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DES ECHECS

Payons d'abord, avant d'entrer, un franc au tourniquet, et nous paierons ensuite un tribut d'admiration légitime et de crainte au canon de 50,000 kilogrammes. Émerveillonsnous de l'art avec lequel on élève les lapins pour les^transformer en chapeaux. baron Brisse, vous ne sauriez enlever une gibelotte plus rapidement que ne confectionne un feutre l'ingénieux mécanisme destiné à nous fournir des couvre-chef! Savourons un instant les délicieux écrits que distribue gratuitement la Société évangélique. Paraphrases de la Bible que colporte un adorateur du prophète. Allah ! allah! de quel œil vois-tu cette profanation? Mais quelles merveilles ne voit-on pas à l'Exposition!... Je prête une oreille distraite au charivari tunisien, doux souvenir pour ceux qui en Afrique ont entendu les concerts du chacal, et non moins fatigué qu'Isaac Laquedem, le bottier légendaire si connu à Bruxelles, je me propose de terminer une journée déjà bien remplie par une visite au sanctuaire des Échecs. C'est là qu'est rassemblée l'élite des Joueurs de l'Europe. M. Anderssen manque seul au rendez-vous. Le Dieu qui a fait des loisirs à tant de princes en Europe, lui a refusé le congé nécessaire; on pourra lui dire aussi... Pendstoi, brave Grillon !

Remercions d'abord les membres de là Commission qui ont bien voulu ouvrir aux profanes l'entrée du temple moyennant une faible rétribution. Grâce à eux, grâce aussi

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à Tobligeance inépuisable de M. X..., nous avons pu assister à des luttes intéressantes et connaître chacun des champions.

Je ne dirai rieq du palpn, qqi ressemble à tous les salons du monde. t)Di|z^ Utile! garnies de leurs Échiquiers Sont dressées à des intervalles égaux. Un sablier, placé à la droite de chaque joueur mesure le temps qui est accordé, et mal- }idUb $u^ Inéditatioils trop prolongées, elles sont punies d'une HiTiende 4e ^iilgt francs.

A ^atiohej enfentrftilt, se dressé la ôotipe en porcelaine dfe Sèvres, prix offert par la munificence impériale au vainqueur du tournoi. Cette coupe, comme le bouclier d'Achille, demanderait une description en règle, mais je renvoie, et pour cause, le lecteur curieux, à l'objet lui-même. Je dirai seulement, qu'elle occupe dans la série des chefs-d'œuvre fabri(jiiés à Sèvres, la toôme |jlacë»que le rossignol t)armi les oiseaux chanteurs. C'est une coupe où Pantagruel aurait pu se désaltérer après savictoire sur l'immense Loup-garou, et qui rappellera au vainqueur dii Tournoi la défaite de géants bien autrement redoutables.

Toiit effrayé du brtiit que mes pds faisaient sur le {)arqilët, J'abordai silencieusement M. X..., occupé pour le moment à suivre les péripéties d'une partie considérable. Je m'assis près de lui, pour examiner le champ de b&tûille èl la situation respective tles forces. Les Blancs avaient Utie pièce de moins, mais ils conservaient l'attaque^ et leur disposition était menaçante podr l'cnhemi; il ii*agissftit éHdemment d'un coup décisif, car un sablier et demi f\it vidé avant qu'une pièce fût déplacée. Les Blancs, par une combinaison magistrale, ramenèrent l'équilibre numérique et restèrent mêitie avec lin Vion de plus, mais cet avantage fut insuffisant pour assurer le gain de la partie, qui fee termina par Une nullité. Au dire des amateurs, cette fin de partie à été très-habilement conduite par les Blancs, un instant compromis par le sacrifice d'une pièce.

