JULIEN, MORAND
JULIEN, à part.
Quelle folie!... 11 vaut mieux n’y plus penser : les rêves ne conduisent à rien ! Travaillons.
(Il se remet à l’ouvrage,)
MORAND, regarde Daubrèe en se Trottant les mains.
A nous deux, maintenant, monsieur le mystérieux ! Nous allons voir si vous garderez longtemps votre secret! (Haut.) Daubrée, comment trouvez-vous cette maison ?
julien, qui s'est levé.
Votre maison, monsieur? c’est un lieu enchanté ! et.. .
MORAND
Bien ! je ne veux pas savoir comment il se fait que je suis un enchanteur ! Ainsi, vous trouvez ma maison charmante? Et que dites- vous de ma fortune?
JULIEN
Mais la fortune aussi est à l’unisson de la maison !
MORAND
Je suis tout à fait de votre avis... Et moi, Daubrée, comment nie trouvez-vous?
JULIEN, se levant.
En vérité, monsieur... *
MORAND
Je suis très-sérieux, je ne plaisante pas! Comment me trouvez-vous?
JULIEN, étonne.
Franchement ?
Jl o H A N i>.
Franchement !...
JULIEN
Le meilleur des pères, le meilleur des amis.
morand, avec bonheur.
Vous me trouvez un bon père... un ami sûr? et vous avez raison... Je suis un honnête homme, bienveillant pour tout le monde.
JULIEN, souriaut. *
Excepté pour les poètes ! Ah ! ces pauvres poètes ! Platon les a chassés de sa république, mais il les a couronnés de fleurs.
MORAND
Oh ! moi ! je ne leur donnerais pas un coquelicot. Mordieu! mon journal est là ! Mais il n’est pas question de cela ! Eh bien ! Daubrée, si cet honnête homme, au milieu de sa belle fortime et de sa bonne maison, si ce père, si cet ami venait à vous, et vous disait : Prenez la moitié de ma fortune et la moitié de ma maison, que feriez-vous?
JULIEN
Moi?. . . Prenez garde, monsieur, il y a des amusements cruels.
MORAND
Je vous parle sérieusement, et puisqu’il faut que je m’explique, eh bien ! je vais m’expliquer sans plus de façon : Monsieur Julien Daubrée, j’ai l'honneur de vous demander votre main (mouvement de Julien) pour mademoiselle ma fille... (Gaiement.) Y êtes-vous, maintenant?...
JULIEN, se levant.
Ah! monsieur, que me dites-vous là?... Quoi ! c’est vousmême... Oh ! non, non... c’est un jeu !