‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 134 sur 251 · XI. THÉORIES SPÉCIALES DE L'HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

XI. THÉORIES SPÉCIALES DE L'HÉRÉDITÉ

Nous avons défini comme Théories (jénérales celles qui abordent dans son ensemble le problème de la transmission des caractères et de l'évolution des Êtres. Aussi est-ce dans la 3° partie de cet ouvrage que trouveront place presque toutes les théories de l'Hérédité. Le présent chapitre va donc se trouver réduit à quelques opinions isolées.

Dès que l'on a connu les éléments sexuels, on a compris qu'ils étaient les seuls véhicules possibles de l'hérédité'. Cela ne peut être douteux

• L'homme fournit son sperme dans la reconnaître. La femme, au contraire, fécondation et il n'est pas besoin d'une semble ne rien fournir que le lieu, le observation scientifique délicate pour le moule, si l'on veut, où se formera le fœtus.

l'hérédité.

que pour des mystiques. Mais il n'est pas certain que toutes leurs parties soient également importantes pour la transmission héréditaire. Si

Aussi est-il naturel que les anciens aient cru que l'Hérédité n'était que paternelle. Le plus ancien document que l'on ait sur ces matières, le Manavç,-Dharma-Sash-a, livre sacré des Hindous, dit que la mère n'est qu'un champ où le père dépose une semence, et, comme conséquence logique, conclut, contre l'évidence, que le père seul se continue dans l'enfant. « La semence, y est-il dit, découle des principales ou, selon d'autres, de toutes les parties du corps ; elle contient en puissance toutes les facultés dévolues aux organes :

s'il y a donc des vices inhérents à quelque partie de l'organisme des générateurs, ils doivent nécessairement se transmettre à la semence et de la semence au fœtus puisqu'il émane d'elle ».

Cette opinion, plus ou moins modifiée selon les lents progrès de la science ou les idées à priori, se retrouve avec diverses variantes dans toutes les théories des Spermatistes dont les derniers appartiennent au commencement de notre siècle. Érasistrate (1II« siècle avant J.-C.) , DiOGÈNE DE Laerte (11^ siècle avant J.-C), Galien (H* siècle après J.-C), toute l'École d'Alexandrie, partagèrent cette opinion. Pour la plupart d'entre eux, le sang des régies cesse de couler pendant la grossesse parce qu'il sert d'aliment au fœtus. Mais c'est surtout vers la fin du XVH" siècle lorsque Leuwenhœk eut découvert le spermatozoïde que les Spermatistes eurent beau jeu. Il y avait donc dans le sperme quelque chose d'évidemment vivant tandis que l'œuf peut n'être qu'une substance inerte. Les uns (Leum^enhœk , Andry) crurent découvrir que le spermatozoïde entre dans l'œuf par une petite soupape s'ouvrant en dedans ; en entrant, il comble le peu de vide qui restait derrière la soupape et empêche un nouveau spermatozoïde d'entrer. Hartsceker (1094) sup-

pose ([uïl y a dans le spermatozoïde un petit être tout formé (fig. 24, i). La queue, écourtée dans notre reproduction de son dessin, contient un cordon qui sort de l'ombilic du petit être et deviendra le cordon ombilical, car le spermatozoïde se greffe au fond de la matrice par le bout de la queue. Dalempatius (1699) croit voir sous le microscope un homunculus par-

Fig. 2i.

1. Spermatozoïde idéal d'après Hartsceker. — 2. Spermatozoïde observé par Dalempatius. — 3. Le^même dépomllé de son enveloppe.

faitement dessiné (fig. 24, 3) se dégager du spermatozoïde (fig. 24, 2) comme d'une enveloppe qui l'encapuchonné et se montrer avec une tête, un corps, deux jambes et deux bras. Tous croient que l'œuf lui sert seulement de nourriture et d'abri et que les germes spermatiques de toutes les générations futures sont emboîtées les uns dans les autres depuis Adam jusqu'à la fin du monde.

Oken et les philosophes de la nature de la nouvelle école prennent place ici.