J'attirai alors mon introducteur dans un coin du salon^ et lé priai dé inc faire coiinaitre le liom de chacun dès * joueurs. Les deux rivaux que nous venons de Voir aux pH* ses, me dit-11, sont : l'un Un Polonais, dont Ife ilom UéVoUs est sans doute pas inconnu, M. Rosenthal; utie ohgaiiiSatiôH fine, UU jeu brillant, une imagination charmante, secoildée pà? Une connaissance apptofondld des débuts. Malheureusement trop nerveux et trop Impressionuable, il n'a p;js le

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calme et le sangfroid i;iécessaires dans une lutte de cette importance, et, quoiqu'on puisse le classer parmi les premiers, il n'a aucun espoir d'atteindre à un des quatre prix.

Son adversaire est M. Neumann, un Prussien, habitué de longue main aux atomes perfectionnées qu'il manie admirablement. Nul, mieux que lui, ne désarçonne un Cavalier ou ne démolit une Tour? il est en ligne pour le troisième prix.

Voyez inaintenant, — car vous me faites jouer le rôle du vieux Gapanée, — ces deux personnages, entourés d'ungroupe nombreux d'admirateurs, ce sont MM. Arnous de Hivière etKolisch; le premier a maintenant le sceptre des Échecs en France et compte parmi les plus forts joueurs de l'Europe. Cependant, tin éloigiiement momentané des Échecs, occasionné par des travaux plus sérieux, peut lui être fatal. Qui sait? un Ganibit nouveau et une variante rajeunie seront peut-être sur sa route autatit de pierres d'achoppément.

M. Kolisch a lutté avec les joueurs les plus célèbres du monde entier; il a môme provoqué Morphy, l'illustre champion américain, qui a parcouru en triomphateur les deux hémisphères. Mais le gant n'a pas été relevé, au grand regret de tous les amateurs. Dans le Tournoi actuel, la place de M. Kolisch est fixée dans l'opinion presque unapime des amateurs, et cette place est là première^ circonstance qui contribue à rendre extrêmement animées les parties faites contre lui. Chacun cherche dans une victoire contre lui à rehausser l'éclat de sa réputation. Jusqu'à présent, deux joueurs seulement y sont parvenus. Une grande pfofondeuf, uhe correction irréprochable, un sangfroid que rien ne peut alterner* telles sont les qualités de ce redoutablfe a|hlàlè.

Tout auprès de ce groupe, vous voyez l'Angleterre aux

f)Hsës avec l'Espagne. Ce champion anglais es); un tout eune hotîime, M. de Vère ; il représente dignetîierit la patrie de Mâc-Donnel. Son jeu a toutes les qualités qui distinguérit lès Ariglèlis : savoir, ténacité, pénétration. Avec du temps et plus d'expérience, M. de Vère peut aspirer aux premiers rangs* Dans le Tournoi, sa place sera honorable^

M. Qolraayb, espagnol dô distinction, a toute la solidité

d'uti maître. Ses conceptions sont feaVarites dans l'attaque,

ingénieuses dans la déferise^ Galnie, froid, iitipferturbable, il

donne ou reçoit le mat avec la même impassibilité.

A droite de iloùs, voici MM. Steihitz et Winawèr; le pre-

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mier est un Autrichien qui biitt^nt M. Andersscn à Londres, à peu près à Tépoque où la Prusse baftait TAutriche à Sadowa.^ Bien que ces deux victoires n'aient pas eu les mêmes conséquences, celle de M. Steinilz n'en est pas moins des plus glorieuses et a mis le sceau h sa réputation. Je ne dirai qu'un mot pour le peindre; c'est que M. Kolisch le considérait comme son adversaire le plus redoutable.

M. Winawer, comme M. Rosenthal, est Polonais. Inconnu hier encore, voilà son nom inscrit dans le panthéon des Échecs, et si le premier prix du' Tournoi lui échappe, il aura sûrement le second. M. le prince Galitzin, qui habite Varsovie, a bien voulu donner quelques détails sur cet amateur aussi savant que modeste. Venu à Paris pour ses affaires, M. Winawer ne s'est décidé à concourir pour le grand prix, qu'après avoir ni, au café de la Régence, quelques parties de MM. Kolisch, Steinitz et Rosenthal. Il lui sembla alors qu'il pouvait, sinon aspirer à la victoire, du moins faire une défense honorable, et le résultat a dépassé ses prévisions. Son jeu, jusqu'à présent, ne peut être parfaitement apprécié; mais ce qui lui est acquis, c'est uncf solidité à toute épreuve. Il formerait ainsi un contraste avec le jeu des autres joueurs polonais, qui brillent plutôt par l'imagination que par la profondeur.

