‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 104 sur 251 · LA VARIATION' CORRÉLATIVE · texte numérisé non relu

LA VARIATION' CORRÉLATIVE

sont trop connus pour qu'il y ait autre chose à faire que de les rappeler. Mais il existe aussi une corrélation inverse beaucoup plus importante par ses conséquences et par les déductions théoriques que l'on peut en tirer. Eu voici un exemple. Un homme de quarante ans tombe sur la poitrine. Au bout de quelques semaines, ses mamelles se développent et deviennent grosses comme celles d'une femme avec une aréole et un lacis de veines bleues. En même temps, le testicule droit s'atrophie presque complètement et le gauche diminue de la moitié de son volume. Depuis ce temps, cet homme n'éprouve plus de désirs sexuels bien qu'il eût auparavant beaucoup de goût pour les femmes et qu'il ait eu trois enfants

Si, partant de ces faits, on va au fond des choses, on se rendra compte que la Corrélation joue un rôle beaucoup plus important qu'on ne serait tenté de le croire. C'est au point que l'on a peine à concevoir une variation vraiment isolée. Toutes presque, résultent d'un consensus évolutif de parties d'origine distincte qui ont dû être affectées séparément ou plutôt réagir les unes sur les autres, une seule ayant été primitivement affectée.

Dans la Cyclopie, Dareste(91) a montré que la partie atteinte était la vésicule cérébrale. Or on voit se former des paupières et une cavité orbitaire, doubles et plus ou moins rapprochées, ou simples et allongées, selon l'état de rapprochement ou de fusionnement des deux yeux, et toujours d'une manière exactement proportionnée à la conformation de ceux-ci.

Si un membre devient plus long, tout s'allonge en lui. Or nous avons AU par le Plutem sans bras de Pouchet et Chabry (89) (V. p. 168) que l'accroissement du squelette peut être la cause déterminante unique de l'ensemble du processus.

Il n'y a pas là, d'ailleurs, un simple effet de traction mécanique, car chez un animal, les poils ne se montrent pas plus clairsemés sur le membre allongé que sur les autres parties du tégument. Ils se sont multipliés corrélativement de manière à conserver les distances propres à l'espèce-. Nous aurons à revenir sur ces faits remarquables pour en tirer

* Cette très remarquai )le observation est de Thompson. Je l'emprunte à E. Laurent (93) qui la donne comme communiquée par cet auteur à la Westminster Society et publiée dans le Lancet de 1837. J'ai vainement cherché à la retrouver dans ce journal. Laurent a dù commettre quelque erreur bibliographique, mais je ne puis croire que sa narration soit erronée.

- 11 y a bien une prévision de la variation corrélativedanslaZ,o( c^M Balancement organique d'IsiDORE Geoffroy Saixt-Hi- LAiRE trouvée en même temps par Goethe. Mais ces auteurs avaient le tort de voir dans le Balancement chose une constante et nécessaire, tandis que la variation n'est pas toujours corrélative. Quel est l'organe qui a déchu chez l'Élan, encom-

LKS FAITS.

des conclusions'. Us nous suffisent pour le moment pour tiftirmcr que : // existe une Variation corrélative vraie, c'est-à-dire portant sur des parties d'origine distincte et qui pourraient évoluer d'une manière indépendante.

pensation de l'énorme développement de ses cornes? Déplus, le Balancement organique résulte de ce que les sucs nourriciers deviennent plus rares quelque part quand un organe en absorbe trop pour son développement. La cause de la variation corrélative est sûrement moins simple.

' Voici deux exemples très significatifs de variation corrélative empruntés à Bateson (94). Le premier (fig. 18) concerne une Ecrevisse femelle qui avait un orifice génital supplémentaire sur la quatrième patte thoracique gauche.

l'is. 18. — Écrevisse femelle anormale montrant, outre ses deux orilices sexuels normaux, sur la 3'= paire de pattes, un orifice supplémentaire sur la 4° patte gauche. D'après IIatesox.

