‹ La stèle de Palenqué du Musée national des Etats-Unis, a WashingtonChapitre 4 sur 29 · HISTOIRE DE LA STÈLE DE PALENQUÉ · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA STÈLE DE PALENQUÉ

La charge de conserver les collections du National Jnstitute for the Promotion of Science, fondé à Washington il y a environ quarante ans, a été transférée en 1858 du United States Patent Office à la Smithsonian Institution. Parmi les objets présentant un caractère archéologique se trouvaient plusieurs fragments formant une grande dalle rectangulaire couverte de dessins hiéroglyphiques en bas-reliefs, qui avaient été offerts au National Inslitute M. Russel, consul des Etats-Unis à Lagima, île de Carmen, Etat de Gampêche (Mexique). Ces fragments provenaient de Palenqué. Ils parvinrent à Washington, en 1842, emballés dans deux caisses, qui arrivèrent à quelques mois d’intervalle. Les caisses avaient été expédiées, à ce qu’il semble, par MM. Howland et Aspinwall de New-A^ork. A la même époque le National Institute recevait de M. Russel une lettre datée de Laguna, 18 mars 1842, par laquelle il annonçait avoir envoyé au National Institute, par le navire Elisa et Suzanne des fragments d’une Stèle provenant des ruines de Palenqué et par le Gil-Blas d’autres morceaux de la même Stèle qui la complétaient. Ces détails insuffisants sont puisés dans le troisième

ANNALES DU MUSEE GUIMET

Bulletin des Proceedings of the National Inslitute, de février 1842 à février 1845. La lettre en question a du être perdue, car je n’ai pu la retrouver dans ce qui reste des archives du National Institute (actuellement propriété de la Smithsonian Institution) quelque soin que j'aie apporté à sa recherche. Je regrette de n’avoir aucun renseignement sur l’enlèvement de nos fragments des célèbres ruines de Palenqué.

L’explorateur Stephens et son compagnon, l’artiste Gatherwood, ont été reçus par AL Russell lors de leur visite à Laguna en 1840. Ils venaient de terminer l’exploration de Palenqué et il n’y aurait rien d'étonnant qu’ils eussent communiqué leur enthousiasme archéologique à AL Russell qui aurait visité les ruines et enlevé les fragments en question. Ce n’est, bien entendu, qu’une pure hypothèse et il se pourrait tout aussi bien que ces débris eussent été enlevés par quelque ou quelques autres personnes et peut-être par l’intermédiaire du consul.

AL Russell était natif de Philadelphie, mais il était depuis longtemps absent de sa patrie lors de la visite de Stéphens. 11 avait épousé une Espagnole très riche’. D’après les renseignements communiqués par \q Departement of State, il avait été nommé consul des Etats-Unis à Laguna le 5 mars 1839 et mourut dans ces fonctions le 10 février 1843.

II y eut échange de correspondance entre AlAI. Russell et Stéphens après le retour de ce dernier aux Etats-Unis. Avant de quitter Palenqué, Stéphens avait appris à un AL Pavling à prendre des empreintes de plâtre des Stèles, des ornements les plus importants, etc., et il avait pris ses mesures pour que ces moulages fussent envoyés aux Etats-Unis par AL Russell. Cependant les travaux de Pawling furent soudainement interrompus par ordre du gouvernement de Chiapas ; on saisit et retint les moulages obtenus. Il n’est pas inadmissible que, pendant le cours de ses travaux à Palenqué, Pawling ait recueilli les morceaux de la Stèle et les ait envoyés au consul d’Amérique qui les a expédiés au National Institute à AVashington.

vStéphens avait caressé l’idée de « fonder un Alusée d’ Antiquités Américaines digne de l’appui du Gouvernement Central, où on transporterait la galerie indienne de Catlin et tous les autres souvenirs des races aborigènes dont

1 Stéphens, Incidents of Travel in Central America, Chiapas and Yucatan, vol. II, page 390.

riiistoire est déjà presque devenue chez nous du roman et de la légende ^ » C’est à M. Titian R. Peale, de Philadelphie, que je dois l’histoire de la Stèle depuis son arrivée à Washington. Au retour de V expédition d’exploration et de surveillance des Etats-Unis dans les mers du Sud sous le commandement du lieutenant Aàhlkes, les collections recueillies pendant celte expédition furent envoyées au Patent Ofrice à Washington et M. Peale fut chargé de les placer, avec d’autres collections appartenant alors au Patent Office, dans les salles de cet établissement. Parmi les antiquités réunies en ce lieu se trouvaient les fragments de la Stèle de Palenqué qui, M. Peale le dit formellement, se complétaient exactement. A cette épo pie la Stèle excita quelque intérêt, mais ijersonne^ semble-t-il, n’apprécia, comme on le fait aujourd’hui, son importance archéologique. Plus tard, en 1848, quand le ministre de Prusse aux Etats-Unis, baron de Gérold, demanda un moulage de cette pièce pour son gouvernement, M. Peale fit faire par le sculpteur Clark Mille une reproduction qui fut envoyée à Berlin, par l’ambassadeur prussien. Elle n’est pas mentionnée par le professeur A. Bastian dans le catalogue de la section ethnologique du Musée Royal de Berlin Le moule demeura au Patent Office jusqu’au moment où il fut remis à la Smithsonian Institution avec les collections du National Institute; il ne pouvait probablement plus servir en 1863, car à cette époque feu le professeur Joseph Henry, premier secrétaire de la Smithsonian Institution, chargea le D’’ George-A. Matile, alors attaché à cet établissement de faire un nouveau moulage pour obtenir une reproduction parfaite de la Stèle. Tandis qu’il se livrait à cette occupation, le D" Matile, qui connaissait les ouvrages de Stéphens, reconnut la Stèle de la Smithsonian pour une des trois pierres qui, réunies, présentaient sur leur surface le bas-relief du fameux Groupe de la Croix, principal ornement d’un des monuments de Palenqué, nommé, pour cette raison, le Temple de la Croix. La pierre du milieu et celle qui la touchait primitivement à gauche ont été décrites par les derniers explorateurs ; mais celle qui complétait le groupe des sculptures (actuellement conservées dans les galeries delà Smithsonian) était probablement déjà brisée avant 1832, époque où

