‹ La Stérilisation des Liquides InjectablesChapitre 36 sur 49 · ENT · texte numérisé non relu

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en faisant agir de la pepsine en milieu chlorhydrique sur du blanc d'œuf. Il n’est pas indiqué de stérilisation. — Il existe d’autres formules dues à Decpgcn, Yvon, Petit et BAMBERGER. — Ces préparations peuvent être tyndallisées vers 70° (4).

Il me reste à dire quelques mots des composés mercurtels insolubles.

A propos des corps gras, j'ai parlé déjà de la préparation de l'Auile grise (emploi de la méthode aseptique : stérilisation des excipients, purification du mercure, matériel flambé, flacons stériles). La répartition en ampoules peut se faire au moyen d'un flacon à soufflerie et en agitant sans cesse, ainsi que je l'ai déjà indiqué. La forme ampoule est d’ailleurs à déconseiller pour les préparations insolubles.

Le mercure colloïdal se prépare aseptiquement suivant le procédé de BreniG et avec de l’eau stérilisée.

L'huite au calomel, faite avec de l'huile de vaseline neutre, supporte la chaleur de l’autoclave, ou dans tous les cas celle du bain-marie à 100°. Il faut opérer le mélange avec du calomel purifié (lavé à l’éther, afin d'éliminer les traces de sublimé qu'il peut contenir). La répartition en ampoules, (peu recommandable) se fait, comme pour l'huile grise, au moyen d’un flacon à soufflerie et en agitant sans cesse.

Si l’on emploie comme excipient l’huile d'olive au lieu de l'huile de vaseline, il est plus prudent d'opérer suivant la méthode aseptique (huile stérilisée, calomel pur, matériel flambé, flacons stériles) sans chauffer le mélange, surtout à l’autoclave.

J'en dirai autant pour l'huile à l’oxyde jaune de mercure.

On préparera également le plus aseptiquement possible et sans stérilisation ultérieure, l’huile au protoiodure de mercure la suspension aqueuse de calomel colloidal (calomelol), l’Autle au tannate de mercure, etc. Pour l'huile au biiodure, il en a été déjà question à propos des corps gras.

J'ai parlé précédemment des amalgames injectables dont j'ai, le premier, réalisé l'exécution avec le D° Dreux. Je prépare les amalgames d'argent ou de platine suivant la méthode aseptique.

J'ai préparé également avec B. Sauron une huile au calomel réduit qui est essayée actuellement. avec succès dans les

(1) Suivant certains auteurs, on aurait avantage à utiliser la peptone de viande qui donnerait une préparation plus stable à chaud et se conserverait mieux,

hôpitaux. On sait que les injections d'huile au calomel, qui sont très actives, sont malheureusement très douloureuses, ce qui en restreint beaucoup l'emploi.

Or, la présence de sulfocyanure dans certains liquides de notre organisme, laissant supposer que ce composé joue un rôle dans la transformation du calomel injecté, nous avons fait agir le sulfocyanure de.sodium sur le calomel. La réduction est immédiate, et le mercure obtenu est à l’état de division extréme. La formule de la réaction est la suivante :

Hg?CP + 2 CAzSNa — Hg + Hg (SCAz? + 2 NaCI,

c'est-à-dire que 50 p. 100 du mercure sont à l’état libre, et 50 p. 100 à l’état de sulfocyanure.

- Le produit noir obtenu, trilturé aseptiquement dans un excipient approprié, parait constituer, dès à présent, un liquide mercuriel imjectable, non toxique, très efficace, peu douloureux, très stable et très homogène, et sans doute aussi très assimilable. De plus, cette préparation est d’une exécution rapide et facile.

On remarquera que dans le cas des composés mercuriels, l’absence de stérilisation rigoureuse a moins d'inconvénient que pour les autres substances généralement employées en hypodermie, car ces composés ont un pouvoir bactéricide propre qui n’est pas négligeable.

Solutions de glycérophosphates. — Les glycérophosphates les plus employés sous la forme hypodermique sont ceux de calcium et de sodium.

Asrruc a fait récemment une étude approfondie du premier(1), de laquelle il résulte que souvent les glycérophosphates de chaux du commerce ne sont pas uniquement constitués par du monoglycérophosphate (sel officinal), mais par un mélange de ce dernier avec de petites quantités de diglycérophosphate et quelquefois aussi d’autres éthers phosphoriques.

L'auteur s’est donc préoccupé du moyen de purifier ces produits commerciaux. On sait qu’une solution de glycérophosphate de chaux saturée à froid (solubilité 4 p.25 à 15°), étant soumise à l’action de la chaleur, commence à précipiter vers 320, et que cette précipitation devient très abondante à 40°.

Cavazier et Poucer (2) ont déterminé la solubilité du glycéro-

a) Journ. de Pharm. et de Chim., [7], I, 490, 539,577; et II, 11; 1910. . (2) Bull, Soc. Chim., [3], XXE, p. 365 ; 1899.

phosphate de chaux à diverses températures et ont établi qu'à 70° la précipitation était presque totale.

Le précipité ainsi formé est constitué par du monoglycérophosphate de chaux pur, débarrassé du diglycérophosphate qui le souillait. Cependant le filtrat de cette première opération faite à 70°, étant porté au bain-marie à 90°, laisse à nouveau déposer un mélange de mono et de diglycérophosphates ainsi que l’a constaté Asrruc. Le filtrat de cette deuxième épreuve étant lui-même enfin soumis à l’ébullition, Asrruc a constaté la formation d’un nouveau précipité de nature identique à celui de l’essai précédent.

