CHAPITRE VI
STÉRILITÉ D'ORIGINE BLENNORRAGIQUE CHEZ LES UNIPARES
En occasionnant un déficit considérable dans le nombre total des naissances, la stérilité des unipares apparaît comme un péril social d’une grande importance. Cette sorte de stérilité doit donc nous arrêter un instant.
Comme l'exige notre sujet, nous rechercherons seulement dans quelles conditions peut intervenir l'infection gonococcique dans la pathogénie de l’infection secondaire. Nous éliminons tout de suite les pratiques malthusiennes si couramment employées dans beaucoup de ménages pour restreindre à l’unité leur descendance directe.
L'infection gonococcique peut-elle déterminer après l'accouchement des désordres capables d'expliquer la stérilité secondaire ? Les considérations qui vont suivre nous permettront de répondre à cette question qui est la clef du problème,
Un grand nombre d’auteurs ont aflirmé que Pavortement ou l’accouchement pouvaient diffuser rapidement dans l’utérus et ses annexes une blennorragie
P.-E. Bertrand 9
jusqu'alorslimitée au vagin. Cette diffusion survenant
au cours du post-partum, s'accompagne assez SOu-
vent d’une légère réaction locale et parfois de quel-
ques symptômes thermométriques (1) qui peuvent
en imposer, dans certaines circonstances, pour de
véritables accidents puerpéraux. C’est la métrite
puerpero-gonorrhéique ou endométrile gonococ-
cique puerpérale qui diffère en général de l'infection
streptococcique par la moindre gravité de ses consé-
quences immédiates. Elle se distingue d’emblée de la
métrite puerpérale par l'abondance des écoulements
eisa moindre tendance aux hémorragies. Krœnig et. Menge ont pu déceler le gonocoque dans les lochies. et Neumann le découvre dans la muqueuse même de
l'utérus puerpéral.
Beaucoup d'auteurs ont étudié les particularités que pouvait présenter la puerpéralité chez les femmes blennorragiques.
Giles, en 1871, insiste sur les accidents puerpéraux dont les femmes blennorragiques sont victimes et en rapporte deux exemples où une contagion d’origine marilale est certaine.
Un an après, paraît l'étude de Nœggerath (2) sur la blennorragie latente chez la femme où l’auteur nous montre les conséquences que peut avoir la blennorragie sur les suites de couches.
1. Fruhinsholtz, la Blennorragie dans ses rapports avec la grossesse el la puerpéral, th. de Nancy, 1901-1902. 2. Nœggerath, Die latente gonorrhæ, Bonn, 1872.
« La femme devient enceinte, dit-il, mais elle se plaint pendant la grossesse de douleurs dans le basventre. Cette femme accouche et l'accouchement est suivi d’une endométrite grave et de périmétrite avec prédominance de l’une ou l’autre de ces localisations. Le développement de ces inflammations peut se faire ou bien tout de suite après l’accouchement, ou bien, ce qui est plus fréquent, après huit ou quinze jours ou même six à huit semaines. » I! apporte 16 observations à l’appui. Macdonald (1) en publie une nouvelle série : sur 7 femmes atteintes de blennorragie, 2 fois seulement la puerpéralité est normale.
Ainsi, il paraît y avoir quelquefois à la suite de l'accouchement une diffusion rapide de l'infection gonococcique. « Rien n’est plus fréquent, dit Verchère (2), que de voir des accouchements pratiqués aussi antiseptiquement que possible, laisser après eux des endométrites auxquelles on ne peut trouver d’autres causes qu’une métrite cervicale antérieure. » Une blennorragie latente ou atténuée peut récupérer, à l’occasion d’un accouchement, une virulence nouvelle et se propager dans la cavilé utérine
Mais nous avons vu que cette endométrite gonococcique puerpérale présentait une symptomatologie assez fruste et peu de gravité, du moins immé-
1. Macdonald, Latent Gonorrhœæa with special Relation on the puerperal state (Edimb. Med. Journ., juin 1873). 2. Verchère, loco citato, t. Il, p. 17.
diate. Cependant, elle peut revêtir, dans certains cas, une allure sérieuse, voire même mortelle. Il s'agit alors d’une véritable infection puerpérale à gonocoque, comme on peut s’en rendre compte en lisant les observations d'Hoffmeier,Schræder,Burr et Krænig. Ces auteurs en ont rapporté un cas chacun. Fruhinzoltz (1) les a réunis dans sa thèse inaugurale. Ces infections mortelles sont donc des faits exceptionnels; cependant le D° Jullien (2) a été mainte fois frappé par la coïncidence d’une blennorragie chronique du mari avec la mort de l’épouse par infection puerpérale. Y a-t-ileu, dans ces cas, simple coïncidence ou relation de cause à effet? S’agissail-il d’une infection puerpérale gonococcique pure ou d’une association streptococcique ? L’on sait en effet que le diplococcus de Neisser paraît favoriser l'infection streptococcique. En tout cas les associations polymicrobiennes, maintes fois, sont un facteur de gravité (Achalme).
Quoi qu'il en soit, l’on sait que l'infection streptococcique détermine une métrite ; elle peut s'étendre aux annexes et devenir ainsi, quoique plus rarement et d’une façon moins permanente,une cause de stérilité.
Néanmoins si l'infection streptococcique était très fréquente cette fréquence restreindrait singulièrement le rôle du gonocoque dans la pathogénie des