‹ La stèle de Palenqué du Musée national des Etats-Unis, a WashingtonChapitre 5 sur 29 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

EXPLORATIONS DE PALENOUÉ

Je me propose de raconter dans ce chapitre, par ordre chronologique, et aussi succinctement que possible, les principales explorations de la cité antique; c’est-à-dire toutes celles sur lesquelles je reviendrai par la suite.

Les ruines de Palenquô ont pris leur nom du pittoresque village de Santo- Domingo del Palenque \ distant d’environ huit milles de la ville ruinée, et situé dans l’Etat mexicain de Chiapas, limitrophe de la République de Guatémala. A l’époque de la domination espagnole. Chiapas était une province du Guatémala ; mais immédiatement après la déclaration d’indépendance du Mexique, sous Iturhide, en 1821, cette province fut réunie au nouvel État, en vertu d'un vote de ses habitants. On ne connaît pas le nom primitif de la cité aujourd’hui ruinée^, et les anciens livres qui traitent de ces régions de l’Amérique ne font aucune mention de ce lieu.

Dans sa célèbre expédition au Honduras (1524-1526), entreprise pour châtier la défection de son lieutenant Gristoval de Olid, Cortès passa sans doute à ])eu de distance de Palenqué. « Si la cité avait été vivante, dit Stéphens, sa

* Fondé vers l’an 1564, par Pedro Laurencio, missionnaire dominicain chez les Indiens Tzendals. Selon Morelet, sa population est actuellement de 600 âmes ; mais c’était autrefois une ville florissante.

2 « Le mot Palenqué est d'origine Espagnole; il signifie une fortification ou enclos palissadé. On ignore comment ce nom a pu être appliqué au village de Santo-Domingo, mais il n’j' a pas la moindre raison de supposer qu’il ait quelque rapport avec les ruines. » Bancroft : The natives races of the Pacific States, vol, IV, page 294.

renommée fût venue aux oreilles du conquérant, et il se serait détourné de sa route pour s’en emparer et la piller. 11 paraît donc raisonnable de supposer, qu’à cette époque déjà, elle était déserte et ruinée, et que son souvenir même s’était perdu ^ »

Prescott fait la même remarque : « L’armée de Cortès, dit-il, était alors à peu de distance de l’antique cité de Palenqué, sujet de tant d’hypothèses à l’époque actuelle. On dit, en effet que le village de Las Très Cruzes, situé à vingt ou trente milles de Palenqué, rappelle encore le passage des conquérants par les trois croix qu’ils y avaient élevées. Il n’est cependant pas question de cette ancienne capitale. Etait -elle alors habitée par la population nombreuse et tlorissante qui l’a occupée à un moment donné, à en juger par l’étendue et la magiticence de ses restes? Ou bien n’était- elle déjà qu’un monceau de ruines ensevelies dans une forêt de végétaux et tellement cachées que, même dans les environs, on en ignorait l’existence? Si la première hypothèse est exacte, il est difficile d’expliquer le silence de Cortès^. »

11 existe une tradition confuse de l’origine de Palenqué ; sa valeur est évidemment sujete à caution, néanmoins elle est assez intéressante pour trouver place ici, d’autant plus que l’histoire de l’Amérique Centrale et du Yucatan n’offre que bien pende bases solides aux recherches de l’investigateur. « Cette histoire, ou plutôt le souvenir qu’il en reste, dit Brasseur de Bourbourg^, est fondée purement sur un petit nombre de traditions aussi obscures que confuses La chronologie est tout aussi fautive, et celle sur laquelle nous essayons d’étayer les principaux événements des annales du Yucatan, est du laconisme le plus aride. » Tel est l’aveu échappé à un auteur célèbre pour la hardiesse de ses spéculations, et dont la science bien réelle peut à grand’peine contrebalancer la méfiance provoquée par ses conclusions extravagantes.

Pourtant, en dépit de ces réserves, il a mis en lumière beaucoup de détails

* Stéphens, Central America, etc. vol., II, page 357.

2 Prescott, Conquest of Mexico, vol. III, page 281.

3 Brasseur de Bourbourg, Histoire des nations civilisées du Mexique et de V Amérique Centrale Paris 1875-1879, tome II, page 2. — L’auteur fait allusion à un manuscrit Maya qui traite des principales époques historiques du Yucatan avant la conquéle. Cet ouvrage fut offert par Don Juan Pio Ferez, savant Yucatèque, à M. Stéphens, qui le publia, avec une traduction anglaise, dans l'Appendice du second volume de son ouvrage sur le Yucatan. Le manuscrit avait été écrit de mémoire par un Indien à une époque qui n’est pas indiquée.