Lorsqu'on porte une solution aqueuse de glycérephosphate de chaux du commerce directement à l’ébullition, le précipité obtenu, dit Asrruc, est donc constitué par un mélange des deux sels. Il en résulte que l’ébullition de ces solutions ne saurait constituer un mode de purification, et que la seule façon d’obtenir un sel pur, officinal, c'est-à-dire le monoglycérophosphate de chaux, consiste à porter la solution aqueuse du produit commercial à 60-70°, sans dépasser cette température.

Le glycérophosphate ainsi purifié doit donner, dit Asrruc, une solution sensiblement neutre à la phtaléine.

D'après ces données, les solutions de glycérophosphate de chaux ne doivent pas être chauffées, puisqu’à partir de 32° elles laissent déposer le sel dissous; de plus, une ébullition prolongée décompose celui-ci en mettant en liberté l’acide phosphorique (Codex).

J'ai établi précédemment que la stérilisation des solutions de glycérophosphate de chaux s'effectue facilement et sans décomposition par les rayons ultra-violets. Cette méthode, dans tous les cas, me parait supérieure à celle que préconisent divers auteurs et qui consiste à filtrer la solution à la bougie, puis à la répartir en ampoules stérilisées au moyen du dispositif déjà décrit page 60, (trompe à eau, cloche à vide, etc.).

Pour les solutions de glycérophosphate de soude (1), la question de solubilité n’intervenant pas, la dissociation seule est à redouter: on sait qu'elle se produit à 120°, même à 100° si l’on prolonge trop longtemps l'opération. D —

La tyndallisation vers 70-80°, ou ie chauffage au bain marie

(1) On sait que le Ne de soude étant difficile à obtenir cristallisé, une solution aqueuse à 50 p. 400 constitue le produit officinal.

bouillant pendant 30° ne s'accompagnent pas de décomposition sensible.

Si l’on veut réaliser une stérilisation plus complète, on peut effectuer 3 chauffages de 20° à 100° à un jour d'intervalle.

l'en est de même pour les solutions de g/ycérophosphate de fer quelquefois employées.

Notons encore pour terminer, que la dissociation du g/ycérophosphate de soude par exemple, peut s'accompagner de précipités de même nature à peu près que ceux observés avec les phosphates, c’est-à-dire dus à l'attaque du verre. Je mentionnerai, à propos des incompatibilités, les principales associations salines dans lesquelles on fait intervenir les glycérophosphates.

Solutions de bromhydrate de conine. (ou de cécutine). — Le bromhydrate de conine droite est plus soluble à froid qu'à chaud ; d'autre part la chaleur décompose ces solutions (1). On emploie quelquefois les solutions à 0, 5 ou 1 p. 100; elles ne peuvent pas être stérilisées à l’autoclave; on pourra risquer une tyndallisation vers 70°, mais en employant de très bons verres (léna, Sérax). Sinon, on fera la préparation à froid, au moment du besoin, et le plus aseptiquement possible (méthode aseptique); on devra d’ailleurs la conserver le moins longtemps possible.

Sérums thérapeutiques.

Presque tous les sérums d’origine microbienne proviennent du sang d'animaux, notamment des chevaux, immunisés contre diverses maladies contagieuses; ils sont préparés en France à l’Institut Pasteur. Une loi, en date du 25 avril 1895, réglemente la fabrication de ces produits; l’article 1* en est ainsi conçu (2):

Les virus atténués, sérums thérapeutiques, toxines modifiées et produits analogues pouvant servir à la prophylaxie et à la thérapeutique des maladies contagieuses, et les substances injectables d’origine organique non définies chimiquement appliquées au traitement des maladies aiguës ou chroniques, ne pourront être débitées à titre gratuit ou onéreux qu'autant qu’ils auront été, au point de vue soit de la fabrication, soit de la ‘provenance, Pobjet d’une autorisation du gouvernement, rendue après avis du Comité consultatif d'hygiène publique de France et de l’Académie de médecine. Ces produits ne bénéficieront que d’une autorisation temporaire et révocable. Ils seront soumis à une inspection exercée par une commission nommée par le ministre compétent.

(1) Voir Herissey. Thèse citée, p. 71, (2) Voir Codex de 1908, p. 936.

Au-dessus de 55°, les sérums thérapeutiques deviennent inactifs. Seuls, le sérum antivenimeux et le sérum antipesteux ne perdent leurs propriétés que vers 60°. L'Institut Pasteur prépare des sérums liquides et des sérums desséchés; ces derniers se conservent un temps assez long.

Le Codex de 1908 mentionne les sérums liquides qui sont délivrés aux pharmaciens en tubes scellés ou en flacons bien bouchés, avec plomb de garantie et étiquette indiquant la date de préparation ainsi que l'évaluation du pouvoir antimicrobien et du pouvoir antitoxique. On doit, ajoute le Codex, les conserver à l'abri de la lumière et de la chaleur. On les renouvelle généralement au bout d’un an.

Les sérums desséchés sont obtenus par évaporation du sérum des animaux immunisés, soit à froid et dans le vide, en présence d'acide sulfurique: soit par dessiccation à une température ne dépassant pas 40°, dans un courant d'air sec privé de germes. Ces sérums secs sont solubles dans l’eau froide à À p.10, et les solutions opalescentes ainsi obtenues représentent à peu près la concentration du sérum liquide primitif.

On enferme les sérums secs dans des flacons qu'on bouche hermétiquement ou dans des tubes scellés; chaque récipient contient 1 de produit et porte un trait qui correspond à 10°"%° de capacité.