A la théorie des Spermatistes s'oppose, comme on sait , celle des Ovistes. Celle-ci ne peut remonter aussi loin dans le passé,

THÉORIES PARTICULIÈRES

on pouvait couper la queue du spermatozoïde et soustraire à l'ovule ses réserves vitellines, on empêcherait la fécondation ou le développement.

car elle suppose la connaissance de l'œuf.

Harvey (XV P siècle) reconnaît le premier l'existence des œufs chez les femelles des vivipares. Mais, d'après lui, c'est la matrice qui forme le fœtus. Le sperme n'y entre pas, il féconde non l'œuf, mais la mère toute entière, par une sorte de contagion musculaire qui rend la mère capable de développer elle-même ses œufs dans sa matrice. Descartes (première moitié du XVII" siècle) admit ces idées et assimila la fécondation à une fermentation. Ces idées se précisèrent lorsque Graaf eut, vers la même époque, découvert le follicule ovarien qu'il prit pour l'œuf luimême, et appelé ovaire les glandes que l'on avait jusqu'alors appelées les testicules femelles. 11 dit que l'œuf était fécondé dans l'ovaire et tombait dans la matrice où il se développait. Mais pour tous les Ovistes cette fécondation n'est qu'une impulsion immatérielle au développement. Le mâle ne contribue en rien à la formation des organes fœtaux qui existent tous préformés clans l'œuf, en sorte que. matériellement, l'enfant descend de sa mère seule.

SwAMMERDAM, Malpighi au XVIP siècle, Hai.ler, Bonnet, Vallisnieri. Spallanzani au XV11I'= furent les principaux champions de VOvisme et admirent, com.me les Spermatistes, un emboîtement des germes, mais ici le germe était un œuf et, dans les ovules d'Eve, étaient contenus tous ceux des générations futures jusqu'à la consommation des siècles. Le germe le plus extérieur est seul atteint chaque fois par la fécondation.

« La fécondation, dit Bonnet (1778), n'introduit pas dans l'œuf un germe qui existait auparavant chez le mâle... Mais le germe logé dès le commencement dans l'œuf reçoit de la liqueur que fournit le mâle, leprincipe d'une nouvelle vie. Elle le meten état de se développer et de franchir les bornes étroites qui le renfermaient ».

Sans entrer dans le détail de ces discussions, faisons remarquer que la théorie de l'emboîtement est bien plus compliquée encore qu'elle ne le paraît. Il n'y a pas là seulement une difficulté résultant du volume des parties, mais tous les œufs diffèrent les uns des autres par le nombre des germes emboîtés qu'ils contiennent, car toute série qui aboutit à un mâle s'arrête à lui et ce sont seulement les lignées femelles qui se continuent indéfiniment.

11 en est de même pour l'emboîtement des spermatozo'ides où les séries mâles se continuent seules. De Blainville semble être le dernier qui ait soutenu jusque dans notre siècle la théorie modifiée des Ovistes.

Ovistes et Spermatistes étaient aussi embarrassés les uns que les autres pour expliquer la ressemblance matérielle de l'enfant avec ses parents. L'exemple célèbre du Mulet, qui tient de son père l'Ane et de sa mère la Jument, les plongeait les uns et les autres dans le plus cruel embarras, et ils se mettaient l'esprit à la torture pour en fournir des exphcations, d'ailleurs aufsi bizarres qu'insuffisantes et compliquées. Cela nous entraînerait trop loin de les exposer. En voici une entre autres : Le Mulet, dit Bonnet (1778), provient d'un germe de Cheval contenu dans la Jument. Ce germe contenait tous les organes de l'animal, mais froissés, affaissés, plissés. La liqueur séminale de l'Ane les gonfle, les déploie, comme aurait fait celle du Cheval, mais il gonfle et distend moins la croupe et les pattes, et davantage les oreilles, ce qui fait que le produit est un peu différent de ce qu'il eût été si son père eût été un Cheval.

Les faits de régénération n'étaient pas moins embarrassants pour eux. Où est dans l'emboitemcnt des germes, dit Éras.\ie Darwin (10), cette patte supplémentaire du Crabe qui repousse si on en casse une et qui ne se forme pas si on

l'hérédité.

