XIV. THÉORIES SUR LA TÉLÉGONIE
On a cherché à expliquer de diverses manières cette influence douteuse du premier mâle ^ que désigne le nom de Télégonie.
WiîisMANiv invoque une fécondation incomplète d'œufs non mûrs. Mais ce que Ton sait de la fécondation interdit d'ajouter foi à cette explication.
RvDKR (90) invoque de nouveau le Métabolisme qui pas plus ici que pour l'hérédité des caractères acquis (V. p. 362) ne met une explication claire à la place des faits ohscui's.
Spencer pense que le foetus métis modifie la mère à son image et lui communique quelques caractères du père, qu'elle transmet ensuite à ses autres produits.
Mais on ne voit pas que la mère revête elle-même ces caractères.
TuBNER croit que la modification porte non pas sur la mère, mais sur les œufs non mûrs des portées suivantes; et les échanges nutritifs entre elle et son premier fœtus sont les intermédiaires de cette modification.
Romanes (93), au contraire, cherche l'agent de cette modification dans la subtance des spermatozoïdes superflus du premier coït. Ces spermatozoïdes meurent, mais leur substance ne meurt pas et, absorbée par les œufs à la manière d'un aliment, pourrait les modifier.
Le sperme qui a pénétré dans la matrice équivaut, en effet, à une de ces injections séquardiennes dont on connaît les effets sur l'organisme. Il n'est pas impossible que les produits sexuels non mûrs ne soient en quelque chose modifiés par elle. Mais on ne peut croire c£ue ceux-ci ab-
* Voir, en outre, aux Théories générales de J.eger, Darwin , Galton , Weismann , de la troisième partie, les explications • Haacke, etc.
THÉORIES PARTICULIÈRES
sorbent vraiment du Plasma germiiiatif qui se mêle au leur et prenne rang à côté de celui-ci et à titre égal, comme dans la fécondation. L'idée est vraisemblable mais l'explication est insuffisamment creusée.
Enfin Bard (94) croit trouver une explication dans une force particulière qu'il appelle V Induction vitale. Selon cet auteur, la vie du protoplasma se manifeste par des forces ayant des modalités (rythme, vitesse, direction, longueur d'onde, etc.) beaucoup plus variées que dans les phénomènes physiques (électricité, lumière) où on les a étudiées. Ces forces peuvent agir les unes sur les autres par une action comparable à l'intluence électrique et qui constitue l'induction vitale. Cette induction vitale se montre nettement par l'action des organes reproducteurs sur les caractères sexuels secondaires exprimés dans le soma ; elle se montre, par ses effets négatifs, dans la castration. Or comme il n'y a pas d'action sans réaction, on doit admettre que réciproquement le soma et ses modifications peuvent agir à distance sur les cellulles sexuelles par induction vitale et les modifier.
Cette explication, si c'en était une, serait aussi valable pour l'Hérédité des caractères acquis que pour l'Infection du germe. Mais l'auteur ne pense qu'à cette dernière. D'ailleurs il est évident que cette induction vitale hypothétique n'expliquerait quelque chose que si elle était démontrée et surtout si ses effets étaient quelque peu précisés.
Les voies et moyens de la Télégonie, si cette influence est réelle, restent encore absolument indéterminés.