Les orifices normaux sont sur la troisième; ceux du màle sont sur la cinquième et dans une situation différente.

Il en résulte que cet orifice supplémentaire ne saurait être celui du mâle apparu chez un individu femelle partiellement hermaphrodite. Cet orifice supplémentaire est en communication avec un court oviducte qui se jette après un court trajet dans l'oviducte normal. Il y a donc variation à la fois dans le rudiment de l'oviducte, qui s'est dédoublé à sa terminaison, et dans celui de l'orifice génital dont il s'est formé un supplémentaire. (On ne peut dire que le rudiment normal s'est dédoublé, puisque le nombre des pattes est resté normal. )Quand ces deux variations se rencontrent, on ne peut dire

qu'elles résultent de la variation d'un rudiment commun, car on les trouve parfois séparées. Certaines Ecrevisses montrent le tronçon d'oviducte supplémentaire sans orifice génital ni renflement de l'article qui le porte, d'autres ont l'orifice supplémentaire sans tronçon d'oviducte correspondant. Ces variations sont assez fréquentes ; on en a observé 23 cas, plus ou moins analogues, sur586 individus; mais les variations séparées de l'oviducte et de l'orifice sont si rares que les chances pour qu'elles se rencontrent sont pratiquement nulles. Or on rencontre plus souvent les deux variations réunies qu'isolées. Cela démontre qu'elles sont corrélatives, que l'une existant primitivement entraine l'autre tout comme pour la mamelle et l'aréole ou le mamelon.

Remarquons qu'ici encore deux feuillets du blastoderme sont en cause, le mésoderme et l'ectoderme. On ne saurait invoquer l'Atavisme , car aucun Crustacé, aucun Articulé même, n'a d'orifices génitaux métamériques à plusieurs pattes successives. Il faudrait chercher l'ancêtre dans un autre embranchement, parmi les Vers peut-être. Or nous avons vu ce ([u'il faut penser de ces atavismes si éloignés. Je ne vois qu'une objection possible à ce raisonnement. C'est de supposer que l'oviducte et la base de la patte sont représentés, mésoderme et ectoderme par un même rudiment dans l'œuf, et que, tantôt ce rudiment varie quand il est encore unique, tantôt les rudiments nés de son dédoublement varient après leur séparation. Or cette hypothèse est absolument gratuite et choque toutes les vraisemblances. Il suffit de suivre l'évolution des feuillets dans le développement pour en rester convaincu.

De plus la variation de ce rudiment

LA VARIATION PARALLÈLK.

e) IaA Variation parallèle.

Darwin (80) a fait remarquer que souvent des variations semblables s'observent chez différentes espèces de genres voisins. Ainsi les formes très singulières que prennent quelquefois les Melons s'observent chez diverses autres Cucurbitacées et des espèces de genres voisins arrivent ainsi parfois, en variant dans le même sens, à se ressembler beaucoup plus que les autres espèces de ces genres. Il donne à ces faits le nom de Varia lion parallèle ou analogue et fait remarquer avec raison que cela montre que

commun aux deux parties ne se pourrait concevoir, car l'oviducte varie par dédoublement de sa partie terminale, tandis que, pour l'oriSce, il n'y a pas dédoublement, mais percement d'une nouvelle vulve dans une patte normale qui n'en devrait pas porter une.

On a rencontré des Têtards ayant deux sjjiraculum symétrique au lieu d'un seul impair. C'est un c;is tout à fait semblable.

Les yeux supplémentaires observés chez certains Insectes, les pattes prenant la place d'antennes ou d'élytres sont encore des cas du même genre, où il faut admettre ou la variation simultanée, extrêmement improbable, de rudiments appartenant à deux feuillets distincts, ou une corrélation entre les deux variations.

Si l'on veut aller au fond des choses, on verra que les moindres variations de n'importe quelle partie nécessitent un consensus d'un certain ensemble de parties voisines dont les rudiments n'étaient sans doute pas confondus dans l'œuf et que la corrélation joue un rôle extrêmement général (à mon sens universel) dans la variation.

