LA MORT ET LE PLASMA GERMLNATIF
blastomcres, mais donne à un seul des deux la totalité de son Ballast. Celui qui n'a reçu que du plasma pur a pour le moment les capacités d'une cellule reproductrice. Mais toute sa lignée descendante ne sera pas dans le même cas car, en vivant, lui et les cellules ses filles se chargeront d'un nouveau ballast qui sera diversement réparti en elles. Celles qui n'en auront que peu ou point pourront seules servir d'élément reproducteur. Inversement le second blastomère, celui qui, à la première division, a reçu tout le ballast n'est pas condamné pour cela à ne fournir que des cellules somatiques, car, à la division suivante, il pourra charger une de ses cellules filles de tout son ballast et donner à l'autre du plasma pur. Ainsi les cellules reproductrices définitives sont celles qui, par un constant triage, se sont maintenues exemptes de ballast. Les cellules somatiques sont celles qui ont gardé celui-ci. Mais on voit que par un triage convenable elles peuvent, à la suite de divisions nouvelles, donner des cellules reproductrices. La division entre les unes et les autres n'a donc rien d'absolu, ni surtout d'irrévocable comme dans la théorie de Weismann. Les cellules somatiques sont condamnées à mourir, mais non immédiatement. Elles sont capables de divisions nombreuses bien que non indéfinies. Elles sont destinées à remplir trois fonctions : 1° maintenir la pureté du plasma des germinatives en se chargeant toujours de leur Ballast; 2° les nourrir; 3° former une colonie (Soma) qui entoure et protège les cellules reproductives.
Si l'on admet que les Monoplastides sont immortels, il y a lieu de se demander comment la mort s'est introduite dans le cercle évolutif des Hétéroplastides lorsque ceux-ci se sont formés les premiers
' ViNES (89) afait à Weismann cetteobjection métaphysique que l'immortalité des Protozoaires n'avait pu se perdre lorsque ceux-ci ont donné naissance aux Métazoaires, l'immortalité étant de son essence indestructible. Weismann répond [avec raison (v. p.ll7)] qu'il ne faut pas confondre l'immortalité virtuelle des Protozoaires, qui, àchaque instant, peuvent mourir par accident, ■AyecVimpérissabilité. Cette dernière seule est de son essence indestructible. Il faut concevoir le plasma du Protozoaire comme une structure physicochimique telle que les différents phénomènes qui s'y passent ne comportent
pas une cause d'arrêt, ou du moins que les altérations que la vie produit en lui sont à chaciue instant réparables par l'intervention de conditions extérieures (alimentation, conjugaison, etc.) assez faciles à rencontrer pour que, sûrement, un grand nombre d'individus les rencontrent et continuent à vivre. Au contraire, le plasma des cellules somatiques des Métazoaires est tel, que les altérations produites en lui par la vie ne sont pas indéfiniment réparables par des conditions qui puissent se rencontrer. Au moment où la cellule reproductrice se divise, la constitution physico-chimique de son
THÉORIES PARTICULIÈRES
Les êtres polycellulaires sont d'abord de simples ag-grégats d'individus unicellulaires ayant conservé les propriétés fondamentales que nous venons de reconnaître chez ces derniers. La Pandorina Moriim en est un exemple. Chaque cellule de la colonie est identique à ses voisines; toutes sont également capables de se conjuguer et de se diviser, les produits de la division sont indéfiniment identiques; chacune est donc encore immortelle à la manière des Infusoires.
Chez les Volvox qui appartiennent à la même famille que les Pandorina, est franchi le fossé qui sépare au point de vue qui nous occupe les Protozoaires des Métazoaires. La colonie comprend deux sortes de cellules : les unes petites périphériques, capables de se multiplier par division, mais incapables de reproduire l'organisme entier; les autres intérieures, grandes, aptes à reproduire la colonie. Ces dernières seules sont immortelles, les petites cellules ne passent pas dans un nouvel organisme et meurent. Ainsi s'établit le cycle évolutif qui s'est conservé chez tous les Métazoaires : une cellule reproductrice engendre une cellule reproductrice (ou plusieurs) et un corps (Soma) chargé de nourrir et de protéger celle-ci. Le Sonia meurt, tandis que la cellule reproductrice se développe et donne encore une cellule reproductrice immortelle et un Soma mortel, et ainsi de suite indéfiniment.
On s'explique d'ailleurs très bien que la Sélection naturelle et la Panmixie (Weismann) (93)) ait dû conserver cette mortalité du Soma si une fois elle s' est produite. En effet, l'immoiialité du Soma n'est d'aucune utilité pour l'espèce, du moment que sa conservation est assurée par l'immortalité des germes. Elle est nuisible même, car cette immortalité virtuelle ne les met à l'abri ni des accidents ni des mutilations, et les individus plus ou moins détériorés qui la possèdent sont certainement moins
plasma se trouve atteinte : dans l'une des moitiés, il garde une structure compatible avec l'immortalité; dans Tautre, il en prend une incompatible avec elle. Il n'y a rien là qu'un de ces faits de différenciation progressive qui se rencontrent fréquemment dans l'ontogénie des êtres lorsque, par exemple, une cellule embryonnaire se divise en deux autres dont l'une, je suppose, produira du tissu conjonctif et l'autre du tissu osseux, ou l'une du tissu nerveux central et l'autre de Tépiderme cutané. Ce qui est étonnant, continue Weismann,
c'est plutôt que Timmortalité ne soit pas détruite dans la cellule sexuelle, dans la division qui la sépare du Soma, car l'immortalitédoit être liée chez elle àquelque trait de structure bien délicat. II faut accepter cela comme un fait remarquable et non inconvenable.
