‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 1 sur 251 · MANN · texte numérisé non relu

MANN

Page 112, notes, 2e colonne, 9« ligne, au lieu de Pyrrosomes, lisez : Pyrosomes.

Page 112, notes, 2" colonne. 19*^ ligne, au lieu de Cysicerques, lisez : Cysticerques.

Page 201, notes, 2^ colonne, 9'' ligne en remontant, au lieu de Lapins, lisez : Cobayes.

Page 270, notes, l'^" colonne, 11'= ligne et dans l'explication de la figure, au lieu

de fig. 18, lisez : fig. 18 bis.

Page 355, notes, 2° colonne, 8^ ligne et dans l'explication de la figure, au lieu

de Dalempatius, lisez Dalenpatius.

Page 400, notes, l''^' colonne, 7^ ligne, au lieu de Cocoplasma, lisez : Cocco-

plasma.

Page 592, avant dernière ligne et dans l'explication de la figure, au lieu

de fig. 35, lisez : fig. 37.

Page 679, notes, colonne, 3*-' ligne et dans l'explication de la figure, au lieu

de fig. 37, lisez : fig. 39.

Page 738, ligne 3, au lieu de (V. p. 702), lisez : (V. p. 761).

INTRODUCTION

Pour les savants comme pour les peuples rien n'est plus dangereux que de vivre du souvenir des gloires passées et de continuer, sans regarder autour de soi, les errements qui ont autrefois procuré le succès. Pour ceuxci, les rudes leçons de l'histoire leur ouvrent violemment les yeux et après certains réveils il n'est pas à craindre que de longtemps on s'endorme de nouveau. Mais dans les luttes scientifiques les défaites sont moins bruyantes, les revers moins cuisants et, lorsqu'on ne sait pas être sincère avec soi-même, on peut s'illusionner et croire que l'on tient encore la tête lorsque depuis longtemps on s'est laissé distancer.

Le danger n'en est que plus grand.

Soyons donc sincères avec nous-mêmes et cherchons à voir où nous allons dans les sciences biologiques et qu'elle est notre place dans l'histoire de leurs derniers progrès*.

De plus autorisés que moi ont montré ])ien des fois la marche de nos connaissances et comparé leur évolution dans les différents pays. Cela c'est le résultat. Il nous importe moins, pour le moment, que les moyens employés pour les olîtenir. Aussi est-ce sur les méthodes que je veux surtout insister.

11 me semble que l'on peut à ce point de vue distinguer pour la zoologie quatre grandes périodes. La première n'a pour ainsi dire point de commencement. Elle est aussi ancienne que l'homme, et l'antiquité nous montre Aristote l'employant avec un succès qui nous étonne encore aujourd'hui. Elle consiste dans l'observation des formes extérieures, de l'habitus chez les plantes et des mœurs chez les animaux. D'ailleurs on ne

* Sciences biologiques est pris ici au sens étroit. La médecine et la microbiologie sont hors de question.

THÉORIES DE l'hÉRÉDITÉ. 1

INTRODUCTION

s'interdit pas d'ouvrir un animal ou de fendre une fleur, d'examiner avec la loupe les organes de celle-ci ou de porter sous un microscope quelque partie de celui-là. Mais l'étude de l'organisation interne ne va guère au delà. Ces moyens nous semblent bien rudimentaires. Il ne faut pas être injuste à leur égard. L'imperfection des instruments grossissants et l'absence de toute technique à leur usage explique que l'on n'ait pas eu plus souvent recours à eux; et puis, n'était-il pas légitime de s'en tenir à des procédés qui, bien employés, fournissaient d'abondantes moissons de faits nouveaux? N'oublions pas l'admirable Histoire naturelle de Bcf- FON, n'oublions pas surtout que Linnk a fondé avec ces seules ressources une classification générale des Etres vivants dont en somme presque toutes les grandes lignes se sont trouvées justes, ainsi qu'un nombre immense de détails. Une bonne moitié de nos familles sont des genres linnéens. Nous serions fort embarrassés aujourd'hui de faire aussi bien avec des moyens aussi pauvres. Le perfectioiuiement des procédés d'étude semble avoir affaibli en nous le sens intuitif des affinités naturelles comme le microscope a gâté nos yeux.

Cette première période a pris fin vers le commencement de notre siècle, lorsque l'on eut compris la nécessité d'entrer plus avant dans la connaissance des détails d'organisation. Plusieurs sans doute, dès avant, l'avaient senti et tenté, mais c'est incontestablement Cuvier qui le premier en a fait une méthode régulière et l'a mise en pratique avec une persistance et un succès admirables. Les œuvres générales du célèbre naturaliste ont fait plus de bruit que ses dissections; elles ont moins servi la science. Du Discours sur les Révolutions du Globe, il ne reste qu'une œuvre de style, tandis que ses obscures monographies sont des modèles que nous consultons encore aujourd'hui. Cuvier a énormément disséqué et c'est par lui surtout que l'on a su qu'il existait chez les êtres inférieurs, tout comme chez l'homme et les vertébrés avec lesquels ils semlîlent n'avoir rien de commun, un tube digestif avec des glandes multiples et variées, un cœur avec ses vaisseaux artériels et veineux, un poumon ou des branchies, un système nerveux avec ses ganglions centraux, ses nerfs périphériques et ses organes sensitifs terminaux, des glandes génitales avec leurs conduits vecteurs et un luxe parfois étonnant de parties annexes; et tout cela remplissant, avec des instruments tout autrement constitués, mais non moins remarquables par leur structure et leur agencement, toutes les fonctions nécessaires à l'entretien de la vie et à la propagation de l'espèce.