Il est bien certain, cependant, que ni la queue du premier ni les globules graisseux du second ne sont facteurs des caractères héréditaires. Une

n'en casse point"? On en trouvera d'autres rapportés dans les ouvrages de BUFFON (4), d'ÉRASME O.VRWIN (10), etc., auxquels nous empruntons ainsi qu'à Lucas (47-50) et à Roth (85) un bon nombre des faits cités dans cet historique.

Est-il besoin de rappeler que les théories évolutionnistes ont succombé pour ne plus se relever, sous les critiques de Mau- PERTUis (1751), de BuFFON (4) et surtout de WoLFF (1759)? Je dis surtout de Wolff parce que ce dernier ne s'est pas contenté d'arguments théoriques, mais a montré, en suivant le développement du Poulet, que l'observation condamnait absolument ridée fondamentale de la Préformotion.

Enfin il existe une troisième opinion qui, après d'innombrablesmodiflca tiens, a fini par triompher : c'est que l'homme et la femme contribuent l'un et l'autre à la formation du fœtus.

DiOGÈNE Laerte rapporte que, d'après Pythagore (à cheval sur les VI et V" siècles avant J.-C), le sang des règles formait les parties grossières du fœtus : chairs, os, nerfs, poils, etc., tandis que les parties subtiles, les sens, l'âme, venait du sperme. Elles se dégageaient de celui-ci comme une vapeur tiède, Vaura seminalis. Empédocle (V® siècle), sans préciser ainsi, admettait que le père formait les organes les plus importants et lamèreles parties secondaires. Hippo- CRATE (V'' siècle) émit l'idée que chaque sexe fournit une liqueur prolifique spéciale et que les deux liqueurs prennent part à titre égal à la formation du fœtus. L'enfant ressemblera à celui des deux parents qui en aura fourni le plus. La semence de la femme est répandue dans la matrice où le sperme vient se mêler à elle. Elle n'apparaît au dehors que lorsque la matrice s'ouvre plus qu'il n'est nécessaire pour recevoir le sperme. Le sang menstruel ne sert qu'à la nourriture du

fœtus. Cette théorie remarquable est la plus juste que l'on pût faire à cette époque et on la trouvera bien plus étonnante encore, quand on verra plus tard qu'elle contient l'idée principale des Gemmules de Darwin. Elle a été adoptée par Galien (II'^ siècle après J.-C.) et la plupart des médecins grecs.

Aristote (IV'' siècle avant J.-C.) l'a gâtée en revenant, à peu de choses près, à celle de Pythagore. Pour lui, le corps du fœtus est formé par le sang utérin, le sperme fournit l'âme et le principe du mouvement. Il est le sculpteur, le sang maternel est le marbre, l'enfant est la statue. Cette idée se continue, sous de nombreuses variantes, avec les Stoïciens, DioGÈNE de Laerte (IP siècle avant J.-C), Tertullien (11" siècle après J.-C.) et les Pères de l'Eglise , Athénée (IIP siècle après J.-C), puis les Arabes, AviCENNE, Averroès (XI et XII« siècles), puis Van Helmont (XVI et XYII^^), Stahl (XVlIe et XVIIP) et jusqu'à nous avec ROLANDO et Vire Y qui, au commencement du siècle actuel, pensait que le mâle fournissait le principe spirituel et la femelle le principe mécanique.

D'autres comprennent autrement le partage du legs héréditaire. Pour Linné, l'ovule fournissait les organes internes et reproducteurs, et le pollen les organes externes et végétatifs. De Candolle affirmait précisément l'inverse et l'un et l'autre appuyaient leur dire sur l'observation des Hybrides. GiROU de Buzarein- GDES (28) trouve que, chez les animaux domestiques, le produit tient du père par la tête et la poitrine, et de la mère par les jambes et le bassin. Blumenbach tend à admettre cela pour l'homme. Buffon (4), Burdach, C-G. Carus attribuent à la mère une influence prépondérante dans la transmission des caractères intellectuels et moraux. Michelet, pai'tisan de

THÉORIES PARTICULIÈRES

première question se pose donc : quelles sont, dans les produits sexuels, les parties qui servent de substratum à l'Hérédité?