Pour faire la solution, on débouche le flacon, ou on brise la pointe du tube, et l'on place le récipient horizontalement de façon à étaler la matière dans toute la longueur; on introduit alors une petite quantité d’eau bouillie et refroidie pour humecter la substance sèche et déterminer son adhérence à la paroi du récipient. On redresse après quelques instants le flacon dans la position verticale, et on remplit d'eau stérilisée jusqu’au trait. La dissolution se fait peu à peu sans qu'il soit nécessaire d’agiter. :

Je n’insisterai pas sur la stérilisation des sérums puisque le pharmacien n'est jamais appelé à la pratiquer; je rappellerai seulement que les principaux sérums thérapeutiques sont le sérum antidiphtérique de Roux, le sérum antitétanique de Nocard, le sérum antistreptococcique de Marmoreck, le sérum antipesteux de Yersin, le sérum antivenimeux de Calmette, le sérum antirabique de Pasteur, Roux et Chamberland.

Sauf le dernier, les pharmaciens peuvent avoir ces différents sérums el les délivrer sur ordonnance médicale.

Ces sérums thérapeutiques sont généralement stérilisés par tyndallisation (8 chauffages au moins, à54°). Quant aux solutions de sérums desséchés, on à vu qu'elles se préparaient suivant la méthode aseptique.

À côté des sérums, on peut citer les toxines el vaccins d’origtne microbienne, régis, nous l'avons vu, par la même loi.

Le Codex de 1908 mentionne la {uberculine solide purtfiée, obtenue en précipitantla tuberculine brute (extrait liquide glycériné et stérilisé de culture de b. de Koch) par 10 fois son volume d'alcool à 80°. Pour l'usage thérapeutique, on prépare le soluté suivant : {uberculine solide purifiée : 0, 01, eau distillée stérilisée : 100€ (1).

Le Codex mentionne aussile vaccin antipesteux (2) (constitué par une culture de eoccobacilles pesteux que l’on a chauffée à 70° pendant une heure, puis qu’on a mise en suspension dans le soluté de chlorure de sodium à 7 p. 1000 stérilisé); et le vaccin antipesteux senstbilisé, constitué par des coccobacilles pesteux préalablement chauffés à 70° pendant une heure, puis imprégnés de sérum antipesteux. Après imprégnation, les coccobacilles sont lavés, à deux reprises, avec le soluté à 7 p.1000 de chlorure de sodium préalablement stérilisé, puis mis en suspension dans ce même soluté.

Substances injectables d’origine organique, ou produits opothérapiques (3).

On sait la place que tenaient les produits organiques dans la thérapeutique des Anciens. Or, il se trouve que les progrès réalisés en chimie organique et en physiologie, sont venus donner une base à cette thérapeutique.

On. a maintenant recours à la forme injectable (préconisée par Browx Sequar», en 1889), pour obtenir une plus grande rapidité d'action ou pour éviter l’action des sucs digestifs sur certaines de ces substances, et ces diverses préparations sont devenues aujourd'hui plus sacrées encore qu'aux temps anciens,

(1) La tuberculine supporte facilement le chauffage à 100°.

(2) Notons que le vaccin antipesteux est le seul vaccin qui puisse subir l’action d’une température relativement élevée (70°); les vaccins du rouget, du charbon et du choléra des poules, par exemple, ne peuvent pas être chauffés.

(3 Voir Er. Ecasse. Des injections de liquides organiques, Bull. Thérap., t. CXXIL, p. 337, 407 et 443; 1892..

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puisque les pharmaciens ne sont admis à les préparer qu'avec l'autorisation spéciale du gouvernement. J'ai dit plus haut que la préparation des extraits ou liquides organiques tombait, ainsi que celle des sérums thérapeutiques, sous le coup de la loi de 1895

Un décret postérieur de 1907 montrera d’ailleurs de quelles précautions est entourée la préparation de ces diverses substances injectables.

ARTICLE PREMIER : La préparation des substances injectables d’origine organique est autorisée dans les établissements et suivant les conditions ci-après déterminées :

49 Laboratoire de M. T....., rue...

20 Laboratoire de M. G...…. TUÉ ET.

Ilne devra être ajouté à ces produits aucun antiseptique.

L'origine animale, les organes employés, ainsi que la quantité d'organes frais représentés dans 1e"? devront être nettement indiqués pour chaque extrait.

Toute mention de l’autorisation accordée sur les étiquettes, prospectus, en tête de factures, notices, etc..., sera suivie, à peine de révocation, de la réserve ci-après :

« Cette autorisation ne garantit pas l'efficacité du produit ».

Je dirai deux mots sur la préparation et la stérilisation des liquides organiques :

On. choisit des animaux sains, qui ont été soigneusement examinés par les vétérinaires. On recueille les organes à l’abattoir le plus aseptiquement possible, on les lave un à un avec de l'eau stérilisée et on les plonge dans un bocal stérilisé rempli d’eau saturée de chloroforme et également stérilisée. Le choix et la séparation des organes doivent être faits d’ailleurs avec un matériel stérile et renfermé dans une trousse métallique. Quant au bocal, il est recouvert généralement d'un disque de verre épais dans lequel passe un fil d'argent qui servira à le soulever, puis d’un couvercle à large bord. Les organes sont transportés au laboratoire. On a préparé d’autre part un bocal contenant le mélange suivant stérilisé à 120° à l'autoclave et refroidi: glycérine neutre : 200 grammes ; eau distillée : 100 grammes.