SrR LA DIRECTION DES RECHERCHES BIOLOGIQUES EN FRANCE. ',i

Pendant un demi-siècle, la forte impulsion donnée par Cuvier se continua sans changer d'allures. Johannes Mullkr en Allemagne, Richard OwEN en Angleterre, Henri Milne Edwards en France, suivis d'une pléiade de travailleurs, continuèrent et poussèrent toujours plus avant dans la voie ouverte par le grand naturaliste français. D'ailleurs le perfectionnement du microscope et son application de plus en plus fréquente aux études zoologiques permettaient l'examen d'organismes plus petits et la découverte de détails plus minutieux dans ceux accessibles à la dissection.

Déjà H. Milne Edwards dans ses voyages en Sicile et sur nos côtes, DE Quaïrefages dans son exploration des grèves de la Manche, avaient montré qu'ils sentaient la nécessité d'aller examiner dans leur élément les animaux marins. Mais ces tentatives isolées n'auraient pu avoir ni grand succès en elles-mêmes, ni beaucoup d'imitateurs. Aussi je ne crains pas de dire que la fondation des laboratoires maritimes a marqué une troisième période et constitué une nouvelle méthode aussi importante que les précédentes. Si l'on songe que plus des trois quarts des types d'invertébrés appartiennent au monde de la mer, que le plus grand nombre ne pouvaient parvenir dans les centres scientitiques dans un état convenable pour l'examen microscopique, si l'on songe que tout ce qui concerne leurs mœurs et leur embryogénie ne peut s'étudier loin de la mer, on comprend l'importance de ces créations.

Faut-il rappeler que l'introduction de cette méthode est due à II. de Lacaze-Duthikrs. Grâce à ce savant, les études d'embryogénie marine sont devenues possibles, et l'on sait quel essor immense elles ont pris en peu d'années , quelles clartés inattendues elles ont versées sur la zoologie tout entière. En même .temps et sous l'influence du même homme, par lui-même et par ses élèves, tout ce que peuvent enseigner la pince et le scapel, la loupe et le microscope directement appliqués aux tissus, a été approfondi jusqu'aux limites du possible. Aussi la fondation du laboratoire de Roscojf a-t-elle été le signal de la création d'une multitude d'établissements plus ou moins similaires sur les côtes de tous les pays.

La quatrième période est caractérisée, elle aussi, par une méthode nouvelle d'investigation : la technique histologique ; elle aboutit, elle aussi, à un progrès nouveau, la cytologie.

Certes on savait bien depuis longtemps que pour appliquer le microscope à l'étude d'un animal, il ne suffit pas de placer cet animal au foyer de l'objectif, ni d'en examiner des parties délicatement dilacérées et éta-

INTRODUCTION

lées sur une lame de verre. On savait que des réactifs dissociateurs, éclaircissants, colorants, pouvaient rendre quelques services. Mais qu'y-a-til de commun entre ces moyens grossiers et les admirables résultats auxquels conduisent les coupes au microtome et l'emploi des fixateurs fidèles et des colorations électives? Ces méthodes nouvelles ont décuplé la portée de notre vue dans les recherches d'anatomie microscopique; elles ont permis de pénétrer le mystère de la fécondation, enfin elles ont changé du tout au tout rancienne conception de la cellule, clef de voûte de nos théories sur la vie dans toutes ses manifestions.

Ici je n'ai point un nom français à mettre en relief. La technique microscopique est chez nous d'importation étrangère, surtout allemande. Mais si nous n'avons point découvert la méthode ni ses principaux perfectionnements, du moins ne sommes-nous pas inhabiles à nous en servir et je ne serais pas en peine de citer nombre d'excellents histologistes dont quelques-uns peuvent compter parmi ceux qui ont fait faire ses plus importants progrès à la cytologie et à l'histoire de la fécondation.

Jusqu'ici donc nous avons marché souvent en tête et toujours de pair avec les premiers. Il semblerait que nous n'ayons pour garder notre rang qu'à persister dans la même voie, sauf à redoubler d'efforts pour élever notre production scientifique à un taux suffisant. Car, il faut le reconnaître, si par la valeur, les travaux français ne le cèdent guère à ceux des autres pays, ils sont parle nombre à un rang qui ne nous fait point honneur. Il suffit, pour nous en convaincre, de parcourir les Bibliographies. Pour un travail écrit en français, il y en a trois en langue anglaise et dix en langue allemande. Il est vrai que les peuples de langue anglaise ou allemande sont sensiblement plus nombreux que ceux de langue française, mais la disproportion reste néanmoins trop forte.

Mais ce n'est pas là qu'est l'écueil, car tout le monde sait qu'il en est ainsi. Le vrai danger est dans la fausse direction des recherches biologiques, et cela personnelle le voit, personne ne le croit. Il n'en est que plus important de le démontrer, et c'est à cela surtout que cette préface est destinée.

