SCÈNE XII
MORAND, il a sus lunettes sur lu nez.
Je ne vous en fats pas mon compliment... Ah ! ah ! la drôle de figure ï
JULIEN
La figure est assez curieuse !
MORAND
Et les jambes !... Prenez votre compas, mesurez donc les jambes !
JULIEN
Ah ! ah ! ce pauvre Valneige !
MORAND
Dites dope, puisque vous le connaissez, est-il vraiment aussi mal bâti que cela ?
JULIEN, virement.
Du tout!... (Se reprenant.) Je ne peux pas en convenir.
MORAND
Allons donc!... un rival... ne le ménagez pas... Allez... allez !...
JULIEN, se levant et parcourant le théâtre .
Oh ! Dieu merci, je ne le crains plus...
MORANI), le suivant.
N'est-ce pas ?
JULIEN, passant à droite.
Je suis le plus heureux des hommes !
MORAND, le suivant.
J’en étais sûr! (Riant.) Ah ! ah ! ah !
JULIEN, riant aussi.
Ah ! ah ! si vous saviez !...
MORAND
Quoi ?
JULIEN
Ce Valneige, ce grand homme, ce poète célèbre...
MORAND, surpris.
Un poète...
36 LA STATUETTE D’UN GRAND HOMME
Hélas! oui !....
MORAND, on colère.
Un poëte !...
JULIEN
Bien modeste à présent, bien déchu, je vous jure... et quand vous saurez...
MORAND
Comment! un poëte!... Yalneige! Mais en effet, voilà la piste, je suis sur la voie. (Il court au guéridon prendre un petit volnine où il lit.) Soupirs d'automne et Brises de printemps, par monsieur Julien de Yalneige... Daubrée, ce Yalneige est donc un faiseur de vers, un romancier, un journaliste peut-être?
JULIEN
Peut-être ! mais quand vous allez savoir...
MORAND
Trahison! et Lucile a pu songer... Tenez, Daubrée, on dit qu’il ne faut jurer de rien... Eh bien ! je vous jure que je n’aurai jamais pour gendre un homme qui, de près ou de loin, tienne à ces messieurs.
JULIEN
Diable !
MORAND, il montre son journal.
Ah ! vous ne savez pas à quoi point j’ai été frappé par eux dans mon honneur... dans ma dignité...
JULIEN, 1» part.
Qu’allais-je faire !
Mais mon journal est. là.
JULIEN
Ah ! oui... ce journal.
MORAND
Attendez! je vais vous le lire. — Où sont mes lunettes? Tenez, lisez, lisez vous-même.
(Il cherche ses lunettes.)