Ce bocal étant placé sur le plateau d'une balance, on fait la tare et l’on ajoute un poids de 100 grammes sur le plateau contenant les poids. Ce poids représente la quantité d’organe que l’on devra ajouter dans le mélange liquide pour obtenir l’équilibre.

On se lave les mains au savon, au permanganate de potasse

(à 4 p.100), au bisulfite (à 15 p. 100) à l'alcool éther (aa), à l’eau stérilisée (à 125°). Tandis qu'un aide ôte le disque de verre, on saisit les organes avec une pince stérile, on les essuie avec des feuilles de paprer de soie stérilisées ou des compresses de gaze aseptiques, on les coupe avec des ciseaux flambés et on introduit les fragments dans le bocal contenant l’eau glycérinée. Celui-ci est aussitôt refermé et recouvert d’une clocheen verre flambée; on laisse macérer vingt-quatre heures en agitant de temps en temps. Le Codex indique ensuite de filtrer sur du coton ou du papier préalablement stérilisés, et de répartir aseptiquement dans des ampoules stérilisées de 1°"%3 qu'on fermera à la lampe. De plus, le Codex recommande de s'assurer avant de délivrer ces ampoules, que le contenu d’un certain nombre d’entre elles, prises au hasard dans la masse, ne donne pas de culture après avoir séjourné dans Pétuve chauffée à 31° pendant 48 heures.

Mais on peut assurer plus efficacement l'asepsie des liquides organiques injectables en opérant de la façon suivante :

On introduit l'extrait organique dans une éprouvette au sein de laquelle plonge une bougie filtrante stérilisée; celle-ci est reliée à la partie supérieure, par un tube de caoutchouc, à un tube de verre coudé qui pénètre dans une cloche de verre où l'on peut faire le vide d'autre part au moyen de la trompe.

Le liquide filtré tombe dans un petit cristallisoir placé à l’intérieur de la cloche et contenant des ampoules stériles, la pointe ouverte dirigée en bas (1); la filtration terminée, le liquide organique emplissant le cristallisoir, on ferme le robinet; l’air rentre, filtré sur du coton, et les ampoules se remplissent. On retire les ampoules et on les ferme à la iampe; on les porte ensuite dans l’étuve de Roux réglée à 37° pour voir si elles ne cultivent pas au bout de deux ou trois jours.

Lorsqu'on prépare en grand les ampoules de liquides organiques, il est préférable d'utiliser des appareils insufflateurs. Ces derniers sont constitués par de simples flacons à deux tubulures, l’une portant un tube de verre allant jusqu'au fond

(4) On peut prendre aussi certaines précautions relativement à l’asepsie : nettoyer par exemple avec une solution de sublimé à 1 p. 1.000 les parois de la cloche et la plaque de verre sur laquelle elle repose, stériliser au préalable la bougie filtrante, l’éprouvette, le tube de verre, le petit cristallisoir renfermant les ampoules, etc., et les recouvrir de papier jusqu'au «moment de l'opération.

du flacon, l’autre un tube qui n’y pénètre qu'à quelques centimètres de profondeur.

Ce dernier tube, dans la partie extérieure au flacon, est évasé en forme d'ampoule, et celle-ci est reliée par un tube de caoutchouc à une poire destinée à l’insufflation de l'air. Cet air pénètre dans l’am poule garnie de coton, et, ainsi filtré, pénètre dans le flacon. Le grand tube de verre est relié, dans la partie extérieure au flacon, à une aiguille de platine irridié par l'intermédiaire d'un tube de caoutchouc. On stérilise à part toutes les pièces de l'appareil. Le liquide filtré est introduit aseptiquement dans le flacon au moyen d'un entonnoir stérile ; on substitue à ce dernier le bouchon et le tube insufflateur stériles, on fait jouer la soufflerie, l'aiguille de platine sert à Pintroduction du liquide stérile dans les ampoules.

Byra (1) estime que la bougie filtrante peut retenir une certaine partie des substances actives; c’est sans doute une des raisons pour lesquelles le Codex n'a pas admis la filtration comme procédé de stérilisation des liquides organiques injectables. Le procédé est cependant assez souvent employé, et lon a recours quelquefois à la pression d'acide carbonique pour faciliter la filtration, la bougie employée étant en alumine.

Quoiqu'il en soit, les ampoules ayant une capacité de 1°, l'opérateur, dit le Codex, devra en diluer le contenu dans 3°" d’un soluté aqueux à 7 p. 1000 de chlorure de sodium, préalablement stérilisé.

Eaux minérales.

On emploie depuis quelque temps les eaux minérales en injections intra-tissulaires. FiiG (de Montpellier) a fait à ce sujet de nombreuses communications que Poucuer en France, el P. Hecer en Belgique, ont présentées aux Académies. Je ne m'occuperai ici que de la stérilisation des eaux minérales.

Freic à fait remarquer (2) que les eaux minérales sont très souvent aseptiques par elles-mêmes au sortir du griffon, et qu'on pourrait au besoin les capter soigneusement afin de les protéger contre les germes de l’air extérieur et leur conserver leur pureté initiale.

Certaines eaux minérales sont non seulement aseptiques par

(1) Ouvrage cité, p. 212.

(2) Revue d'hygiène et de police sanitaire, t. XXXIL, n° 4, p. 15 et suiv. 31910.

elles-mêmes, mais encore bactéricides : soit en vertu de leurs propriétés physiques (radio-activité), soit en vertu de leur minéralisation assez forte. On sait que l’ingestion d'eau radioactive peut arrêter les fermentations lactiques de l'estomac. Boucnarn et BazraazarD ont mis en évidence l'action de l'émanation du radium sur les bactéries chromogènes (1). AscuriNasi, Caspart et Rnemsorpr (2) ont observé également le pouvoir bactérieide des eaux radio-actives; Pnisarix (3) a constaté leur action sur la toxicité des venins, ete.

