V. — QUELQUES INCOMPATIBILITÉS OBSERVÉES AU COURS DES STÉRILISATIONS
Les sels d’alcaloïides sont incompatibles avec les solutions de carbonates, bicarbonates, sulfates, chlorures, ete.. si le liquide résultant a une réaction alcaline.
Les solutions de chlorhydrate d'apomorphine et dejsulfate ou salicylate d'ésérine sont incompatibles avec les alcalis ou les sels alcalins,
Les solutions d’atoxyl également.
Une solution contenant par centimètre cube 08r,05 arrhénal et 05,10 glycérophosphate de soude donne à 100° un très léger louche.
Une solution contenant par centimètre cube Gsr,05 arrhénal et 0£",002 cacodylate de strychnine donne un précipité.
Une solution contenant par centimètre cube 06r,05 arrhénal et 06',001 ou Ogr,002 sulfate de strychnine donne un précipité.
En employant dans les essais précédents, comme Sohienlé de l’eau glycérinée (glycérine : Ocmë,1; eau : 0°"5,9) : mêmes résultats.
Une solution contenant par centimètre cube 08,05 cacodylate de soude et 08,001 sulfate de strychnine donne un précipité.
Une solution (dans l’eau simple ou glycérinée) contenant 08,05 cacodylate de soude et O&r, 002 cacodylate de strychnine également.
‘ Au contraire, des solutions contenant : cacodylate de strychnine : un demi
milligramme, et glycérophosphate de soude : 08',10 (1), ou : cacodylate de strychnine : 08r,002 et glycérophosphate de soude : 08r,20, ne précipitent pas quand on les chauffe à 100° dans de bons verres.
Le cacodylate de soude est incompatible avec le formiate de quinine, certains alcaloïides (sulfate de strychnine, etc.)
Les solutions de sels de mercure sont incompatibles avec les solutions alcalines (phosphates, borates, ete.)
Les solutions de glycérophosphate de soude sont incompatibles avec le chlorhydrate, le chlorhydrosulfate, le bromhydrate de quinine, et aussi avec un mélange de cacodylate et de sulfate de strychnine.
Les solutions de sulfate de strychnine sont incompatibles avec le glycérophosphate de soude, le cacodylate de soude, les sels alcalins.
Les solutions de bromhydrate de cicutine sont incompatibles avec le alcalis et les sels alcalins.
Les solutions de benzoate de mercure (à 1 ou 2 p. 100) additionnées par centimètre cube de plus de 0,004 de chlorhydrate de cocaïne précipitent.
Les solutions de büodure de mercure dans l'huile, sont incompatibles avec la cocaïne (base), l’eucaine ou la stovaine.
L'huile de vaseline au calomel additionnée de cocaïne noircit.
Le biiodure de mercure dans l’huile d'olive non lavée à l’alcoot fournit un précipité (oléate de Hg?).
L'iodure de sodium (s’il renferme des traces d’iode ou s’il est exposé à la lumière) est incompatible avec les alcaloïides (la spartéine par exemple).
Le collargol et l'argent colloïdal électrique sont incompatibles avec certains sels : chlorures, sulfates, ete., ou certaines substances tanniques.
Le nitrate d'argent est incompatible avec les chlorures, bromures, iodures, sulfates, carbonates, phosphates alcalins, et en général avec les matières organiques.
L'acide chromique est incompatible avee les substances organiques en général, la glycérine,letannin, l’aleool, l’éther, l'ammoniaque,l’eauoxygénée,
L'arséniate de soude et l’arséniate de potasse avec les sels de fer et de magnésie,
Le salicylate de soude avec les alcaloïdes, (cocaïne, stovaïne, etc.)
Selon certains auteurs, il y aurait incompatibilité entre l'Eau de Laurier cerise et les sels alcaloïdiques, le chlorhydrate de morphine notamment. En réalité, et selon F. ne MYTTENAERE (2), c’est aux traces de cuivre, que renferment les eaux de Laurier-cerise qui ont été distillées dans des alambies ordinaires,qu'ilfaudraitattribuerles précipitations qu’on a parfois observées.
Influence de la composition du verre dans la pratique pharmaceutique, et plus spécialement au point de vue de la stérilisation des liquides injectables.
Il était utile, à mon avis, de consacrer à la composition des verres et à leur influence au cours des stérilisations un chapitre d'ensemble. È
(1) Le cacodylate de strychnine se dissout difficilement dans l’eau, mais beaucoup mieux en chauffant avee du glycérophosphate de soude.
(2) L'Eau de Laurier-cerise (Revue pharmaceutique des Flandres, août 1910) d'après Bull. Comm., P. C., 38° année, p.477.
Le sujet a été effleuré, notamment à propos des solutions de morphine, de cocaïne, et à propos des sérums artificiels. Mais il mérite d’être traité plus en détail, et sa place vient naturellement à la fin de ce travail, en manière de conclusion.
La composition du verre peut se modifier à l'infini ; aucun verre cependant n'est capable de résister à l’action prolongée de l’eau.
