Deutsche Grammatik, l, p
3. « Distinguer les dififérentes couches, » dit Bréal (Mythe d*OEdipe, p. 14), à propos de la Mythologie comparée, science de la même famille.
nous conduit maintenant beaucoup plus loin qu'on ne pouvait le prévoir au premier coup d'œil. Quand Buttmann prononça ce mot hardi pour son époque, que l'aoriste second était la forme la plus ancienne et l'aoriste premier la plus nouvelle de ce temps, il ne croyait pas avoir fait autre chose qu'une remarque sur l'histoire de la langue grecque. Mais comme depuis ce temps on a reconnu absolument les mêmes différences dans toutes les autres langues indo-germaniques, il est hors de doute que ces différences sont primitives, qu'elles sont plus anciennes que la séparation des langues. Un mode de formation qu'on appelle relativement nouveau, comme celui de l'aoriste premier, existait déjà en fait avant l'époque où les ancêtres des Grecs, des Romains, des Allemands et des Hindous, émigrèrent, comme peuples distincts, de la patrie commune. Néanmoins, en tant qu'on parle ici> et à bon droit, de formes plus anciennes et plus nouvelles, cette séparation implique une affirmation chronologique pour ce temps très reculé, et dans ce cas du moins, les faits cités suffisent déjà pour prouver au sceptique le plus décidé la possibilité d'une mesure chronologique.
Mais la science du langage se propose encore des fins plus élevées que celles dont nous avons parlé jusqu'ici. Elle ne peut pas se contenter de démontrer les concordances existant entre les langues d'une origine commune ni de distinguer à l'intérieur de ces langues des formations plus anciennes et plus nouvelles. Elle cherche à décomposer en leurs éléments primitife les formes existantes, et à retrouver les fins que poursuit, sans en avoir conscience, l'esprit créateur du langage. Or, l'analyse des formes a donné ce résultat que le système des formes verbales et casuelles, avec ses vastes ramifications, a été réalisé par le langage avec des moyens d'une étonnante simplicité. Un petit nombre de thèmes pronominaux monosyllabiques placés, rarement devant la racine, d'ordinaire après elle, tantôt seuls, tantôt au nombre de deux ou trois, sont les moyens principaux employés par le langage, et partout se représentent les mêmes éléments. Une 5, qui provient du thème pronominal sa^ désigne le nominatif singuher; le même élément, primitivement peut-être répété deux fois, désigne le nominatif pluriel, et c'est encore cette s que nous rencontrons au génitif singulier. Si on compare le nominatif 6S6-ç et le génitif TcoSéç, on trouve dans les deux formes exactement les mêmes éléments. On peut poser la proportion : hliq : IB = TuoSéç : xeS. Il serait absolument impossible de comprendre comment, malgré cela, la première forme a reçu la fonc-
tion de nominatif et la seconde celle de génitif, si nous n'admettions pas que ces formes ont été des produits de temps tout à lait différents, que le langage a, en des temps différents ^ employé les mêm£S moyens d'une manière entièrement différerUe.
Outre ces syllabes formatives, simples et assez peu nombreuses, que nous avons Thabitude de nommer désinences ou suffixes, nous remarquons encore un petit nombre de modifications intérieures des racines et des thèmes. Une des plus claires est le redoublement. Mais ce redoublement a aussi des fonctions très diverses. 11 caractérise, dans Bt-îi-cx-u) le thème du présent, dans îé-Ba-a celui du parfait, dans îé-îa-o-v celui de Taoriste. Peut-on penser que le même moyen ait servi dès le principe à des fins si diverses? Certainement non. Evidemment l'intention du langage, dans l'emploi du redoublement, n'a été à l'origine que de faire ressortir la syllabe redoublée. Les distinctions ne se fixèrent que plus tard, quand ces formes si variées se furent posées par couches. Car si les difiérentes parties du système phonique exercent une influence l'une sur l'autre, les diverses formes du langage agissent l'une sur l'autre à un plus haut degré encore, se limitent et se déterminent mutuellement par leur usage.
Dans la syntaxe même il est indispensable de distinguer soigneusement ce qui est antérieur de ce qui est postérieur. Personne ne perd plus son temps aujourd'hui, comme c'était la pratique imiverselle il y a cinquante ans, à faire dériver l'usage d'un cas ou d'un mode d'une idée fondamentale qu'on supposait toute formée dès le début et qu'on cherchait à découvrir philosophiquement par l'emploi de catégories. Il n'échappe plus à personne que de telles idées fondamentales sont de pures formules uniquement dues à l'abstraction et supposant une langue déjà raffinée et capable de marquer avec précision les nuances les plus délicates. Celui qui aujourd'hui étudie la nature de la proposition infinitive en grec, ne négligera pas d'observer le développement graduel de cette construction qui dans Homère est encore d'un usage restreint, et qui s'explique facilement par la prolepse, conformément aux habitudes de la syntaxe grecque. Il reconnaîtra clairement dans les phénomènes analogues d'autres langues, de l'allemand par exemple, les commencements plus simples de constructions de cette espèce, d'où n'est sorti que par un perfectionnement insensible un usage plus hardi et plus délicat. Car ici aussi la tradition originale de chaque langue en particulier a besoin d'être complétée par le témoignage d'autres langues de
la même femille. La distinction du subjonctif et de l'optatif n'en est pas encore arrivée dans Homère à cette netteté que nous observ^ons chez les Attiques. Mais si nous allons plus loin et que nous sortions de la langue grecque, toute différence appréciable de signification entre l'optatif et le subjonctif cesse. Quoique nous ne soyons nullement de l'avis que les formes du langage aient jamais servi à une autre fin qu'à l'expression de différences de sens positivement perçues, cependant le temps où le langage a reçu une empreinte logique plus précise, le temps de la différentiation et de l'exacte délimitation de l'usage, est sans contredit infiniment postérieur à celui de la création des formes. Outre les aptitudes plus ou moins grandes des différents peuples pour le langage, les circonstances extérieures les plus variées, par exemple la perte de certaines formes, effet de la décadence phonique, et le besoin de compenser ces pertes, ont exercé ici leur influence. Ce simple feit que les deux langues classiques ont de très bonne heure perdu l'instrumental est de la plus haute importance pour l'intelligence de l'usage des cas. La perte de l'augment dans les langues italiques explique plusieurs des différences les plus essentielles que présente l'usage des temps en latin, relativement au grec. Néanmoins l'usage qu'on a fait des formes est encore plus diflScile à expliquer que leur origine. Cela vient de ce que nous sommes encore bien plus dépourvus de témoignages antéhistoriques sur le premier de ces points que sur le second. Par témoignages antéhistoriques j'entends ceux qui sont antérieurs aux documents littéraires.
Je n'ai cherché ici qu'à indiquer comment les faces les plus diverses du langage peuvent être traitées chronologiquement. Mais nous ne pouvons nous contenter de nous servir de cette méthode dans le détail; il faut, par une tentative plus haute et plus hardie, essayer d'ordonner chronologiquement l'histoire des langues indo-germaniques dans leur ensemble, c'est-à-dire de la partager en périodes. On peut établir cette division de deux manières : d'abord au point de vue ethnographique. C'est ce genre de division qu'on a le plus souvent tenté. En se plaçant à ce point de vue, on obtient deux périodes principales : la première celle de Yunité, la seconde celle de la pluralité, qui sort par un développement graduel de cette unité. Pour la première de ces grandes périodes. Sonne a, le premier que je sache, proposé le nom de « proethnique ^ . » L'expression est assez heureuse