ROUSSEAU DÉCRÉTÉ A GENÈVE
nève, et dans sa patrie comme h Paris son immortel ouvrage était brûlé par la main du bourreau. Il est certainement bien permis d'attribuer h l'influence du ministère français l'inique mesure prise en cette occasion par le Conseil genevois, quand on se rap- •pelle que dans les troubles de la ville l'envoyé de France prit parti pour les magistrats qui avaient condamné Rousseau sans l'entendre.
Un pareil décret dut révolter nécessairement tous les esprits justes et honnêtes, et l'on put craindre un moment que les bons citoyens, indignés, ne se soulevassent contre le gouvernement. Jean-Jacques prit soin d'apaiser lui-même la colère de ses amis ; il les engagea vivement à s'incliner devant les décisions du Conseil. « Ne cherchez point à parler de moi; mais, dans l'occasion, dites à nos magistrats que je les respecterai toujours, même injustes; et à tous nos concitoyens que je les aimerai toujours, même ingrats. Je sens dans mes malheurs que je n'ai point l'âme haineuse, et c'est une consolation pour moi de me sentir bon aussi dans l'adversité (1). » Rien n'était capable, on le voit, de troubler le sérénité de son âme. Ceux qui ont prétendu qu'il avait eu quelque part aux troubles dont Genève fut le théâtre de 1762 à d768 ont menti sciemment ou s'en sont laissé imposer par Voltaire, lequel se mêla
(J j Voir les lettres à M. Moulton des 22 et 24 juin 1762.