Il suffit de parcourir la table des recueils périodiques de sciences naturelles, et la liste des thèses inaugurales pour se faire une idée de la tendance actuelle des recherches. Souvent ce sont des monographies anatomiques et embryogéniquesde plantes ou d'animaux ; ou bien c'est l'étude histologique d'un tissu ou d'un système d'organes dans quelque forme

SUK LA DIRECTION DES BECHERCHES BIOLOGIQUES EN FBANCE. 5

animale ou végétale; ou enfin Fauteur a coupé des nerfs, lié des vaisseaux, analysé des sucs ou dosé des gaz excrétés par une plante ou recueillis dans un animal soumis à des modifications préalables de ses conditions normales. Ces mémoires sont souvent fort Lien faits ; une étude consciencieuse, une technique copiée sur celle des meilleurs maîtres fournissent presque toujours des résultats nouveaux, précis, positifs. Mais presque tous ont pour caractère commun de n'alioutir qu'à de minimes conclusions défait. L'auteur a perfectionné, étendu, corrigé des choses connues et il se trouve que ces perfectionnements, extensions, corrections, ne modifient point d'une manière sensible les idées que l'on avait auparavant sur les questions générales auxquelles touche le sujet étudié.

On nous y apprend que tel animal a l'appareil circulatoire fait comme ceci et le système nerveux comme cela, tandis que les auteurs précédents avaient cru que ces organes étaient disposés de telle autre manière quelque peu différente ; que telle plante a ses faisceaux distribués et constitués de telle façon et non de telle autre, et que tel de ses tissus a telle origine et non celle que l'on croyait : la description ancienne était vraie pour telle famille voisine, elle ne l'est plus pour celle que l'on étudie ; elle reste vraie d'ailleurs pour un troisième. Voici un tissu remis à l'étude. De longues et patientes recherches montrent que tout ce qu'on en avait dit était faux. Voici comment sont les choses. C'est très peu différent de ce que l'on pensait, mais qu'importe, la science doit être juste ou n'être pas.

Il a été fait ainsi, et il fautledire, à l'étranger aussi bien que chez nous, un nombre incalculable de travaux, excellents à un certain point de vue; et grâce à eux la conformation, la structure, le développement de la plupart des formes animales ou végétales sont aujourd'hui connus. Et cependant l'on continue à étudier toujours les mômes choses, à ajouter toujours de uouvelles monographies aux anciennes, de nouveaux faits aux faits acquis. De loin en loin apparaît un mémoire important qui renverse une conception fausse et la remplace par une autre vraiment différente ; mais c'est l'exception rare. La plupart du temps l'animal ou la plante, l'embryon ou le tissu étudiés ressemblent, dans tout ce qui est essentiel, aux animaux, plantes, embryons ou tissus déjà maintes' fois décrits et, si l'on connaît quelques faits de plus, la conception générale que l'on possédait auparavant n'est pas pour cela changée en quoi que ce soit. On entasse ainsi sans profit des matériaux immenses dont personne ne tire parti et l'on gaspille une masse énorme de travail qui mieux employé ferait faire à la science un utile progrès.

INTRODUCTION

Cette appréciation portant sur des généralités abstraites risquerait d'être mal comprise. Aussi je veux prendre un exemple et comme j'ai plus de mal que de bien à dire, je choisirai quelques-uns de mes propres travaux. C'est la crainte de blesser les autres qui m'oblige ici, contre l'habitude, à parler de moi.

J'ai débuté dans les sciences naturelles par une monographie du système circulatoire des Crustacés édriophthalines. J'ai passé beaucoup de temps et dépensé quelque adresse à injecter nombre de ces animaux. A quoi suis-je arrivé? A reconnaître que le cœur a telle forme et telles dimensions, qu'il envoie tant d'artères en avant, quatre ou cinq de plus qu'on ne croyait, tant d'autres en arrière, dont on ignorait l'existence, et qu'il existe devant le système nerveux un vaisseau remarquable que l'on ne soupçonnait pas.

Qu'est-ce que cela nous fait? A quoi ce détail a-t-il .servi? En quoi a-t-il élargi ou modifié notre conception du crustacé ou de la fonction circulatoire? L'important, H. Milne Edwards l'avait depuis longtemps fait connaître, lorsqu'il avait montré que le sang- arrive des branchies au cœur, est lancé par le cœur dans des artères qui le conduisent aux organes, et qu'il se déverse enfin dans la cavité générale et dans des lacunes qui le ramènent à l'appareil de la respiration. Que nous importe après cela que tel appendice de la bouche reçoiye son artère de tel point de l'aorte ou de quelqu'une de ses branches? Nous n'avons pas à faire d'opérations chirurgicales sur ces animaux.

J'ai ensuite étudié un Crustacé aberrant, la Sacculiiie, et comme celuilà ne ressemble guère aux autres types de sa classe, il s'est trouvé que les résultats ont été un peu plus inattendus. Mais malgré cela notre conception du crustacé n'en a guère été modifiée ou élargie. L'important c'est que cet être informe a une larve normale de cirripède et que ses déformations étonnantes sont le résultat de parasitisme. Or cela on le savait depuis longtemps. Je reconnais que l'histoire des transformations de la larve agile en un adulte si différent du crustacé normal était intéressante à coimaltre. Mais je n'ai résolu que la question de fait. L'important est ici de savoir par quels moyens le parasitisme a pu imposer à sa victime ces étonnantes transformations et je n'ai fait que préparer des matériaux pour ceux qui plus tard sauront résoudre la question.

