LA VARIATION CORRÉLATIVE
les variations des diflerentcs parties. Si la Girafe a, à la fois, le cou et le train antérieur plus longs, ce n'est pas parce que l'un des deux s'étaiit allongé, l'autre a forcément suivi le premier. Il a fallu que des variations indépendantes les fissent grandir séparément.
Nous verrons que cela n'est pas exact et que, sinon dans cet exemple qui se dérobe àtoute vérification, du moins dansd'autres, une variationentraine l'autre. Mais, pour n'être pas universelle, la variation indépendante n'en estpas moins très réelle. 11 n'est pas de jardinier ou d'éleveur qui n'ait produit ou constaté la variation isolée des parties les plus diverses, les feuilles peuvent varier sans les pétales ou les pétales sans les feuilles, la couleur peut se modifier isolément en n'importe quel point. Les deux moitiés symétriques du corps peuvent elles-mêmes varier isolément. Les Lapins demi-lopes en sont un exemple bien connu. Les Pleuronectes (Plies, Soles, Turbots) et tous les êtres asymétriques dérivant de formes symétriques n'ont pu se former aussi que par variation unilatérale. 11 en est de même pour les parties asymétriques des êtres symétriques comme Vhectocotfjlc des Céphalopodes ou l'ovaire unilatéral des Oiseaux. Donc concluons, ce que personne ne nie : La Variation indépendante existe et ajoutons, par anticipation sur ce que montrera le paragraphe suivant : mais elle n'est pas universelle et exclusive.
d) lia Variation cori-élalive.
On a groupé, sans beaucoup de discernement, sous le nom de Variation corrélative des phénomènes de signification fort différente.
Quand des parties ayant une certaine homologie de constitution varient sinmltanément, on n'est pas autorisé à dire que la variation de l'une est primitive et a entrahié les modifications de l'autre.
Darwin (80) remarque une corrélation constante entre les variations de la laine et celle des cornes chez les Moutons, entre celles des dents et des cheveux chez l'Homme, etc. ; mais ces organes sont de même nature histologique et embryogénique ; ils peuvent être représentés dans le germe par un même rudiment, en sorte qu'ils varient nécessairement ensemble si la cause de la variation agit sur le germe avant leur séparation dans l'ontogénèse. Ce n'est pas de la variation corrélative. Les cornes de l'Elan, par leur poids atteignant parfois 100 kil., ont déterminé un développement proportionné des muscles chargés de soutenir la tête et des os auxquels ils s'attachent. Mais cela n'indique aucune
LES FAITS
corrélation entre les cornes et les muscles ou les os car, si l'augmentation de poids de la tête eût été produite par une tumeur adipeuse ou par un développement excessif de la mâchoire, TefFet sur les muscles et les vertèbres du cou eût été le même. Darwix cite aussi comme exemples de corrélation les effets simultanés des maladies constitutionnelles sur différents organes. Il n'y a pas plus là de corrélation qu'entre les vomissements et les maux de têtes causés par une indigestion. Il est possible que d'autres corrélations comme celle entre la couleur bleue des yeux et la surdité chez les Chats s'expliquent par des causes de ce g-enre.
Il n'y a vraiment Variation corrélative que lorsque deux parties d'origine distincte, représentées par des rudiments embryogéniques différents, varient ensemble, sans que la variation de l'une soit la conséquence physiologique directe de la variation de l'autre. Une mamelle dorsale ou axillaire se montre chez une femme; elle est complète, formée d'une glande et pourvue d'un mamelon avec ses canaux galactophores, son aréole colorée, avec les grands poils rares qui d'ordinaire se montrent sur celleci. Il est évident que toutes ces parties, les unes ectodermiques, les autres mésodermiques, ne sont pas représentées dans le germe par un même rudiment pouvant être affecté m toto par les causes de variation. Le développement nous montre que la mamelle normale est formée de parties distinctes, d'origine différente, qui évoluent parallèlement pour constituer l'organe complexe qu'elles ont à former. 11 faut donc ou que la variation porte à la fois sur ses divers rudiments et nullement sur les voisins, ce qui est déjà de la vraie corrélation ou, ce qui est infiniment plus probable, qu'elle porte sur un seul, lequel en se développant entraîne la modification des autres. La variation consistera, je suppose, en la transformation hypertrophique d'un groupe de glandes sébacées en glandes mammaires et cette glande, en se développant, (if7eyv>^//;e la transformation corrélative de la peau voisine en aréole et mamelon. C'est encore de la corrélation, car cette transformation n'est pas du tout inévitable et l'on conçoit très bien une glande mammaire supplémentaire saillante sous une peau imperforéc et non modihée. L'influence de la glande sous-jacente est absolument spécifique, car on ne voit jamais une tumeur d'une autre nature, même si elle provoque un afflux égal de sucs nutrititifs, déterminer la formation d'un mamelon et d'une aréole.
Les faits de variation des caractères sexuels consécutifs à la castration ou à la suppression physiologique des organes sexuels dans la sénilité