XII. THÉORIES SUR LA TRANSMISSION DES CARACTÈRES ACQUIS
Les objections théoriques faites par Weismann à la possibilité de la transmission des caractères acquis ont une valeur indiscutable. Comment, dit-il, le renforcement d'un muscle ou d'une articulation par l'exercice, comment l'allongement de l'œil par la lecture assidue, comment la suppression de la queue par amputation, comment l'aptitude musicale développée par la culture de cet art, comment tout cela pourraitil se transmettre à l'ovule ou au spermatozoïde où il n'y a ni muscle , ni œil, ni queue, ni cerveau? A supposer même qu'il y ait dans l'élément sexuel des rudiments distincts de tous ces organes , comment et par quelle voie la modification de l'organe du corps pourrait-elle influencer son rudiment germinal et produire en lui précisément la minime modification, infiniment délicate et infiniment précise, nécessaire pour que ce rudiment développe la modification similaire?
La modification ne pourrait être communiquée au germe que par une influence émanée de l'organe ou par un apport de substance. Le système nerveux seul pourrait être le véhicule des premières. Or on ne voit pas comment des influences multiples, ayant toutes leur caractère distinct, pourraient cheminer sans se confondre le long des filets nerveux, et imprimer chacune au Plasma gerniinatif une modification adéquate. Quant à un apport de substance par les Gemmules de Darwin ou de Brooks par exemple, non seulement il est d'une invraisemblance absolue, mais il est condamné par ce que l'on connaît aujourd'hui de
THÉORIES PARTICULIÈRES
la division cellulaire. Pourquoi la division longitudinale du filament et toutes les dispositions si délicates destinées à assurer une composition précise de l'Idioplasma de Tœuf, si cet Idioplasma était à chaque instant modifié par un apport de substances nouvelles ?i
Depuis que Weismann a écrit cela, on a découvert les communications protoplasmiques , ou du moins on a beaucoup agrandi leur extension et leur importance, mais on ne sait pas si elles sont générales. Cela est peu probable et, le seraient-elles, que la difficulté n'en serait guère amoindrie, car pas plus que le système nerveux, ou le courant sanguin, elles ne paraissent aptes à conduire jusqu'à l'œuf les influences dynamiques ou des substances chimiques et à produire par leur moyen la modification réversible.
Weismann admet une influence de Soma sur le Germen, mais très faible et surtout très vague et par conséquent incapable d'expliquer la transmission des caractères acquis; et, logicjuenient, il nie cette dernière, s'efforce de ruiner les faits qui semblent lui fournir un appui, et demande à ceux qui y croient de leur montrer par quelles voies elle peut s'opérer. C'est aux îVieorzV'.s' ^mem/e.s (surtout celle de Darwin, Brooks, CoPE, Haacke, etc.), que nous trouverons les essais de réponse, et parmi les explications isolées pouvant prendre place ici, je n'en trouve que deux et qui n'ont pas une bien grande valeur.
Ryder (90) invoque \e Métabolisme, vieille dénomination proposée par Th. Schwann et que l'école anglaise a remis en honneur. Le métabolisme c'est, en somme, la transformation incessante des organismes vivants par le mouvement nutritif sous son double aspect d'assimilation, de construction, et de disassimilation, destruction des parties formées. D'après Ryder, toute condition susceptible d'engendrer une variation agit sur le métabolisme général de l'individu et par suite sur les éléments sexuels. Il avoue d'ailleurs que le métaljolisme est inexpliqué et il devrait ajouter que la manière dont il produira sur les éléments sexuels la modification réversible est bien plus inexpliquée encore. En sorte que rexplication n'explique rien du tout.
* Bien entendu ces difficultés n'existent (jue pour les êtres polyccUulaires. Chez les uni-cellulaires, les caractères acquis sont tout naturellement héréditaires, car ils se traduisent par une modification de la cellule unique qui constitue leur corps
et c]ui se scinde en deux moitiés identiques pour se reproduire. Weismann (922) insiste beaucoup sur ce point que Darwin (80) avait d'ailleurs signalé avant lui.
- J'appelle ici et appelerai désormais