Compendium, 2* éd., § 206, p
commenœment. Tandis que Bopp, dans son analyse de la structure du langage indo-germanique, ne va pas au-delà de ce dualisme, et que Heyse, Steinthal et d'autres encore s'y arrêtent aussi, l'identité primitive des deux sortes de racines a été récemment plus d'une fois affirmée, et pour la première fois que je sache par Jacob Grimm S ensuite par Schleicher dans son Compendium ', et d'une façon encore plus décidée dans son traité Ueber Nomen und Verbum ^, et par Benfey dans les dissertations citées dans l'appendice. Il serait peut-être très difficile de décider cette question. Personne jusqu'ici n'a expliqué d'une manière convaincante l'origine d'un pronom par une racine verbale. C'est encore pour les pronoms personnels qu'on a avancé les conjectures les pjus séduisantes ; mais on réussirait peut-être moins bien pour les autres. Les langues qui ne connaissent pas la différence du nom et du verbe sont nombreuses, mais y a-t-il bien une langue sans pronoms? Cette question peut d'autant mieux être écartée ici, qu'il est parfaitement établi que le dualisme devait exister déjà dans les temps les plus reculés de la vie du langage indo-germanique, et avant toute création de formes ; car la structure entière des langues de notre race repose sur la combinaison variée d'éléments appellatife et indicatifs. C'est seulement par ce dualisme que se font dans le langage la lumière et les ombres; c'est lui seul qui permet d'assembler les mots d'une manière significative et de remplir ainsi la première condition de tout développement ultérieur.
Mais il ne peut naturellement être question, à ce degré de développement, d'une différence entre le nom et le verbe. Si une racine de la première espèce ne fait que nommer, ou si elle affirme quelque chose (et il n'y a pas d'autre différence entre le nom et le verbe), c'est ce que rien n'indique dans cet état primitif du langage. La racine da peut signifier celui qui donne, ce qui est donné, l'action de donner; mais elle ne peut jamais comme telle signifier d'une manière déterminée : « il donne. » Une pareille affirmation repose toujours sur une synthèse incompatible avec la racine nue. Toute distinction manquait donc entre l'action pour ainsi dire encore à l'état fluide, et l'action immobilisée. C'est ainsi en effet que les choses se passent, comme le montrent avec la dernière évidence les langues dépourvues de formes.
1. Ueber Etymologie und Sprachvergleichung. — Kleine Schiften, I, 312.