J'ai découvert chez ce crustacé le système nerveux, et cela aurait eu une réelle importance si l'on avait pu croire qu'il existait des muscles sans jierfs. Mais on savait bien qu'il n'en pouvait être ainsi. Aussi n'ai-je en

rien redressé une conception fausse en montrant que la Sacculine avait un ganglion et des nerfs. Et puis, ces découvertes secondaires se font toujours à un moment ou à l'autre quand elles sont prévues d'avance comme application d'un principe certain. J'en dirai autant du système nerveux des Planaires acœles que j'ai trouvé peu après. A défaut de moi, il eut été certainement découvert par H. Graaf au cours de ses délicates et patientes recherches sur ces animaux.

Ces exemples suffisent, je crois, pour éclaircir ma pensée. Certes je ne veux pas dire que l'on doit abandonner la recherche des faits secondaires, ni estimer que la confirmation et l'extension des principes démontrés ne sert à rien. Mais je pense que si l'on jette un reg-ard sur reiisemble des choses, il faut reconnaître que ce n'est pas cela qui fait marcher la science et, puisqu'il s'agit de lutter pour la suprématie, que nous faisons un métier de dupes en continuant à consolider la hase pendant que d'autres édifient au sommet. Oui cette base est encore imparfaite et il est utile de continuer à boucher des trous, remplir des fentes, rajouter des pierres et du ciment, mais elle est cependant assez solide déjà pour nous porter si nous montons sur elle. La preuve en est que d'autres y sont déjà et font au-dessus de nos tètes un excellent travail. Mais nous n'y montons pas parce que nous continuons à faire ce que nous avons vu faire autour de nous. Or ce que nous avons vu faire et qui a été le progrès en son temps cesse de l'être sans que nous nous en apercevions.

Chacune des périodes dont j'ai brièvement retracé l'histoire a vu se reproduire les mêmes errements. Long-temps après Cuvier, on a continué à décrire des formes extérieures sans s'inquiéter des organes qu'elles cachaient ; longtemps après la découverte des coupes et de la technique histologique, on a continué à ne se servir que de la pince et du scalpel. Et bien nous continuons maintenant à ne faire que des monographies sans nous douter qu'il est né autre chose. Cela ne veut pas dire qu'il faille les a])andoimer, pas plus qu'il ne faut renoncer à l'examen des formes extérieures, ni aux dissections microscopiques, ni à la loupe, à la pince, au scapel, à la seringue à injection. Mais cela veut dire qu'il ne faut plus se limiter à ces choses. Ce sont les fins de périodes qui sont critiques parce que c'est à ce moment que le progrès devient routine et que l'on peut sans s'en apercevoir passer du premier rang au dernier. Et bien nous sommes à une fin de période et personne en France ne semble s'en apercevoir. C'est pourquoi j'avertis qu'il est temps de pousser les recher-

INTRODUCTION

ches dans une voie nouvelle. Le livre dont ceci est la préface n'a été fait que pour ce but.

Ces appréciations et ces conseils sembleront scandaleux à quelques-uns et imprudents au plus grand nombre des lecteurs. Quoi, dira-t-on, inspirer le mépris des choses que Ton est chargé d'enseigner, paralyser ceux qui travaillent à la tâche actuelle sans être sur qu'on saura les galvaniser pour une tâche nouvelle, n'est-ce pas manquer à tous ses devoirs de membre du corps enseignant? Cela serait vrai si le nouveau courant d'idées devait entraîner tout le monde, et je serais alors le premier à regretter mon imprudence. Mais il n'y a aucune crainte qu'il en soit ainsi. La plupart n'écouteront pas et parmi ceux qui croiront, neuf sur dix préféreront rester dans la voie des travaux faciles. Je serai trop heureux si quelques-uns se laissent convaincre.

D'autres encore diront : De quel droit vous érigez-vous en juge et en donneur de conseils? Travaillez pour votre compte et laissez cela à ceux à qui l'âge et l'autorité de leur nom ont donné le droit de prendre cette attitude. Mieux que personne, je sens combien il y a de vrai dans cette observation. Aussi n'est-ce qu'après bien des hésitations que je me décide à écrire ces lignes. Mais puisque les autres se taisent ou sont d'un autre avis, il faut bien que je parle et dise aux jeunes ce que je crois être la vérité.

Mais quelle est donc cette voie nouvelle où d'autres, en Allemagne et en Angleterre, sont déjà entrés; quel est ce faîte auquel on travaille audessus de nous avec les matériaux bénévolement préparés par nous?

Ce n'est rien moins que la Biologie générale, la recherche des conditions et des causes des grandes manifestations de la vie dans la cellule, dans l'individu et dans l'espèce.