Dès 1866 , HiECKEL (66) établit une distinction hypothétique devançant de loin le résultat des observations ultérieures, le noyau serait l'organe de la transmission des caractères et le cytoplasma celui de l'adaptation aux conditions ambiantes.

Pour ce dcmiier, on en est encore à l'affirmation de Haeckel. Mais pour le premier, les observations de Hertwig, Strasburger, Van Benede\, etc. , sont venues lui apporter une confirmation qui a paru irréfutable, jusqu'au jour ou l'on a connu le centrosome du spermatozoïde.

Ce n'est qu'une vingtaine d'années après Haeckel, que 0. Hertwig (84) établit, sur des observations positives, que le noyau est l'organe, et que dans le noyau la chromatine est la substance, qui sert de véhicule à l'Hérédité. Presque au même moment, Strasburger (84) confirme cette opinion relativement au noyau mais cherche à prouver que la nucléine n'est qu'une substance nutritive et que le filament karyo-hijaloplasmatiqiie a le rôle important dans la transmission.

D'ailleurs son opinion n'a pas d'écho et la chromatine reste pour tous le vrai facteur matériel de l'Hérédité. Cette opinion, confirmée par Mi- NOT (86) et par plusieurs autres a régné sans conteste jusqu'à ces dernières années.

Cependant, dès 1886, Frenzel (86) émet l'idée que le cytoplasma pour-

ce genre d'Hérédité, expliquait par là rinfériorité habituelle des fils des grands hommes. On cite comme exemple Gœthe qui disait lui-même tenir de sa mère la tournure caustique et mordante de son esprit, sa crainte des émotions violentes et surtout de la mort et de son père ses caractères physiques.

Mais le métis Lislet dont nous avons parlé plus hauttenait, au contraire, de son père par l'esprit et de sa mère par le corps, puisqu'il était aussi noir que celleci et que, seul de sa couleur, il fut membre correspondant de l'Institut. Gal- TON (69), au contraire prouve, par la statistique que l'on a plus de chances (70 contre 30) de se distinguer par son talent si le talentchez les parents appartient au père.

Prévost et Dumas (24) ayant cru re-

connaître par de minutieuses observations microscopiques un rudiment de système nerveux dans le spermatozoïde et celui des autres organes dans l'ovule, voyaient là l'indication de la part de chaque parentdans la formation du fœtus. Lallemand (41) soutient une idée analogue. Enfin on est étonné de trouver que ces opinions d'un autre âge ont encore des représentant* aujourd'hui. Le D'' Cohen (75) conclut d'une ressemblance de forme qu'il trouve, entre l'œuf et les cellules nerveuses de la moelle, et entre le spermatozoïde et les cellules unipolaires des ganglions sympathiques, que « l'influence du spermatozoïde s'étend sur l'ensemble du système cérébro-spinal et celle de l'ovule sur les organes subordonnés au sympathique » !

l'hérédité.

rait hieii ne pas être une substance purement passive. Il pourrait être le facteur des caractères spécifiques tandis que le noyau serait celui des caractères individuels. Ainsi, dans l'œuf fécondé, quatre éléments interviendraient : les deux cytoplasmas représentant les caractères spécifiques des deux parents (caractères identiques sauf le cas de croisement), la vésicule germinative représentant les caractères individuels maternels et la tête du spermatozoïde représentant ceux du père. D'ailleurs c'est là une vue purement théorique et il n'y a aucune raison d'y souscrire.

Aujourd'hui que des observations plus exactes ont fait justice du rôle dominateur du noyau, le cytoplasma tend à reprendre de l'importance mais sous une autre forme et Verworn (91) parait s'approcher bien plus de la vérité en proposant la formule suivante : ce qui s'hth'ite, c'est un mode rT échanges entre le noyau et le cytoplasma.