Les verres, disent Myuus et Færsrer (1), sont décomposés par l’eau avec formation d’alcali libre et de silice ; une partie de celle-ci (variable avec le temps, la température, la concentration et la nature du verre) étant hydratée par l’alcali et restant dissoute.
Cette altération par l'eau se produit plus ou moins rapidement suivant la nature du verre.
Ce qu’on appelle verre soluble, produit facilement fusible, pourrait être considéré comme le verre le plus altérable ; il se compose de silice et d’alcali, sans addition d'oxyde terreux.
Au contraire, le verre de quartz, obtenu par fusion de la silice pure, n’est pas altérable, car il ne contient pas d’alcali. Il ne subit aucune action de la part de l'eau (2). I est vrai d'ajouter que ce n'est plus du verre proprement dit. Mes essais sur la stérilisation des solutions de chlorhydrate de cocaïne m'ont permis de constater cette résistance particulière de la silice fondue.
Entre ces deux types extrémes se placent les differents verres utilisés dans la pratique. ;
Les verres à forte teneur en alcalis et teneur faible en matières terreuses sont les plus attaquables; et cela d'autant plus qu'ils se rapprochent davantage du verre soluble dépourvu de sels terreux.
Mvuus et Fœnsrer ont observé que les verres à base de potasse sont bien plus solubles que ceux à base de soude, mais qu'à mesure que la quantité de chaux augmente, la différence de solubilité entre ces deux sortes de verres s'évanouit.
I1 semble donc que dans les verres, qui sont de véritables silicates doubles alcalino-calciques, les alcalis sont retenus grâce à la chaux.
Revenant encore sur ce sujet à propos de la composition et
(4) Bull. Soc. Chim., [3], IL, p. 499; 1889.
(2) Moniteur Quesneville, juin 4909. « Sur l’altération du verre » (Mylius).
du choix des verres destinés aux usages chimiques, Myrivs et Fœrsrer constatent qu'il ne suffit pas qu'un verre soit riche en silice, il faut encore que les alcalis ne soient pas en trop grande proportion par rapport à la chaux. Selon eux, la meilleure proportion paraît être de 1,3 à 1,5 molécule d'alcali (Na,K)°0 pour 1 molécule de chaux (1).
Dans une autre note (2), Fœrsrer donne pour le verre le plus résistant à l’action de l’eau ou des solutions alcalines, la formule R?0,Ca0,1Si0* (renfermant poids égaux de potasse et de soude).
LecreniER (3) qui a constaté également que la dureté des verres va en augmentant avec l’accroissement de la teneur en chaux et la diminution de la teneur en soude, pour une même quantité de silice, a, en outre, observé que l'acide borique, introduit à la place d’une certaine quantité de silice, communique au verre une grande dureté.
KoncrauscH (4) a mentionné des verres d’Iéna exempts d’alcalis et moins attaquables que les meilleurs verres usités Jusqu'à celte époque (5).
Pour ma part, j'ai expérimenté un verre fabriqué à Iéna par la maison Shott et Genossen.
Ce verre, recuit dans des gaz combustibles mélangés d'acide sulfureux (ce qui a pour effet d'augmenter encore la résistance du verre), n’a cédé aucune alcalinité à l’eau, üu moins après 20 minutes d’autoclave à 120° (6). Cette absence d’alcalinité a été vérifiée au moyen de l’alizarine sulfoconjuguée.
(4) Bull. Soc. Chim., [3], p. 688 ; 1892.
(2) 1bid., [3], XIE, p. 212; 1894.
(3) 1bid., [3], XXXIV, p. 1090; 1905. |
(4) 1bid., [3], XIE, p. 214; 1894. Ces verres sont à base de silicoborate de baryum avec un peu d’alumine et d’oxyde de zinc.
(5) Le Dictionnaire de Würtz (2e Suppl.) mentionne les formules suivantes pour les verres borosilicatés fabriqués à Iéna sous les noms de 59 III, 16 III, etc.
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Ces verres résistent bien aux brusques changements de température, (6) On a utilisé des ballons de 400cm3 longuement lavés à l’eau acidulée d’abord, puis à l’eau distillée neutre.
Myuus à eu recours à un autre indicateur également très sensible : la solution éthérée d’iodoéosine (0£,10 iodoéosine CHSIO* pour 100% d’éther saturé d’eau). Il a pu constater ainsi, qu & chaud et même à froid, tous les verres, à la longue, abandonnent à l'eau une certaine quantité d'alcali.
Les dosages de Mxuus ont été effectués sur des surfaces mesurables ; la quantité d'alcali a été évaluée en milligrimmes de soude et rapportée au mètre carré.
En outre, Mxrivs a eu soin d'opérer sur des verres préalablement nettoyés (1), pour se mettre à l'abri d’une cause d'erreur possible : la différence de composition entre la partie superficielle du verre et sa profondeur. Chacun des verres était ensuite soumis à l’action de l’eau à 18°, pendant une semaine.
Les chiffres obtenus donnent une mesure moyenne de l’altérabilité à froid.
À chaud, celle-ci est beaucoup plus rapide. Je donne également dans le tableau ci-dessous, les chiffres obtenus après un traitement de trois heures par l’eau à 80°.