A la table suivante sont MM. Loyd et Czarnowski. Vous connaissez l'ingénieux compositeur de problèmes. Tous ceux qui s'adonnent à cette branche des échecs ont admiré la grâce et la beauté de ses productions. Cette faculté plus qu'ordinaire devient un péril dans une partie avec un joueur de première force. Toujours préoccupé du mat, M. Loyd sacrifie quelquefois une bonne position à cette perspective agréable mais fallacieuse.

M. Czarnowski complète dignement la série des joueurs polonais. C'est l'imagination la plus brillante, le coup d'oeil le plus rapide, l'organisation la plus accomplie. Ennemi juré de la science théorique, ce joueur se suffit à lui-même. Ne lui parlez pas de la variante Kuucheleff, ou du Gambit Cunningham. A peine connait-il le nom de ces personnages fameux. Mais que de combinaisons charmantes une seule de ses parties voit éclore I Rien de joli, rien d'amusant comme ses luttes avec M. Soliman-al-airi (1), joueur dis-

(1) M. Soliman-al-aîri est un écrivain arabe qui s'est donné la

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tingué du café de la Régence. Quaranie parties dans un après-midi ne sont qu'un enfantillage pour ces messieurs.

Tout à l'extrémité de la salle, MM. le baron d'André et Rousseau sont aux prises. Le premier est le type achevé du gentilhomme français, toujours prêt à dire, comme à Fontenoy : Tirez les premiers, Messieurs les Anglais. La France compte peu de joueurs de sa force.

M. Rousseau est un vétéran de l'école de Kiéséritzky, le fondateur de la Régence ; il luttait à armes-égales avec ce joueur hrillant et paraît n'avoir rien perdu de sa force.

Voilà, je crois, naon dénombrement achevé; ce léger crayon suffira pour vous faire connaître à peu près chacun des concurrents et vous donner la mesure de l'intérêt qui s'attache au. résultat de la lutte.

— Je vous en remercie, lui répondis-je, mais nous autres, provinciaux tatillons, nous aimons à critiquer un peu... Quelque chose dans les conditions du combat ne m'a pas semblé très-correct. Le vainqueur sera celui qui aura gagné le plus grand nombre de parties, sans qu'il soit tenu compte des perdues ou des nulles. De telle sorte, que vous placeriez sur la même ligne deux joueurs qui auraient gagné chacun quinze parties, l'un en ayant perdu, l'autre en ayant annulé dix.

— Je suis de votre avis, répondit M. X..., et nous nous séparâmes. / -

Ernest Nivernais.

mission de faire comprendre à ses compatriotes que la civilis&tion européenne l'emporte sur la vie patriarcale, autant que la locomotive sur le chameau .

tl0 tA bîRATéGIE

PARtlES D^ÉTUDE

BKS B£tia^ FOUS

Ce début, comtne le précédent, est peu connu, il à %té fort peu expérimenté, et il serait nécessaire pour en détertniner la valeur réelle d'une étude pratique longdç et suivie.

Dans notre Stratégie raisonnée, 2* édition, nous avons dit que les Noirs, en raison de leur supériorité numérique, devaient gagner. Jusqu'à preuve contraire, nous le pensons j toujours, malheureusement la partie que nous donnons, la \ seule que nous ayons jusqu'à présent sur ce début ne nous j donne pas complètement raison. Dans cette partie, lesNoirà gagnent, il est \rai, mais ifs n'arrivent à ce résultat que par tin coup à la fois habile et heureux; ce piège subtil pouvait être évité, et la partie eût été forcément nulle. Nous nous réservons de revenir sur ce début, et s'il survient quelque ôhose de nouveau nous tiendrons nos lecteurs au courant.

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