Malgré les innombrables divergences d'opinion au sujet de l'Hérédité, divergences dont on ne pourra avoir quelque idée qu'après avoir lu les Théories générales, il est un point au moins sur lequel tout le monde est d'accord, c'est que l'Hérédité existe et que, sans elle, les espèces n'auraient pu se former. Il semble, en effet, que, sans elle, la nature organisée ne formerait qu'un cahos de formes incohérentes. Eh bien il s'est trouvé quelqu'un qui a osé, non pas nier l'hérédité qui, de nos jours, est évidente, mais nier qu'elle ait toujours été indispensable et qu'elle soit primitive et contemporaine de l'origine des Êtres. Ce quelqu'un c'est HuRST (90) et voici la théorie fort ingénieuse qu'il a émise pour soutenir ce paradoxe. Laissons-lui la parole.

L'Hérédité n'a rien d'essentiel. A l'origine elle n'existait pas. Il n'y avait parmi les êtres qu'une varialîilité désordonnée. Mais la Sélection exerçait déjà son influence et grâce à elle l'Hérédité s'est lentement établie comme limitation de la Variabilité et, peu à peu elle est devenue, stricte comme nous la voyons aujourd'hui. Plaçons-nous à l'origine de la vie et considérons les simples masses protoplasmiques qui représentaient alors les premiers êtres vivants. Il n'y a aucune raison pour que ces masses fussent homogènes et, si elles ne l'étaient pas, en se divisant, elles formaient des fragments dissemblables entre eux. Il n'y avait donc pas hérédité, mais variabilité absolue. Mais parmi ces masses protoplasmiques filles , toutes celles auxquelles les hasards de la division avaient donné une constitution trop défavorable étaient supprimées par la Sélection. Celle-ci conservait non les plus aptes, mais les suffisamment aptes et, après son triage, les produits de cette première division

THÉORIES PARTICILIÈRKS.

se sont trouvés un peu moins dissemblables qu'avant. Cela a été un commencement de limitation de la variabilité absolue du début. Parmi les masses initiales, celles qui avaient tendance à donner un plus grand nombre de formes vialiles et, par conséquent, moins dissemblables entre elles, ont laissé plus de descendants et la limitation de la variabilité s'est encore renforcée de ce eôté. Les choses ont continué ainsi. Mais, à mesure que la vie se développait, la Sélection devenait plus rigoureuse. Après avoir condamné d'abord seulement lesinaptes, elle a fini par supprimer les moins aptes et ne laisser enfin que les très adaptés qui, naturellement, se ressemblaient plus entre eux et avaient une constitution plus uniforme ; et, là encore, les individus qui, en raison de leur constitution, donnaient le plus g-rand nombre de descendants tous également aptes et par suite plus semblalîles entre eux, laissaient un plus grand nombre^de ces descendants. Les choses continuant ainsi, la variabilité excessive a été peu à peu éliminée de tous les organes et de tous les caractères et il n'est plus resté que la ressemblance héréditaire tempérée par une variabilité limitée utile A l'espèce.

Cette théorie est curieuse, mais plus curieuse que solide. Elle part d'abord d'une hypothèse improbable, c'est que les masses initiales de protoplasma vivant étaient assez hétérogènes pour pouvoir donner en se divisant des produits fortement dissemblables. Berthold (86) a montré que, dans le protoplasma vivant, les parties constitutives ne sauraient rester mélang'ées sans ordre; que, sous l'influence de leurs actions réciproques (attraction, répulsion, tension superficielle, diffusion, etc.), elles se classent d'elles-mêmes d'une façon régulière et g-énéralement sub-symétrique. Dès lors, en se divisant, la masse protoplasmiquc initiale doit donner des moitiés sub-semblables. L'hérédité est donc un fait initial. Si les choses ne se passaient pas ainsi, si, sous l'action des conditions ambiantes, les parties constitutives d'un protoplasma pouvaient prendre une disposition quelconque désordonnée, il n'y aurait pas de raison pour que la limitation de variabilité, acquise grâce à la Sélection, se maintint. De nouvelles différences s'établiraient entre les masses subsemblables triées par la Sélection.

D'autre part, il n'est pas du tout certain que les masses filles triées par la Sélection soient un peu plus semblables entre elles que celles qui ont fourni les éléments du triage. 11 y aura un moins grand nombre de formes différentes, mais non peut-être des formes extrêmes moins différentes et, sans l'Hérédité, il en pourrait toujours être ainsi; et l'on ne

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