SCENE XIV
LUC 1 L E, très-emue.
Non, monsieur... j’écoute !
JULIEN, souriant.
Vous voyez bien maintenant que je crois aux poêles ; seulement, avec la meilleure volonté du monde, je ne puis croire au génie de Valneige. Oh ! je lui rends justice... ce fut sincèrement qu’il se crut appelé, ce fut sincèrement qu'il se trompa... Car le jour où il vit que son piédestal était un escabeau, et son marbre une terre cuite , ce jour-là, il fut le premier à confesser sa faiblesse, et ce fut volontairement qu’il abdiqua sa royauté d'une heure... il descendit peut-être, mais du moins il resta debout. Dieu n’a pas donné à tous le génie, mais il a donné à tous une conscience qui nous avertit de ce que nous sommes et de ce que nous devons faire... Eh bien! cette conscience, cette amie sincère, criait à Valneige : « Fais place à » de plus dignes! Ton intelligence est vive... (paiement) mais tu » chantes fort mal ce que tu sens si bien ! » Et la conscience disait encore : « Mieux vaut être un obscur et courageux tra- » vailleur, qu’un faible poêle ; un bon marteau vaut bien une » lyre fêlée... Travaille donc ! garde ta dignité, garde ton in- » dépendance, et ne sois pas de ces faux apôtres qui, ne pou » vant entrer dans le sanctuaire, se font mendiants à la porte » du temple ! Non ! non ! ne pouvant être un grand homme , » soyons du moins un homme utile ! »
L U C I L E, à part, avec une émotion profonde .
C’est lui !
C’est lui !
MORAND, paraissant dans le fond.