Certains éléments chimiques, certains métaux, même en “très faible proportion, peuvent être également bactéricides.

Toutefois, la stérilisation des eaux minérales injectables n’est pas inutile, elle est même souvent indispensable.

Cette stérilisation ne peut pas se faire à chaud. En effet, la chaleur de l’auloclave ou celle de l'ébullition modifient les propriétés des eaux minérales. Le dégagement gazeux qui se produit dans ces conditions amène la plupart du temps une précipitation notable. « Il est à peine besoin de dire, fait remarquer « FLerG, que les propriétés plus ou moins durables, telles que « la radio-activité, l'état électrique, etc., doivent être forte- « ment atteintes, et que celles qui peuvent être d'ordre dias- « tasique disparaissent complètement.

« S'il est vrai de dire que les eaux minérales en nature sont « des milieux liquides vivants, il ne doit pas moins l'être « qu'une eau stérilisée à chaud est une eau morte. » On sait que Moureu a décelé des gaz rares au griffon de certaines sources, et que P. Curie et Larorpe ont constaté qu'un grand nombre d'eaux minérales sont radioactives. Moureu à fait ressortir l'importance de ces émanations radioactives, d’où dérivent d’ailleurs les gaz rares, et dont l'existence expliquerait peut-être l’action sur l’économie de certaines eaux très peu minéralisées. Or, l’'émanation du radium est instable. « Une eau thermale, dit Moureu, surtout si elle est fortement radioactive, est ozvante à la source, elle meurt ensuite lentement. » À plus forte raison peut-on craindre l'action d’une température élevée. Il ne nous est même pas permis, dit encore Mourev, de considérer une eau transportée et conservée comme

* (4) C. R. Ac. Se. CXLIT, p. 819; 1906.

(2) Bert. klin. Wschri.; 4 mai 1906.

(3) C. R. Soc. Biol, LNII, p. 366 ; 1906.

identique à ce qu'elle était au moment de l'émergence. « Une eau minérale est un tout, un bloc, comme l'opium, la digitale, … entamer ce bloc, c’est s’'exposer à en compromettre plus ou moins gravement l'harmonie et l'efficacité. » (1)

De plus, la simple analogie des eaux minérales avec l'eau de mer permet de penser que, comme cette dernière, elles seront « plus toxiques ou moins tolérées » que les mêmes eaux non chauffées.

FLei& a observé que : « certaines eaux, celles de Balaruc « par exemple, après une ébullition d’un quart d'heure ou un « passage à l’autoclave à 130°, ne provoquent, injectées dans les « veines d’un chien, qu’une diurèse beaucoup moins abon- « dante que la même eau non chauffée, ce qui est en relation « avec l'existence d’une toxicité plus élevée. »

Cependant, les eaux minérales portées à l’ébullition ou chauffées à l'autoclave, sont encore injectables sans danger comme sérums artificiels ; mais leurs diverses propriétés étant très modifiées, on peut penser que le champ de leurs effets thérapeutiques sera fortement diminué.

Un moyen de stérilisation qui s'accompagne de modifications moins profondes, et qui est utile surtout dans le cas des eaux contenant un excès notable d’acide carbonique, est le chauffage à l’autoclave en ampoules préalablement scellées; on conserve ainsi à l'eau son excès de gaz et on empêche la précipitation. La tyndallisation (à 60°, trois jours de suite, pendant quelques heures) modifie moins les propriétés des eaux minérales; toutefois TrémorièrEes (2) a fait remarquer que les éléments dissous et qui peuvent fonctionner comme /erments risquent d’être atteints encore à cette température.

La stérilisation à froid est évidemment préférable; elle peut s’obtenir par filtration à la bougie, soit à la pression atmosphérique, soit par aspiration, soit par refoulement.

La filtration à la pression atmosphériqueoù filtration simple, est d’une lenteur extrême; les sels dissous à la faveur d’un excès d'acide carbonique peuvent peu à peu se précipiter, des phénomènes d'oxydation (pour les eaux sulfureuses par exemple) peuvent modifier plus ou moins profondément les eaux ainsi traitées.

(4) Voir Moureu : Revue scientifique (5), IX, 353, 1908: et HÉRISSEY, thèse citée, p. 42.

(2) Les eaux minérales en injection hypodermique. Maloine, édit. Paris, 4908.

La filtration par aspiration est encore défectueuse dans le cas des eaux gazeuses; elle s'accompagne d'une décompression intense, qui provoque la disparition de certains gaz dissous (CO*,FPS, etc., gaz rares, —) et la précipitation de divers sels (carbonates, composés ferriques, etc.). Cependant, ce procédé demeure applicable aux eaux non gazeuses, ou à celles dont on veut précisément diminuer la teneur en gaz.

La filtration par refoulement au moyen du dispositif Chamberland, est le meilleur procédé. Elle peut s'effectuer soit sous pression d'air atmosphérique pur, soit sous pression d'acide carbonique (ainsi que l’a fait Trémorrères), soit sous pression d'oxygène pur, ou encore d’un gaz (hydrogène ou air atmosphérique) séparé de la surface aqueuse par une couche d’huile d'olive ou d’huile de vaseline.