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de la première org'anisation de ces contrées, et ses ouvrages seront longtemps indispensables à ceux qui étudient l’iiistoire de l’Amérique. Les idées avancées par Brasseur sur la fondation de Palenqué sont puisées, en grande partie, dans un curieux manuscrit de don Ramon de Ordonez y Aguiar, né à Giudad-Réal de Chiapas, et mort à un âge avancé chanoine de la cathédrale de cette ville, environ vers 1840. Le titre étendu de ce manuscrit : Historia de la Création del Celo y de la Terra, dévoile, du premier abord, le dérèglement de son imagination. Voici le résumé qu’en donne Brasseur ;

« Plusieurs siècles avant l’ère chrétienne, une petite flottille de bateaux prit terre à la Laguna de Termines, et débarqua un personnage nommé Votan, accompagné d’autres chefs de sa nation. Ils venaient d’un lieu appelé Yalum- Votan ou Pays de Votan que le commentateur (Ordonez) croit être l’île de Cuba. Votan pénétra dans l’intérieur du pays sans rencontrer, à ce qu’il semble, de résistance de la part des naturels^, et remonta l’Usumacinta, sur les bords de l’un des affluents duquel prit naissance, à ce que l’on croit, la civilisation de l’Amérique Centrale; car pendant son séjour dans cette région, une cité s’éleva au pied des monts Tumbala qui devint la capitale d’un vaste empire^. Cette ville était nommée Nachan, ville des Serpents^, et les admirables ruines de Palenqué sont les restes de ses monuments*. » Je me bornerai à cette citation de l’histoire de Votan qui est racontée selon la tradition dans les ouvrages de Brasseur et de Bancroft.

D’après Juarros, l’historien du Guatémala, les ruines furent découvertes, vers 1750, par une bande d’Espagnols qui parcouraient la province de Chiapas ^ ; mais Stéphens met en doute ce récit, il croit plutôt que l’existence des

* Brasseur croit que c'étaient des Tzendals. On retrouve encore des survivants de ce peuple dans le voisinage de Palenqué.

2 Cerro del Naranjo, sur la nouvelle carie du Yucalan dressée par Hübbe et Ferez et revue par Bérendt en 1818.

2 Quelques auteurs supposent que les noms de Culhuacan et de Huéhuétlapalan se rapporlent à la même ville.

* Brasseur de Bourbourg, Histoire des Nations civilisées, etc., tome I, page 68.

5 « San-Domingo-Palenqué, village de la province des Tzendals sur |les limites des intendances de Giudad-Réal et de Yucatan. Il est le centre d'une cure, située dans un climat doux et salubre, mais sa population est peu importante. Il doit sa célébrité à la présence sur son territoire des ruines d'une cité très opulente, autrefois sans doute capitale d'un royaume dont l'histoire est perdue, qui a reçu le nom de Ciudad del Palenqué. Nouvel Herculanum, cette capitale n'a pas été, comme l'antique cite romaiue, engloutie sous les laves d'un autre Vésuve; mais, perdue pendant des siècles au milieu d’un immense désert, elle demeura inconnue jusqu’au milieu du dix-huitiéme siècle. Les Espagnols qui

mines a dû être révélée par les Indiens qui possédaient des clairières dans lesdilTérentes parties do la forêt utilisées connne terres arables, ou qui peutêtre connaissaient ces débris da temps immémorial, et, par leurs récits, engagèrent les habitants des environs à les visiter h

D’un autre côté l’abbé Brasseur de Bourbourg constate que les ruines furent découvertes en 174G par les neveux du licencié Antonio de Solis, qui résidait alors à San-Domingo, dépendance de son diocèse^. Quoique la nouvelle de cette découverte se fut répandue dans tout le pays, le gouvernement Guatémalien n’y accorda pendant longtemps aucune attention, soit qu’il manquât do renseignements, soit que ses soins fussen-t réclamés par d’autres allai res jugées plus importantes. En 1773 cependant, Ramon de OrJoùez décida un de ses frères et plusieurs autres personnes à explorer les ruines, et leurs renseignements lui permirent de rédiger un rapport qui parvint enfin, en 1784, à don José Estacliéria, président de l’Audiencia Real de Guatémala, Ce fonctionnaire s’étant épris de la question donna, dès la même année, à José Antonio Galdéron, lieutenant Alcade Mayor de Santo-Domingo, l’ordre de faire de nouvelles recherches et, en 1785, un Italien, Antonio Bernasconi, architecte royal à Guatémala, fut chargé de continuer les travaux. Leurs rapports, accompagnés de dessins qui n’ont jamais été publiés, à ce que l’on croit, demeurèrent en manuscrits; mais Brasseur de Bourbourg les a traduits en français, en partie du moins, et publiés dans son grand ouvrage sur Palenqué, Monuraents anciens du Mexique, dont nous parlerons plus loin. Les manuscrits en question ayant été envoyés en Espagne furent utilisés