Qu'est-ce au juste que la cellule , cet élément dont sont faits tous les êtres vivants, que nous avions cru si simple et que les études récentes nous montrent si effroyablement compliqué, jusqu'à ce que d'autres études à venir la ramènent à une simplicité plus grande encore en trouvant la formule des actions mécaniques auxquelles se réduisent les forces qui agissent en elle? Comment vit-elle? Comment assiniile-t-elle et accroîtelle sa substance avec des substances de nature différente? Pourc{uoi, ;ui lieu de grandir indéfiniment, se divise-t-elle à un instant donné, et quelle est la raison des phénomènes extraordinaires qui se passent en elle à ce moment? Quelle est la cause mécanique ou physique ou chimique (car il en

est une de ce genre) des mouvements du Protoplasme? Sous quelles intluences les cellules nées de la division de l'œuf se disposent-elles suivant des formes avantageuses pour la vie de rensemble? Comment sontelles amenées à se partager la besogne des différentes fonctions? Comment identiques au début se difTérencient-elles et deviennent-elles les unes du cartilage, de l'os ou du tissu conjonctif, les autres du muscle, celles-ci glandulaires, celles-là nerveuses? Car enfin, si l'on remonte rontogénèse, on arrive fatalement à un stade où les cellules mères de ces tissus si différents sont nées , sœurs en apparence identiques , de la division d'une même cellule. Et la Régénération? Quelles forces sommeillaient dans les cellules du liras de la Salamandre aquatique , qui se réveillent lorsqu'on ampute ce bras et en refont un nouveau semblable à l'ancien? Elles étaient pourtant déjà différenciées en cellules de l'humérus, de l'artère humérale, des muscles brachiaux. Où trouvent-elles le pouvoir de se grouper en se multipliant de manière à dessiner les organes de l'avant-bras et de la main? Voici un ver de terre : vous le coupez en deux, la queue refait une tête et la tête une queue. Ce sont pourtant les mêmes cellules entamées par la section qui régénèrent des parties si différentes. Qui leur enseigne ce qu'elles doivent engendrer pour refaire un tout complet? Et à propos de la phylogénèse? Quels problèmes grandioses! — .Jusqu'à ces dernières années personne ne doutait que les modifications acquises par l'individu ne fussent transmissibles à ses descendants et sans cela l'évolution des espèces eût semblé inexplicable. Mais voilà qu'en cherchant la voie par laquelle pourraient se communiquer aux éléments sexuels les acquisitions de l'individu, on ne la trouve nulle part. Dès lors se dresse une difficulté accablante : si les caractères acquis ne sont pas transmissibles, comment s'explique l'évolution adaptative des espèces, s'ils sont transmissibles, par quel moyen le sont-ils? Et VHérédité qui nous demande sous quelle forme sont contenus dans les éléments sexuels microscopiques les innombrables caractères qui se manifestent fatalement dans l'adulte issu de leur réunion. La chose a priori semble impossible et cependant l'observation banale nous la montre se passant tous les jours sous nos yeux. Enfin de tous ces problèmes le plus important , car on sent que s'il était résolu tous les autres s'en déduiraient comme de simples corollaires, mais le plus difficile aussi, celui de la structure intime du protoplasme qui évidemment contient en elle la raison mécanique de tous les phénomènes dont il est le siège et par conséquent expliquerait la vie.

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Yoilà quelques-uns de ces problèmes de la Biologie générale auxquels ou travaille ailleurs pendant que nous nous attardons à décrire des formes de cellules, ou des ramifications de minimes truncules vasculaires ou nerveux. Et il en est bien d'autres.

Faut-il s'étonner qu'en présence de questions de cet ordre les mesquins détails anatomiques pour lesquels nous continuons à nous passionner perdent tout leur intérêt? Qu'importe que dans ce mollusque cette glande s'ouvre un peu plus haut ou un peu plus lias, que tel épithélium soit cubique ou prismatique , que tel nerf se rende au pied ou au manteau? En quoi la réponse, quelle qu'elle puisse être, intluencera-t-elle la solution des grandes questions biologiques qui seules ont de l'importance? Cela ne servira même pas à déterminer d'une manière précise les affinités zoologiques, à connaître mieux la vraie filiation généalogique des formes vivantes, et ce serait pourtant le seul intérêt possible de la question.

Il est temps d'abandonner ces études terre à terre qui ne peuvent nous conduire à rien, ou plutôt, car ma pensée s'emporte au-delà de son expression juste, de ne plusse limitera l'étude de ces questions, et d'aborder enfin la Biologie CtHnérale.

Toute recherche pour avoir un réel intérêt doit aujourd'hui viser la la solution d'une question théorique. Il ne faut plus se contenter, comme presque tous font aujourd'hui, de disséquer, couper, colorer, dessiner ce qui n'avait pas encore été disséqué, coupé, coloré ou dessiné. Il faut faire tout cela, non plus pour comljler une minime lacune dans nos connaissances anatomiques ou histologiques, mais pour résoudre un problème biologique si petit qu'il soit.

Chacun de ces prolîlèmes comporte un certain nombre de solutions hypothétiques que nous devons chercher à deviner et notre travail matériel doit se lîorner à vérifier nos hypothèses. Ce n'est que lorsque notre imagination est à bout que nous avons le droit de chercher au hasard.

Ces hypothèses se présentent généralement sous la forme dichotomique : est-ce ceci ou cela? Si c'est ceci, je devrai diriger ma recherche dans telle direction ; si c'est cela, j'irai dans telle autre. Or la question de savoir si c'est ceci ou cela qui est vrai, dépend en général d'une oliservatioii ou d'une expérience décisive. Faire cette expérience ou cette observation décisive doit devenir le but de la recherche. C'est le seul moyen d'aller de l'avant.