La filtration sous pression d'air atmosphérique présente les mêmes inconvénients, au point de vue de la précipitation des sels; que la filtration à l'air libre dont il a été question plus haut; mais elle a l'avantage d’être beaucoup plus rapide, elle peut convenir aux eaux non gazeuses.

La filtration sous pression plus ou moins forte d'acide carbonique s'applique très bien aux eaux bicarbonatées gazeuses et permet d'éviter la précipitation ultérieure. Elle pourrait servir aussi dans les cas où l’on voudrait augmenter la teneur d’une eau en acide carbonique ; il suffit de relier le réservoir métallique du dispositif Chamberland à une bombe d’acide carbonique, dont on règle l'ouverture d'échappement du gaz d'après la pression à réaliser dans le réservoir en question (pression indiquée par le manomètre fixé sur le couvercle du réservoir).

Si au contraire on veut filtrer une eau sans y introduire d'acide carbonique, et si l’on veut éviter la production de phénomènes d’oxydation dus au contact de l'air, il suffit de substituer à la bombe d'acide carbonique une bombe d'hydrogène, ou d’interposer entre l’eau du réservoir et l’air atmosphérique comprimé par la pompe à refoulement une couche d’un liquide inerte et non miscible au repos (tel que l'huile d'olive ou l'huile de vaseline). |

Cette filtration sous pression d'hydrogène ou d'air avec isolant intermédiaire est excellente, fait remarquer Fier, pour la plupart des eaux minérales, et en particulier pour les eaux sulfureuses qui ainsi ne sont pas oxydées. Quelquefois,

on veutrenforcer une eau minérale en gaz : oxygène ou hydrogène sulfuré, on fera pour cela barboter une demi-heure un courant de ce gaz, et on filtrera ensuite à la bougie sous pression d'oxygène ou d'hydrogène sulfuré suivant le cas.

Les récipients à mettre en relation avec latétine de la bougie Chamberland auront des formes et des moyens de fermeture appropriés aux différents cas. Pour les eaux dans lesquelles on ne cherche pas à maintenir en solution un excès d'acide carbonique, on utilisera des ballons, ampoules ou flacons à trois ou à deux tubulures, dont l’une sera reliée à la tétine de la bougie par un tube de caoutchouc, et l’autre bouchée d'abord avec de la ouate, puis scellée ainsi que l’autre tubulure, après le remplissage.

On pourra aussi utiliser des éprouveties graduées, munies d'un bouchon à deux ou trois trous, l’un de ceux-ci étant réservé au passage d’un tube plongeant jusqu’au fond.

Pour les eaux dans lesquelles on cherche à maintenir en solution un excès d'acide carbonique (eaux ferrugineuses par exemple,) ou pour lesquelles on veut éviter toute perte des gaz qui s’y trouvent {FPS par exemple), il faut pendant la filtration maintenir Lermétiquement fermé le vase récepteur ; on se sert alors d’un flacon, ballon ou ampoule à deux tubulures, l’une en rapport avec la tétine, l’autre fermée à la lampe. Le caoutchouc qui réunit la tétine à la tubulure du récipient est lui-même, après le remplissage, écrasé par une pince, et la pression gazeuse se maintient ainsi à l'intérieur du système.

Si l’on veut éviter la présence d’air dans le récipient, par exemple quand on filtre sous pression d'air, on remplit le récipient sous l’eau distillée d’une atmosphère d'acide carbonique ou d'hydrogène, avant de le fixer à la tétine.

Les eaux filtrant d’autant plus vite que leur concentration moléculaire est plus faible, il est préférable, quand on a affaire à des eaux hypotoniques qu'on doit rendre ensuite isotoniques, d'effectuer l'addition de sel après la filtration, et dans le cas des eaux hypertoniques à rendre isotoniques, de les diluerau contraire avant de les filtrer.

FLeic, au sujet des rayons ultra-violets et de leur utilisation à la stérilisation des eaux minérales, prétend que les radiations ‘chimiques étant susceptibles de RodiHer certaines propriétés

des eaux minérales, il est plus prudent de ne e ee avoir recours.

Ilme semble, néanmoins, que l’action bactéricide étant extrèmement rapide, les décompositions d'ordre chimique, par exemple, ne sont guère à craindre; quant aux altérations d'ordre physique ou biologique, on ne peut guère se prononcer à leur sujet qu'après expérimentation.

En résumé, à l'heure actuelle, la stérilisation des eaux minérales doit se faire à froid, et par filtration à la bougie. Le meilleur procédé est la filtration par refoulement (au moyen du dispositif Chamberland), et les meilleures modalités de ce procédé sont : :

La filtration sous pression plus ou moins forte d'acide carbonique, sous pression d'hydrogène ou sous pression d'air avec couche isolante d'huile intermédiaire, excellentes pour les eaux bicarbonatées, ferrugineuses et sulfureuses ; la filtration sous simple pression d'air convient pour les eaux non gazeuses, et la filtration sous pression d'oxygène pur ou d'hydrogène sulfuré est applicable à quelques cas spéciaux.

Conservation des eaux minérales injectables. — Ou doit employer les eaux minérales le plus rapidement possible après leur sortie du griffon; on les conservera en ampoules scellées de verre jaune ou rouge pour éviter l’action des radiations chimiques de la lumière ; à la rigueur on pourra employer des flacons à fermeture canette. On maintiendra ces récipients en lieu frais.

J'ai développé ce chapitre un peu longuement, parce que, en dehors de l'intérêt qu'on y peut attacher an point de vue thérapeutique, il constitue un exemple de stérilisation assez

complexe.

Eau de mer injectable.