[V. p. 180 l'observation de Boveri au sujet de la différence entre les cellules germinales et somatiques.]
La distinction des cellules germinales immortelles et des somatiques mortelles s'est dailleurs établie graduellement.
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parfaits et doivent donner des rejetons, moins vigoureux, moins capables de résister aux causes accidentelles de mort. Pour singulière que puisse paraître cette apparente antinomie, cette mortalité du soma est en corrélation avec une plus grande vigueur du plasma immortel des cellules sexuelles et la Sélection a pu intervenir en sa faveur.
Pour DÏTsiNG (86} comme pour Weismann (8/i.) Tintroduction de la mort dans le cycle évolutif des Hétéroplastides a pu être favorisée par ia Sélection naturelle parce que le pouvoir reproducteur s'atFaiblissant avec l'âge, il était avantageux pour l'espèce que des individus inaptes à la reproduction ne prissent pas une part de la nourriture.
La Sélection peut être considérée comme une cause du maintien de la fonction mort, chez les Métazoaires; mais elle ne l'a pas créée, et l'on peut se demander quelle est la condition physico-chimique de cette propriété, la mortalité, quelle est la différence matérielle entre le plasma immortel et le plasma mortel, et comment celui-ci a pu dériver de celui-là. A ces questions on n'a répondu que par des hypothèses très peu fondées.
Hartog (91) considère le noyau comme un organe nerveux de la cellule. A mesure que les divisions se multiplient, ce centre nerveux devient moins sensible aux excitations du cytoplasma et, réciproquement, excite moins fortement celui-ci à se nourrir. De là la vieillesse et la mort. La fécondation produit une « invigoralion » nouvelle de la cellule. Je ne vois là qu'une paraphrase du fait que tout le monde connaît et qu'il s'agit d'expliquer.
BijTscHLi (82) imagine que la vie résulte d'une action de quelque ferment sur le protoplasma. Quand ce ferment est usé, la vie cesse. Les Protozoaires ont la faculté de le fabriquer] et par conséquent de le renouveler au furet à mesure de sa consommation. Chez les Métazoaires, les cellules germinales seules jouissent du même pouvoir. Mais Cholod- KowsKY (82) fait remarquer avec raison que, s'il en était ainsi, les cellules cambiales, celles des feuilles des Bégonias, etc., devraient être immortelles car, étant capables de reproduire l'individu, elles doivent savoir fabriquer ce ferment.
Low et BoKORNY (88) croient trouver la différence matérielle entre le protoplasma mort et le protoplasma vivant dans la disparition chez le premier des groupes aldéhydes de la molécule du premier (v. p. 301).
Enfin Lexdl (89), appliquant à la question sa notion du Ballast, que nous avons expliquée plus haut (p. 350), voit dans ce Ballast la cause de la mort. Une cellule ne peut être immortelle qu'à la condition de pouthéories DE l'hérédité. 23
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voir se débarrasser de la totalité de son Ballast. Or elle ne le peut qu'en en chargeant sa cellule sœur-jumelle. Il résulte de cela, que les Protozoaires ne sont pas tous immortels. A chaque division, l'un des deux individus se purifie et conserve ainsi la propriété de se diviser indéfiniment, l'autre se charge de substances de déchet qui lui laissent la faculté de se diviser un nombre de fois très grand peut-être, mais limité.
H. Spe>'cer (93) croit que les cellules somatiques ne sont pas plus mortelles que les germinales. Elles meurent, selon lui, parce qu'elles ne sont pas dans des conditions qui leur permettent de continuer à se nourrir. Il cite les Pucerons et les Elodca (v. p. 178) pour montrer qu'elles sont capables de divisions indéfinies quand elles sont placées dans des conditions nutritives convenaljles. Pour lui, si une souris ne devient pas grosse comme un éléphant, c'est parce que sa nutrition n'est pas assez active. Or l'activité nutritive doit croître plus vite que les organes de l'absorption, car ceux-ci, représentés par la surface digestive, croissent comme le carré des dimensions, tandis que le poids du corps à nourrir croit comme le cube. Il est bien évident que cette considération mathématique n'a rien à voir dans la question, car une souris est incapable de devenir grosse comme un chat et même comme un rat, même si on la nourrit de substances choisies ou si on lui injecte les substances les plus nutritives. Il y a une toute autre cause à la limite de la taille.
En somme, aucune de ces théories n'est vraiment satisfaisante même dans son caractère hypothétique et le mystère de la mort reste aussi intact que celui de la vie.