Quelques exemples sont peut-être utiles pour faire comprendre ce que j'entends ici par décisif. Voici une question générale de la plus haute importance : est-ce le noyau ou le cytoplasme, ou la cellule entière qui contient les facteurs matériels de l'hérédité? Pour le décider, Boveri arriA'e à préparer des fragments d'œufs d'oursin sans noyau , les fait féconder par des spermatozoïdes d'une autre espèce et obtient des larves qui n'ont que les caractères de l'espèce paternelle. Donc le cytoplasme ne contient point ces facteurs; ils sont tous logés dans le noyau. V'oilà l'expérience décisive!

Une autre question non moins capitale est celle de la Différenciation ontocj èné tique . Quand l'oeuf se divise en cellules qui eng endreront les unes un organe, les autres un autre, partage-t-il entre elles ses énergies potentielles en donnant à chacune seulement ce dont elle a besoin pour faire ce qu'elle a à faire, ou toutes les cellules sont-elles potentiellement équivalentes et déterminées par des conditions extérieures à former, celles-ci la moitié droite du corps, celle-là la moitié gauche, les unes Fendoderme les autres l'ectoderme? Chabry tue d'un coup d'aiguillon un des blastomères du stade 2 et voit que l'autre ne forme qu'un demi-embryon. Driesch dépouille un œuf segmenté de ses membranes, isole les blastoinères, les fait développer et constate que des cellules destinées à former de l'endoderme peuvent faire de l'ectoderme à l'occasion. Voilà les expériences décisives.

On découvre dans le cytoplasma cellulaire un organe nouveau le centrosome, qui prend pour lui et enlève au noyau l'initiative de la division. Mais le centrosome est -il un organe du cytoplasma ou se forme- t-il dans le noyau au moment où la division se prépare? Guignard étudie des cellules au repos, et trouve pendant toute la durée de cette phase les centrosomes hors du noyau. Voilà l'observation décisive.

Oh ! je n'ignore pas les ol)jections faites à Boveri, à Chabry, à Driesch, à Guignard. Expérience décisive ne veut pas dire expérience irréfutable, mais expérience entrant dans le vif d'une importante question théorique. Or, si on ne se pose pas la question théorique on n'arrive jamais à trouver l'expérience décisive et l'on perd son temps à des recherches qui peut-être ne serviront jamais à rien.

D'ailleurs les observations décisives ne diffèrent par aucun trait absolu de celles qui ne le sont pas. C'est le but seul et la possibilité d'en tirer des conséquences qui les caractérise. Un exemple fera sentir la différence. Depuis longtemps les l^otanistes avaient trouvé entre les cellules des

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commuiiicatioiis protoplasmiques. C'était uu fait curieux, rien de plus. Le hasard a transformé un jour ce fait en observation décisive, lorsque Sedgwick les retrouva chez le Péripate, généralisa leur existence et que Spencer vit en elles une possilîilité d'expliquer l'action des cellules du corps sur les éléments sexuels et par suite l'hérédité des caractères acquis. Les botanistes, dira-t-on, n'avaient donc pas travaillé inutilement! Non, mais ils ont tiré les marrons du feu.

11 est temps d'achever cette trop longue préface. J'avais à cœur de montrer que le moment était venu de changer la direction des recherches biologiques si nous ne voulions pas laisser aux autres tout l'honneur des grandes découvertes qui se préparent. Je ne disconviens pas que la voie nouvelle où je conseille d'entrer est autrement difficile que l'aneieiine. Quand on veut se contenter de revoir dans une plante ou un animal ce que d'autres ont vu dans un autre animal ou une autre plante, et de signaler les petites différences que l'on rencontrera, on est sûr de produire une honnête mémoire au ))out d'un temps relativement court. V expérience décisive, au contraire, est généralement difficile à concevoir et presque toujours difficile à faire, et l'on peut en la poursuivant rester des années sans rien trouver. Mais du moins, si l'on réussit, ce que l'on produit a de la valeur.

On y arrive bien en Allemagne.

Laisserons-nous s'accréditer, ce que l'on voudrait bien faire croire, que les races latines énervées ne sont pas à la hauteur de ces grandes tâches? Non, nous n'avons péché jusqu'ici que par insouciance de ce qui se passait autour de nous. 11 est temps encore de nous ressaisir, mais i] n'est que temps.

Décembre 1894.

Ce livre s'adresse aux philosophes et aux hommes curieux des choses de la science aussi bien qu'aux naturalistes. Les recherches biologiques demandent de l'imagination et de la pénétration autant que des connaissances techniques. Ce que j'ai appelé V expérience décisive est souvent aussi difficile à concevoir qu'à exécuter et si un philosophe la conseille et qu'un naturaliste la mène à bien, il pourra se faire que le premier n'ait pas la moindre part dans le succès. L'exemple de H. Spencer en est la preuve. Chez lui le philosophe est doublé d'un naturaliste, mais, si l'on peut ainsi dire, d'un naturaliste non pratiquant. Je ne sache pas qu'il ait beaucoup disséqué les animaux ni pratiqué les finesses de la technique histologique. Qui oserait nier cependant qu'il ait rendu d'importants services à la Biologie ? Mais il possède à fond la connaissance des questions biologiques et les arguments tirés de l'anatomie, de l'histologie ou de l'embryogénie ne sont point pour l'embarrasser. Ce qu'il faut aux philosophes pour les mettre en état de nous apporter le secours de leur intelligence, ce n'est donc point une instruction pratique, une éducation de laboratoire qu'ils n'ont pas le temps d'acquérir, mais quelques livres qui les mettent à l'aise au milieu des questions biologiques.