On utilise l’eau captée à 20 milles des côtes, à dix mètres de profondeur, pour éviter les bactéries de surface, et loin de tout port ou de tout courant provenant d'un port (à cause des souillures des égouts) ; de préférence en face d’une côte sablonneuse et déserte; l’eau de l'Atlantique est la meilleure, celle de la Manche est toujours trouble, celle de la Méditerranée trop riche en magnésium.

La capture doit être faite dans des bouteilles stérilisées qui ne seront ouvertes que pendant les quelques minutes nécessaires au remplissage.

Cette capture ne peutse faire qu'à bord d'un bateau arrèté et à l'avant du navire.

L'eau douce, destinée à diluer l'eau de mer, doit être une eau de source peu minéralisée et bactériologiquement pure. Le mélange est fait dans Les proportions suivantes : eau de mer : deux parties, eau de source : cinq parties (1). On obtient ainsi un liquide isotonique (l'eau de mer contient 33 grammes de sels environ p. 1000).

Le point eryoscopique du liquide dilué doit atteindre sensiblement : — 0°56.

Grâce à l’isotonie, l’eau de mer est indolore.

Le liquide isotonique sera filtré sur un filtre Chamberland par exemple, préalablement autoclavé. Les vases ou ampoules destinés à recevoir le liquide seront également stérilisés à 120° ; ils ne devront comporter aucun ajutage de caoutchouc au contact du liquide. Après le remplissage, il suffira de sceller la pointe ouverte des ampoules.

Il sera prudent de ne pas les conserver trop longtemps et de ne pas injecter d’eau de mer datant de plus de trois semaines, car ce liquide perd son activité avec le temps.

Il est extrêmement important de ne pas stériliser l’eau de de mer par la chaleur, car elle perdrait son activité.

Les essais du laboratoire et les expériences de la clinique démontrent ce fait de manière évidente.

Le globule blanc qui vit dans l’eau de mer isotonique ne vit plus dans ce même milieu, si celui-ei a été chauffé à 4120° (Quixrox). .

Poucuer et CHaABrY, qui ont préparé artificiellement de l'eau de mer, ont placé dans ce liquide et dans de l'eau de mer naturelle des œufs fécondés de l’oursin; ceux qui avaient été introduits dans l’eau de mer artificielle ne furent l'objet d'aucune segmentation, landis que les autres accomplirent leur évolution normale.

E. P. Lxox à évaporé par la chaleur une certaine quantité d’eau de mer, il a redissout les sels obtenus dans une même quantité d’eau distillée dans un alambic de verre ; dans cette eau de mer artificielle l'œuf fécondé de l'oursin n’a pas vécu.

La clinique confirme ces résultats d'expérience, et d'après les auteurs qui ont étudié la question, il ne saurait y avoir de

(4) D’autres auteurs indiquent : eau de mer 83 parties, eau de source 190.

doute sur ce point : Une eau de mer artificielle, une eau de mer chauffée n’ont pasles mêmes propriétés que l’eau de mer naturelle (milieu vivant) (1).

Solutions de ferments.

Je n’insisterai pas ici sur l'influence de la température sur l’action des ferments. La question, d’ailleurs très vaste et très complexe, sortirait du cadre que je me suis imposé.

Je me contenterai de rappeler qu’à 100° environ les ferments sont généralement détruits, etque d’ailleurs, à mesure que l’on se rapproche de la température de destruction, il y a diminution des propriétés fermentaires.

Suivant Fixkrer, par exemple, la pepsine chauffée au delà de 50°, se transforme en isopepsine et ne pousse pas le dédoublement de l’albumine plus loin que la phase de syntonisation ; c’est-à-dire que le pouvoir hydrolytique de la pepsine est à peu près complètement détruit, puisque la syntonisation est surtout sous la dépendance de l'acidité (2).

BourqueLor a observé que la diastase chauffée au delà de 63°, ne donne plus que des réactions incomplètes, limitées aux dernières phases de la dégradation de la dextrine, quelle que soit d’ailleurs la durée de l'expérience.

La température de destruction de la pepsine serait 55-60, celle de la trypsine (suivant Læœw) de 69-70°.

Ces chiffres concernent d’ailleurs les ferments en solution, car ces derniers à l’état sec supportent, on le sait, des tempétures bien supérieures.

Quoiqu'il en soit, les solutions de ferments devront se préparer au moment du besoin ef le plus aseptiquement possible, sans chauffer ; c’est ce que nous avons appelé Ia méthode aseptique.

Solutions d’iodoforme.

Un utilise quelquefois des solutions d'iodoforme dans l'huile d'olive lavée à l'alcool et stérilisée, et dans les proportions de 5 p. 100.

(1) Pour la bibliographie de cette question, consulter entre autres ouvrages :

Les applications thérapeutiques de l’eau de mer, par ROBERT SIMON. Masson, Gauthier-Villars, édit., Paris.

(2) Voir ByLa, Ouvrage cité, p. 21.

On emploiera de l’iodoforme chimiquement pur. La solution sera faite avec un matériel aseptique. Les récipients ou ampoules seront stérilisés au préalable. On emploiera du verre coloré pour éviter l’action décomposante de la lumière.

La solution éthérée d'iodoforme sera obtenue de la même facon (méthode aseptique); on fermera les pointes avec précaution, comme il a été déjà dit pour l’éther camphré.

Métaux à l’état colloïdal.

On sait que Granan a donné le nom de colloïdes aux corps qui, mis en solution, ne peuvent pas dialyser à travers une membrane animale.

La gélatine, le glycogène sont des colloïdes. Certaines substances minérales peuvent s’obtenir à l’état colloïdal, par voie chimique ou par voie électrique.

