qu'accompagnée de ses propres charmes. Rousseau avait raison. Le théâtre est une école de dépravation, et pas autre chose. Mettez-y donc la morale en action, et vous verrez si la foule y courra. Il lui faut la plupart du temps les émotions acres et malsaines, et à défaut du sang qu'on ne verse plus dans l'arène, elle aime à repaître ses yeux de la vue des plaies béantes et hideuses du cœur humain. Cela ne veut point dire qu'on doive proscrire le

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