Or les manuels ne sont bons à rien pour cela. D'abord je n'en sais point qui traite de ces questions ; et puis ils sont d'ordinaire à

la fois incomplets, peu au courant et cependant aussi ardus que les gros traités. Un livre permettant aux philosophes et aux esprits cultivés de se mettre sans trop de peine au courant des questions générales de la Biologie n'existe pas encore, je crois. Aussi, en faisant celui-ci, ai-je cherché à le composer de manière à combler cette lacune. La chose devient vraiment nécessaire aujourd'hui où la Biologie prenant une tournure philosophique, tandis que la philosophie cherchant sa base dans la Biologie, ces deux sciences tendent à se donner la main. Philosophes et Biologistes doivent s'aider mutuellement et se faciliter réciproquement l'accès de leur science. Les uns et les autres ne peuvent qu'y gagner.

J'ai donc fait de mon mieux pour que ce livre fût compréhensible pour des personnes n'ayant qu'une culture générale. Pour cela, je me suis imposé d'abord de prendre chaque question ab ovo, c'est-à-dire sans supposer au lecteur des connaissances préliminaires trop spéciales. Puis, en restant toujours élémentaire, de pousser jusqu'à la limite de nos connaissances les plus nouvelles. Enfin, chaque fois qu'un détail intéressant mais non indispensable se présentait, de le reléguer dans les notes. En sorte que le lecteur étranger aux sciences naturelles pût se dispenser de lire ces notes sans craindre cependant d'avoir rien passé d'essentiel. Rien n'empêche d'ailleurs d'y avoir recours partiellement pour quelques cas particuliers.

Ces notes ne sont point ici, comme d'ordinaire, de courts compléments clairsemés dans l'ouvrage, destinés à recevoir ce qui s'écarte par trop du sujet principal. Appliquant sous une forme un peu modifiée une méthode dont j'ai montré ailleurs les avantages *, je n'ai laissé dans le texte principal que ce qui est strictement nécessaire pour l'intelligence de l'idée dominante, rejetant dans les notes ce qui est compléments, restrictions, accessoires quelconques.

L'ouvrage se divise en quatre parties. La première comprend Les faits et ce qui concerne leur interprétation en dehors de toute

* Y. Delage. Sur la man'ih e d'ccrire dans les sciences naturelles. Introduction à un mémoire sur l'Embryogénie des Éponges, dans les Arcli. de zool. expérimentale, Vol. X, 1892,

préoccupation théorique. Elle se divise elle-même en trois livres : la Cellule, l'Individu, la Race, c'est-à-dire les trois termes de complication progressive à propos desquels se posent les grands problèmes biologiques dont nous avons indiqué quelques-uns dans l'Introduction. Pour l'Individu et la Race, j'ai dû me limiter aux grandes fonctions qui relèvent directement de la Biologie générale. Il eût été impossible d'entrer dans la description anatomique des organes ou d'examiner les fonctions qui font l'objet de la Physiologie pure. Mais pour la cellule, je n'ai pas cru devoir m'imposer cette limite. Le Protoplasma est la substance vivante universelle. C'est dans sa structure et dans sa composition chimique qui résident les causes physiques de la vie. D'autre part, le protoplasma n'est jamais amorphe; il prend toujours la forme de cellule et dans cet agencement de masses protoplasmiques diverses qui constitue la cellule réside la condition nécessaire de toutes les fonctions des organismes. Il n'est pas de théorie biologique générale qui ne s'appuie sur la structure de la cellule ou du protoplasme, et il est impossible de comprendre ces théories sans la connaître à fond. J'ai donc dû en faire une étude détaillée. Cela était d'autant plus indispensable que des travaux innombrables, d'importance capitale, ont complètement bouleversé en quelques années notre ancienne conception cellulaire. Maint lecteur qui croyait savoir ce qu'est une cellule sera étrangement surpris en voyant combien il était loin de ce qu'on en connaît aujourd'hui. Il ne suffit pas d'être naturaliste pour savoir ce qu'est la cellule de 1894, il faut être un spécialiste de la cytologie.

Cette partie contient quelques figures. Leur nombre pourra paraître faible et leur choix singulier. Mais l'ouvrage n'était pas destiné à être illustré et je n'ai ajouté des figures que là oû elles m'ont paru indispensables pour aider à comprendre certains points particuliers.

Les deux parties suivantes de l'ouvrage sont consacrées aux théories que j'ai divisées en théories spéciales et théories générales. Celles-ci comprennent les systèmes complets, qui, partant de la

cellule et du protoplasma, expliquent (ou prétendent expliquer) sinon tous les faits de la Biologie générale, du moins la plupart d'entre eux ; celles-là ne s'attachent qu'à quelque question particulière sans se préoccuper si la solution proposée est susceptible d'extension ou de généralisation. Il y a bien quelque inconvénient à cette division, car elle force à chercher à plusieurs places les explications proposées pour chaque problème. Mais la table alphabétique est disposée de manière à rendre cette recherche facile et le dommage eût été plus grand de couper l'exposition des grands systèmes théoriques complets.