Par voie chimique, on a obtenu par exemple le collargol ou argent colloidal, au moyen de l’action du sulfate ferreux et du citrate d’ammoniaque sur le nitrate d'argent; le produitobtenu contient environ 97,p. 100 d’argent avec des traces de fer et d'acide citrique (1).

L'or colloïdal est obtenu en réduisant le chlorure d’or par l’aldéhyde formique.

Le collargol se présente sous forme de petits grains noirs à

reflets métalliques ; on utilise la solution à 1 p. 100, qui n’est pas à proprement parler une solution, mais une suspension de particules excessivement ténues à peine visibles au microscope.

Or, la chaleur précipite le collargol. On devra donc préparer les solutions à froid ; et la stérilisation par la chaleur étant impossible, on aura recours à la simple méthode aseptique : on triturera l'argent colloïdal avec quelques gouttes d’eau stérile dans un mortier flambé, puis on ajoutera le reste de l’eau; on ne filtrera pas, on répartira en ampoules stérilisées.

On nedoit pas comparer au collargol le protargol qui n’est autre chose qu’une combinaison d'argent avec des substances protéiques, et qui ne contient que 8,3 p.100 d'argent. Bien que les solutions de protargol ne se coagulent pas sous l'influence:

(1) Procédé de COTHEREAU.

de la chaleur, elles ne peuvent cependant pas être stérilisées à chaud.

On ne doit également les préparer que par trituration avec de l’eau stérilisée roide, et le plus aseptiquement possible.

Si aujourd'hui encore, on ne peut pas démontrer avec certitude quelles modifications chimiques subissent les solutions de protargol préparées ou stérilisées à chaud, on peut du moins établir d'une autre manière l'influence de la chaleur.

Une solution de protargol obtenue avec de l’eau chaude paraît d’abord plus foncée qu’une solution faite à froid. Selon toute apparence, il s’agit ici d’une oxydation des corps protéiques contenus dans le protargol. D'autre part, une solution préparée à chaud, utilisée en injection, possède souvent une action 1rritante qu'on n’observe pas avec les solutions faites à froid.

Ajoutons qu'il faudra conserver les solutions de collargol et de protargol dans des verres colorés.

Les colloides électriques sont aujourd’hui très employés également. Le procédé de préparation de BreniG est le suivan:

4° Mettre dans un vase très propre de l'eau distillée (1) filtrée avec soin sur un filtre lavé à l’eau stérilisée.

2° Placer ce récipient dans un cristallisoir ou un vase de grès plus large et moins élevé, renfermant du sel de cuisine et de la glace pilée pour maintenir l’eau distillée au-dessous der0?,

. 3° Placer deux électrodes très fines en Rene puE au sein de l’eau.

4° Faire éclater l’arc électrique entre ces deux électrodes ; et, suivant leur section, employer une chute de potentiel de 80 à 100 volts, et une intensité de 5 à 10ampères. (D'autres auteurs. indiquent seulement 40 volts et 3 ou 4 ampères.)

La préparation est assez longue, il en résulte une pulvérisation extrême, ultra-microscopique. On remarque à l’ultramicroscope des petits grains d'argent animés de mouvements browniens. RAY

V. Henri et M'!° Cerxovopranu ont démontré que l’activité thérapeutique et physiologique de ces solutions dépendait de

(1) Employer de préférence de l'eau séérilisée.

la petitesse des grains, et que celle-ci était en rapport avec la couleur de la solution ; les solutions d'argent colloïdal électrique peuvent être de couleur rouge brun ou verdàtre, suivant que les grains sont plus ou moins gros (les solutions rouge-brun correspondent aux plus petitsgrains, les solutions vert-grisàtre aux plus gros.)

Les solutions à petits grains sont les plus actives ; or des variations minimes de force électromotrice, de courant, de longueur d’étincelle, de grosseur d’électrodes, de température de l’eau, etc... suffisent à modifier la couleur des solutions.

Cuix prépare des solutions d'argent (électrargol), de platine (électroplatinol), d'or (électraurol), de palladium, de mercure, etc, à petits grains, stabilisées (1) et rendues isotoniques. La stabilisation et l’isotonisation, ainsi que l’a démontré V. Hexrt (2), ne modifient ni le pouvoir catalytique de ces solutions, ni leur puissance bactéricide.

Ces solutions ne doivent pas être conservées longtemps, car elles perdraient leurs propriétés; la chaleur les décompose ; vers 120°, l'argent colloïdal perd ses propriétés thérapeutiques.

Toutefois, étant employées en injections intraveineuses, ces solutions doivent être préparées très aseptiquement et ren-. fermées dans des ampoules stériles.

J'ai parlé, chemin faisant, de diverses substances qu’on ne peut que préparer aseptiquement, sans leur faire subir de stérilisation réelle : huile grise, mélanges mercuriels altérarables à chaud, éther, etc... Je n’y reviendrai pas. Je me contenterai seulement d'ajouter à cet exposé, une courte liste comprenant les substances dont il n’a pas été question au -cours de ce travail.

(4) Les solutions de collargol aussi peuvent être stabilisées, par exemple -en les additionnant d'albumine à 4 p. 100 environ, de gélatine, ete.

(2) Voir entre autres articles celui des C. R, Soc. Biol., XLVI, P- ue

IV. — LISTE ALPHABÉTIQUE DES SUBSTANCES INJECTABLES NON CITÉES DANS LE COURS DE CE TRAVAIL, AVEC LEUR MODE DE STÉRILISATION

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