Le deuxième exemple diffère des précédents en ce qu'il nous montre quelque chose de la manière dont s'établit la corrélation entre les variations des parties distinctes. Il concerne les poissons plats. Ces animaux (Soles, Plies, Turbots) reposent non sur la face ventrale, mais sur un côté, et s'ils ne subissaient pas une mo-

dification adaptative, l'œil du côté inférieur souffrirait du contact du sol et ne servirait à rien. Aussi voit-on, pendant le développement, cet œil .se déplacer, contourner le bord dorsal de la tête et venir se placer à côté de son congénère. La

Fis. 19. — Rhumbus lœvis (Turbot) montrant un arrêt <lc développement de la naseoire dorsale produit par la présence de l'œil sur la partie où elle aurait dû s'étendre. Figure de Yarrel, empruntée à BviEhoN.

nageoire dorsale s'étend presque jusqu'à la bouche, mais elle ne s'accroît dans sa portion céphalique que lorsque l'œil a pris sa nouvelle position ; aussi, continuant son trajet, elle passe en dehors de cet œil, suivant une ligne qui a l'air dorsale mais qui morphologiquement appartient au côté qui touche le sol. Or il arrive quelquefois (fig. 19) que le déplacement

LES FAITS

Forganisme a une part bien plus grande que les conditions ambiantes dans la forme des variations, car il n'arrive jamais que des espèces de genres très éloignés arrivent à se ressembler ainsi (autrement que par un mimétisme superficiel), quelle que soit la conformité de leurs conditions de vie.

A la Variation analogue se rattache aussi le fait très curieux de certaines anomalies apparaissant, de loin en loin, identiques dans une même espèce, sans qu'un atavisme quelconque puisse l'expliquer. Ainsi, les Bœufs sans cornes, les Chiens ou les Chats sans queue, les Cochons à sabot plein déjà mentionnés par Aristote, se montrent de temps en temps, se maintiennent pendant quelques générations, puis disparaissent. Les Bœufs natos (V. p. 293, note) sont apparus indépendamment dans l'Amérique méridionale et en NormancHe. Darwix (80) assure que les Chiens bassets actuels ne sont nullement les descendants de ceux qui sont figurés sur les monuments égyptiens et qu'ils doivent leur origine à une variation qui s'est plusieurs fois spontanément reproduite. Ce sont là des faits très intéressants ; ils montrent l'existence d'un nouvel état d'équilibre organique voisin de l'état normal. L'organisme verse de temps à autre de son côté, cela dure quelques générations, puis il reverse vers l'état normal où un équilibre plus stable lui permet de rester l)eaucoup plus longtemps. // exista une Variation parallèle ou analogue qui produit des modifications semblables , soit sur des formes voisines, soit dans une mé?ne forme à divers moments de sa phijlogénèse.

t) Variation <ic iiomitre et <le position (les parties similaires.

Les variations de nombre des parties similaires sont extrêmement fréquentes. Presque tous les organes y sont sujets : doigts, dents, mamelles, testicules, reins, côtes, vertèbres, pattes d'insectes, pinces de Crustacés, bras d'Astéries, etc., se rencontrent parfois en nombre supérieur à la normale. Les réductions de nombre de ces mêmes organes ne sont pas plus rares.

de l'œil est incomplet ou tardif, en sorte que, au moment où la nageoire dorsale forme sa portion céphalique, elle rencontre cet œil, juste sur la ligne où elle devrait passer ; dès lors elle s'arrête, mais son bord libre continue à s'accroître pendant quelque temps et forme un arc qui surplombe au-dessus de l'œil. Voilà deux variations simultanées, la terminaison de

la nageoire et la position de l'œil, dont la corrélation est évidente. C'est la position de l'œil qui est la variation primitive : elle entraîne l'arrêt de la nageoire par le fait que des rayons de nageoire ne peuvent se développer sur une cornée.

On ne saurait trop méditer sur des exemples aussi suggestifs et qui d'ailleurs ne sont pas isolés.

Page 1