Dans l'exposé de chaque théorie, je parle ici surtout des grandes, j'ai cru bien faire de donner la parole à l'auteur, en expliquant son système comme il l'eût fait lui-même, c'est-à-dire en faisant tout pour le mettre en valeur. Les objections ou observations de détail auxquelles la théorie peut donner prise ont été reléguées dans les notes, mises entre crochets [ ] et pour les distinguer de celles qui sont des compléments de la théorie elle-même, mis dans la bouche de son auteur. Puis après l'exposé vient la critique générale de la théorie qui, débarrassée des objections de détail, peut porter plus haut et en montrer le vice ou l'avantage fondamental.

Enfin dans une quatrième et dernière partie, après un coup d'œil d'ensemble sur la marche générale des idées, j'ai exposé mes conceptions personnelles non à titre de théorie complète prétendant supplanter les autres, mais comme solution provisoire la plus probable, en attendant que les expériences décisives, s'il en est, aient pu permettre de se prononcer définitivement. Monbut, d'ailleurs, était moins, dans cette partie personnelle, de proposer une solution ferme que de montrer la bonne route à ceux qui voudraient entrer dans la voie de ces études, et de les mettre en garde contre certains entraînements tout à fait fâcheux. Deux surtout sont à craindre. Le premier, commun en Allemagne, consiste à chercher l'explication de tous les phénomènes biologiques dans la Prédétermination, dès l'œuf, de tout ce que sera et fera l'organisme fu-

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tur. Ce qui conduit à attribuer au protoplasme et à la cellule une constitution extrêmement improbable que rien n'autorise à admettre, et à négliger l'étude des facteurs ontogénétiques qui sont tous des forces physico-chimiques actuelles agissant sur l'œuf pendant son développement. Le second est une funeste tendance à se payer de mots, dont sont victimes même des esprits distingués habitués à la réflexion. On arrive aujourd'hui à considérer I'Hérkdité, 1' Atavisme , la Variation, I'Adaptation, etc., etc., comme des forces directrices de l'évolution, quand ce ne sont que des catégories, des groupements de faits ayant chacun sa raison mécanique individuelle. On en fait sans l'avouer, sans s'en douter même des sortes de divinite's biologiques qui se disputent les organismes comme les dieux de l'Olympe se disputaient le sort des Troyens et des Grecs; et l'on croit avoir expliqué quelque chose quand on a dit : Ceci vient de l'Atavisme, cela est dû à la Variation et cette autre chose à l'Hérédité. Ceux qui veulent faire faire quelques progrès à la Biologie doivent se garder de ces solutions nominales comme du pire danger, car on ne cherche plus quand on croit avoir. Il faut, si l'on veut marcher droit, poser en principe que tout phénomène d'évolution ontogénétique se ramène à des causes spéciales actuelles, c'est-à-dire résulte du concours de forces simples, dilatations et compressions, attractions et répulsions, décomposition, synthèse, etc., dues aux agents naturels, chaleur, lumière, pesanteur, humidité, tension osmotique ou superficielle, forces ehimiotactiques, etc. Ces forces sont de même nature que celles qui agissent sur les substances non vivantes et leur communiquent leurs caractères. Les efl'ets ne difi'èrent ici que parce qu'elles s'appliquent à des substances incomparablement plus complexes. Le programme de la recherche doit être de déterminer la structure de ces substances et le mode d'action des forces qui agissent sur elles.

J'ai indiqué dans l'Introduction la direction qu'il convient de donner aux études biologiques, j'en définis maintenant le but ; et

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cela m'amène, après avoir dit pourquoi j'avais fait ce livre, à expliquer ici comment j'ai été amené à le faire.

J'avais d'abord pensé pour moi-même les choses que j'ai essayé de persuader aux autres dans cette Introduction. En réfléchissant au but des études biologiques, j'ai peu à peu compris combien la recherche telle qu'on la fait chez nous a peu d'intérêt, et j'ai résolument pris le parti de renoncer à toute étude qui n'aurait pas pour but la solution d'une question théorique importante. Pour cela il fallait me mettre au courant de ces questions théoriques, et connaître les tentatives faites pour les résoudre. .Je n'étais nullement préparé à cette étude; je me suis donc mis au travail, je ne crains pas de l'avouer, pour apprendre ce que j'ignorais et que, étant donné ma situation, j'aurais dû savoir, et pour me mettre en état de travailler et de diriger des élèves dans cette voie nouvelle. En interrogeant autour de moi les personnes auprès desquelles j'aurais voulu me renseigner, je n'ai pas tardé à m'apercevoir que la plupart ignoraient autant que moi-même ce qui à l'étranger était connu de tous. Des théories célèbres discutées avec passion, les noms mêmes des pioniers des recherches nouvelles sont presque inconnus chez nous. Voyant cela, j'ai cru bien faire de ne pas garder pour moi seul les connaissances ainsi acquises et d'en faire profiter le public scientifique pour éviter à ceux qui voudraient, suivre la même voie une partie au moins du labeur énorme que je me puis imposé pour me mettre au point.

Telle est l'origine de ce livre.

Il est possible qu'écrit dans ces conditions il contienne des fautes. J'en accepterai la correction en toute humilité. Je n'ai pas eu la prétention de faire une œuvre d'érudition irréprochable. Mon but aura été atteint s'il inspire à quelques travailleurs le goût des recherches de Biologie générale et s'il leur aplanit quelque peu les premières difficultés.

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