* Stéphens, of Travel in Central America, Chiup u and Yucalan, vol. II, ajipendice.

- Ce catalogue a été publié en 1872.

3 Maintenant au United States Patent Ofiice;

Ann. g. — X 2

ANNALES DU MUSEE GUIMET

Waldeck explora les ruiaes de Paleiiqiié. Stephens, qui vint huit ans après, a certainement remarqué les fragments épars. Aussi aucun d’eux ne Ta-t-il représentée; mais Del-Rio et Dupaix, à qui nous devons les premières descriptions des ruines de Palenqué, l’avaient encore vue à sa place ainsi que je le prouverai plus loin h

Le docteur Matile notifia l’identification de la Stèle dans un article Intitulé American Elhnolog y, écrit en ISGo et publié en 1868, dans V American Journal of Eclucalion, de Bernard, Le passage où il établit le véritable caractère de la Stele se trouve page 431 du Journal. 11 est incontestable que la simple comparaison des dessins de la Stèle de la Smitbsonian avec les représentations des pierres de Palenqué faisant partie du Groupe de la Croix, telles que les donne Stéphens, montre de la façon la plus péremptoire qu’elle est le complément de ces dernières. Le mérite d’avoir le premier indiqué ce fait appartient incontestablement au docteur Matile.

Quelques années plus tard la Stèle fut brisée de nouveau par suite d’un déplorable accident survenu pendant un changement de place dans les galeries de la Smitbsonian. Elle a cependant été parfaitement réparée, grâce au fac-similé de plâtre du docteur Matile, qui permit à l’artiste de replacer avec une précision parfaite les morceaux de la sculpture; maintenant, solidement fixée, elle est exposée dans le Musée National des Etats-Unis (confié aux soinsde la Smitbsonian Institution) où elle attire l’attention de nombreux visiteurs.

En 1873, la Smitbsonian Institution envoya une photographie de cette Stèle au docteur Philippe J. -J. Valentini, de New -York, savant très versé dans l’étude des antiquités du Mexique et de l’Amérique centrale, auteur d’un ouvrage sur la Pierre-Calendrier du Mexique qui parut d’abord en allemand sous forme de brochure fut immédiatement traduit en anglais par M. Stéphen Salisbury, et publié dans les Proceedinysof the American Anliquarian Society (ïJ 71) Worcester, Mass. 1878. En recevant cette photographie, le docteur Valentini reconnut de suite qu’elle représentait la pierre perdue de la Stèle du temple de la Croix, et communiqua sa découverte au

1 Une courte notice de Juarros est la première description de ces ruines qui fut imprimée, à ce que je sache.

2 Vertrag iiber den Mexicanischen Calendar-Stein gchalten von Prof. Ph. Valentini am 30 April 1873, etc. New-York, 1878.

LA STELE DE PALENQDE

professeur Henry par une lettre datée du 4 mars 1873. Il était parvenu à ce résultat sans avoir eu connaissance de la conclusion conforme du docteur Matile,

Dernièrement, en relisant les excellents ouvrages de Stéphens sur l’Amérique Centrale, Chiapas et le Yucatan, je fus conduit tout naturellement à examiner de près la relique Palenquéenne de la Smithsonian Institution. Vu son immense importance archéolog-ique, je résolus de la publier et de la dé crire en la rapprochant du dessin si connu de la stèle de la Croix par Catherwood, dans le vol. II des Incidents of Travel in Central America, Ciapas and Yucatan de Stéphens. J’espère que mes efforts pour présenter le célèbre bas- relief dans son intégrité primitive obtiendront l’approbation de tous ceux qui s’intéressent au peuple remarquable qui a édifié le grand palais et les temples de Palenqué.

La planche au trait qui accompagne ce travail est une reproduction du dessin de Stéphens, auquel a été ajoutée à di-oite, une esquisse correcte de la stèle complémentaire de la Smithsonian. La ligne verticale pointillée, qui touche presque à la courbe extérieure de la queue de l’oiseau placé au-dessus de la croix, marque la jonction de la pierre de gauche avec celle du milieu. Cette ligne n’a pas été indiquée par M. Catherwood.

Avant d’entreprendre la description de la Stèle, je dois indiquer plusieurs faits secondaires dont la connaissance facilitera la compréhension du sujet auquel cette monographie est consacrée.

Page 1