XVII. THEORIES SUR LA FORMATION DES ESPECES
Avant Lamaric (9) on n'avait point songé que les espèces pussent, d'une manière générale, devoir leur origine à une cause naturelle. .le dis d'une manière générale, parce que plusieurs auteurs, ne fût-ce que Buf- FON et Maupertuis, avaient attribué à des causes naturelles Torigine de quelques races ou espèces, mais aucun n'avait eu l'idée que l'ensemble des formes organisées pût devoir son origine au simple jeu des forces de la nature. On attribuait, il est vrai, à la génération spontanée la création d'un certain nombre de formes dont quelques-unes assez élevées en organisation, mais, en général, on ne doutait pas que chaque espèce ne dût son origine à un acte créateur d'une puissance supérieure. Cependant, ici comme partout, l'idée nouvelle a eu des germes plus ou moins obscurs qui l'ont précédée. Les commentateurs de Darwin ont souvent mis en lumière les inspirations de Lucrèce. Plus tard, dans les siècles qui précèdent immédiatement le nôtre, ou au commencement de celui-ci, on a retrouvé l'indication parfois fort nette des idées que Lamark et Darwin ont développées. Darwin lui-même en a fait connaitre un certain nombre. On a beaucoup plus écrit sur tout cela, que cela ne méritait, aussi ne nous attarderons-nous pas à détailler encore ce thème. Signalons seulement que certaines idées que l'on croit toute modernes ont été nettement exprimées il y a bien longtemps. L'idée de la variabilité incessante se trouve dans Erasme Darwin (10) un demi siècle avant de reparaître dans les travaux de son petit-fils. Celle des tendances évolutives internes a été exprimée par Kant (1785) un siècle avant N.egeli (8'i-) et celle de la Ségrégation remonte à Mai perti is, c'est-à-dire à plus d'un siècle et demi ' .
' On trouvera à l'exposé de la théorie de Buffon un résumé des opinions de cet auteur sur ce chapitre.
Au milieu du siècle dernier, Maupertuis (1751) a émis, sur l'origine des espèces quelques idées, très remarquables, comme sont d'ailleurs presque toutes celles de son étonnant petit livre La Vénus Physique. Nous ne pouvons mieux faire que de citer ses propres paroles. « Au reste, quoique je suppose ici que le fond de toutes ces variétés se trouve dans les TiiÉor.iES DE l'hérédité.
liqueurs séminales mêmes, je n'exclus pas l'influence que le climat et les aliments peuvent y avoir. Il semble que la chaleur de la zone torride soit plus propre à fomenter les parties qui rendent la peau noire que celles qui la rendent blanche et je ne sais pas jusqu'où peut aller cette influence du climat ou des aliments après une longue suite de siècles. »
Il admet alors qu'il y a toujours tendance au retour de ces caractères nouveaux sur les caractères normaux de la
THÉORIES PARTICULIÈRES
On n'attond pas que nous donnions ici un exposé des théories de Lamark et de Darwin. Les idées de ces deux grands naturalistes ont été si souvent résumées à l'occasion des discussions dont elles ont fourni le thème, que nous ne croyons pas utile de les rappeler encore une fois.
Passons tout de suite à la discussion de la question préjudicielle dont dépend le triomphe des idées du premier ou du second, ou plutôt de leurs adeptes modernes les Néo-Lamarkiens et les Néo-Darwiniens. La question est celle-ci : la Sélection naturelle, seule ou aidée de quelques facteurs accessoires, Sélection sexuelle, Ségrégation, Panmixie, est-elle ou non capable d'expliquer la formation des espèces et l'apparition des caractères de tout ordre, y compris ceux des neutres dans les espèces sociales, ceux qui dépendent du sexe et ceux que l'on rattache au mimétisme.
a) Critltiuc <lo la sélection.
La théorie de la Sélection naturelle a tout d abord suscité une première objection. Kôlliker, dès 1872, combattait le principe d'utilité des Darwinistes. Cette thèse souvent reprise a été surtout soutenue par N;egeli
race, et que d'ordinaire ce retour a lieu. Si ces êtres aberrants, nains, géants, nègres restent mêlés aux individus normaux de taille moyenne et de couleur blanche, il en est ainsi.
Mais il est une circonstance qui peut leur permettre de persister et de servir d'origine à une race nouvelle.
« Que ces géants, -que ces nains, que des noirs soient nés parmi les autres hommes, l'orgueil, la crainte, auront armé contre, eux la plus grande partie du genre humain et l'espèce la plus nombreuse aura relégué ces races difformes dans les climats de la terre les moins habitables. Les nains se seront retirés vers le pôle arctique, les géants auront été habiter les terres de Magellan, les noirs auront peuplé les zones torrides. »
Les exemples sont mauvais, mais il y a là l'idée très juste, et que Ton croit toute moderne que la Variation accidentelle ne saurait engendrer d'espèces nouvelles sans le secours de la Ségrégation.
La théorie de N.egeu (84) que la Variation progressive est due à l'évolution de tendances internes de l'idioplasma se retrouve, comme nous le disons, dans un ouvrage de Kant (1785). Brock (88) a rappelé que, d'après ce philosophe, les races se forment par le développement de caractères contenus en puissance dans la race souche. Il en voit la preuve dans ce fait que les traits caractéristiques des races, par exemple la couleur de la peau, sont permanents et fixes, ce qui n'arriverait pas s'ils étaient acquis et transmis comme tels.
Enfin on trouve en maints endroits de l'ouvrage d'Ér.ASME Darwin (10) un aperçu do l'idée générale qui a illustré son petit-fils. 11 montre les êtres acquérant les caractères, les armes qui leur sont nécessaires pour vivre et se défendre, il présente la pâte animale comme malléable et dit formellement que (vol. II, ch. 39, p. 293) « une seule et même espèce de filaments vivants est et a été la cause de toute vie organique. »