Jullien, Blennorrag'ie et mariage. Paris
stérilités secondaires. En est-il ainsi ? Dans quelle mesure faut-il incriminer le streptocoque dans la pathogénie des lésions qui peuvent entraîner la stérilité chez les unipares ? C’est ce point qu'il convient d’éclaircir.
La chose n’est pas toujours très simple car une infection dûment streptococcique peut apparaître sur un utérus atteint de blennorragie; il est alors particulièrement difficile de préciser le rôle de chaque élément infectieux. De l’étude des conditions d’existence du streptocoque et du gonocoque dans le canal génital de la femme, il semble résulter que le gonocoque favorise l'infection streptococcique. Il ne faut pas oublier en effet que le streptocoque est un hôte tout à fait accidentel de la cavité vaginale. Il y est apporté de l'extérieur par une exploration manuelle ou instrumentale pratiquée sans asepsie et les mesures de prophylaxie prises à notre époque rendent de plus en {plus rare ce mode de contage. Enfin, alors même que le streptocoque aurait pénctré dans la cavité vaginale, pourrait-il s’y développer aisément ? Les travaux de Krœnig démontrent que le streptocoque s’y trouve dans des conditions défavorables. En effet les sécrétions vaginales dela femme enceinte sont douées de propriétés microbicides puissantes et qui leur attribuent une vertu spéciale : l'auto-aseptisation (Selbstreinigung). C'est le col surtout qui paraît jouir de cette propriété bactéricide. L'orifice externe du col marque, en eflet, dans les conditions normales, la limite entre le segment bac-
térifère du canal génital (vagin)etlesegment dépourvu de germes (utérus et trompes).En prenant les précautions les plus minutieuses pour éviter tout traumatisme, Krœnig et Menge (1) ont mis des microbes de virulence variable en contact avec la muqueuse saine du canal cervical chez des femmes enceintes.L’expérience a été faite, notamment avec un streptocoque très virulent.jamais les auteurs n’ont provoqué d’accident et tous les microbes introduits avaient disparus du col au bout de soixante-dix heures au plus tard. Ainsi le mucus cervical est très bactéricide. Les recherches de Hallé (2) viennent confirmer l'opinion de Krœnig et de Menge.
Bien plus, Dœderlein (3) a montré que les microbes pyogènes ne peuvent se développer qu’en milieu alcalin. Or, le vagin est acide et cette acidité serait due à une bactérie produisant de l’acide lactique. D’après Witte (4) les sécrétions normales du vagin renferment 0,795 0/0 d’acide lactique, alors qu’une proportion de 0,07 o/o de cet acide suffit pour détruire le staphylocoque et pour empêcher le développement du streptocoque.
Ainsi dans les conditions habituelles, le streptocoque périt rapidement dans la cavité vaginale. Il
1. Menge et Krænig, Bacteriologie des Weibl. Genital canales. Leipzig, 1897.
Fi Hallé, Recherches sur la bactér. du canal génital de la femme. Thèse de Paris, 1898.
3. Düderlein, Das Scheidensecret und seine Bedeutung fur das puerperal Fieber. Leipzig, 1892.