avaient pénétré dans ces effrayantes solitudes se Irouvérent tout à coup, à leur grand étonnement, en présence des ruines d'une cité superbe, dont la circonférence devait avoir six lieues de tour. La solidité de ses édifices, la majesté de ses palais, et la magnificence de ses monuments publics ne le cèdent en rien comme importance à son immense étendue; les temples, les autels, les idoles, les sculptures et les pierres monumentales témoignent de sa grande antiquité. Les hiéroglyphes, les symboles et les emblèmes découverts dans les temples ont une si grande r ssemblance avec ceux des Egyptiens, qu'ils permettent de supposer qu'une colonie de ce peuple pourrait avoir fondé la cité de Palenqué ou Culhuacan. La même opinion peut être exprimée à propos de Tulha dont on voit encore les ruines prés du village d’Ocosingo dans le même district » History of the Kingdom of Guatemala, etc , by don Domingo Juarros; translated by J. Baily, London, 1823, page'18. — Compendia de la Historia de la Ciudad de Guatemala e'erito par el Br. D. Domingo /warros; Guatémala, 1808-1818, tome I, page 11.

A juger par cette description on se ferait une triste opinion du canton de Palenqué. Cependant des voyageurs modernes, surtout Morelet et Charnay, font le plus grand éloge de son aspect ravissant.

* Stéphens, Central America, etc., vol. Il, page 294.

2 Brasseur de Bourbourg, Monuments anciens du Mexique, Paris 18C6, page 3.

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par l’historiographe royal Munos dans un rapport sur les Antiquités de l’Amérique fait par ordre du roi‘.

La première exploration des ruines qui donna un résultat positif, quoique tardif, fut celle du capitaine Antonio Del-Rio, entreprise en 1787 en exécution d’un décret royal rendu le 15 mai 1786. Son rapport est daté de Palenqué, 24 juin 1787, et adressé à don José Estachéria, brigadier, gouverneur et commandant général du royaume de Guatémala, etc. ; il fut envoyé en Espagne avec beaucoup de dessins. Mais on avait conservé des copies de ce rapport à Mexico et à Guatémala; une d’elles, acquise par un savant qui habita longtemps la première de ces villes, le docteur Mc-Quy fut apportée parlai à Londres, traduite en anglais et publiée en 1822 par Henry Berthoud. Elle forme un volume, petit in-quarto et porte pour titre : Description of the ruins of an ancient city, discocered near Palenqué, in the Kingdom of Guatemala, in Spanish America; translated from the original manuscript Report of captain don Antonio Del-Rio, etc. La suite du titre nous apprend que le livre contient le Teatro critico Amer icano du docteur Paul- Félix Cabrera, une des nombreuses tentatives faites pour expliquer comment l’Amérique a été peuplée. 11 paraît que le rapport manuscrit de Del-Rio, d’après lequel a été faite la traduction anglaise, n’était accompagné d’aucun dessin ; cependant cette traduction est illustrée de dix-sept planches lithographiées. Ces dessins furent exécutés par Frédéric de Waldeck d’après des copies de dessins de Gastanéda, l’artiste employé par le capitaine Dupaix qui, le second, explora la cité de Palenqué. Ces copies pendant quelque temps en la possession de M. Latour-Allard, de Paris, passèrent ensuite dans des mains anglaises. Dans les quelques exemplaires de l’ouvrage de Del-Rio que j’ai examinés, presque chaque planche est marquée des initiales F. ^W. ou ‘J. -F. W. qui signihent Frédéric Waldeck ou Jean-Frédéric Waldeck. Une planche cependant porte la signature complète. Les planches de

1 Bancroft, Native Races, etc., vol. IV, i>. 289, note. Celle note de plusieurs pages comjjrend le récit complet des explorations qui ont révélé les ruines de Palenqué, et le résumé de beaucou]) de rapports et de livres résultats de ces explorations. Quoique nos renseignements soient puisés à des sources oiMginales, j’ai emprunté différents dé'ailsà cet excellent résumé; j'eu ai tiré d'autres des Monuments anciens du Mdcique, de l'abbé Brasseur, ouvrage qui contient la descrij)tion la plus complète qui ait jamais été publiée des ruines de Palenqué, Je n'avais pas cet ouvrage sous la main quand j'ai commencé cette monographie.

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