‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 143 sur 251 · CRITIQUE DE LA SÉLECTIOX · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE LA SÉLECTIOX

(84) qui voit, dans la tendance interne de Tldioplasma à la complication et au perfectionnement, la vraie cause de tout ce que les Darwinistes attribuent à la Sélection. Il est aisé, dit-il, de montrer combien leur théorie est insuffisante. D'après eux, des causes irrégulières et indéterminées produisent en des points indéterminés de l'organisme des variations indéterminées, et la déterminaton du résultat provient de ce que la Sélection trie et conserve seulement ce qui est avantageux. Ils en sont venus à ne pins demander rien de précis aux causes modificatrices et à rechercher seulement si, et à quoi, chaque disposition peut être utile,, et arrivent ainsi, par une autre voie, à se rencontrer avec les théologiens finalistes, trouvant à chaque disposition organique une utilité imaginaire, sans remarquer que, si la disposition eût été inverse, ils lui auraient trouvé tout aussi aisément un avantage quelconque. A quoi arriverait-on, ajoute Naegeli, si l'on appliquait cette méthode aux phénomènes physiques et si l'on cherchait h» cause de la forme ronde des gouttes de pluie ou hexagonale des flocons de neige dans l'utilité de ces dispositions. Les physiciens font autrement : ils cherchent la cause physique directe. C'est plus difficile mais plus juste. La théorie de la descendance doit faire de même. C'est ce que fait la nôtre et ce que ne fait pas celle de Darwin.

Cette comparaison est entièrement dénuée de sens. Naegeli aurait pu remarquer que les flocons de neige ne s'engendrent pas les uns les autres, comme font les animaux ou les plantes. Les physiciens ne demandent pas à la Sélection la cause de la forme des flocons de neige parce que cette forme est invariable et surtout parce que si un flocon a une forme un peu diflerente, fût-elle avantageuse [?] pour lui, il serait impuissant à la propager, pour la bonne raison qu'il n'a pas de descendants à qui il transmette ses particularités individuelles. Naegeli, en se moquant de toutes ces indéterminations qui aboutissent, en fin de compte, à une détermination précise, montre qu'il n'a pas compris Darwin dont le grand mérite est précisément d'avoir montré comment on peut expliquer par des forces aveugles une harmonie finale qui, jusqu'à lui, semblait démontrer l'intervention d'une intelligence supérieure.

La Sélection naturelle. — La Sélection naturelle est un principe admirable et parfaitement juste. Tout le monde est d'accord aujourd'hui sur ce point. Mais, où l'on n'est pas d'accord, c'est sur la limite de sa puissance et sur la question de savoir si elle peut engendrer des formes spécifiques nouvelles. Il semble bien démontré aujourd'hui qu'elle ne le peut pas. Nous allons examiner successivement les arguments qui le prouvent.

THÉORIES PARTICULIÈRES

1° Les causes de Variation étant plus faibles que les causes de Fixité, celle-ci doit forcément l'emporter sur celle-là. — Personne n'a jamais mis en doute que le nombre des individus variés ne soit, à chaque g-énération, lieaucoup plus faible que celui des individus normaux. Il en résulte que la Variation ne constitue jamais qu'une exception et que le gros de l'espèce ne change pas.

Si, en effet, à la première génération, un millième des individus est atteint par la variation en question, à la génération suivante il n'y aura plus qu'un millième d'un millième, la proportion baisse avec une rapidité extrême et pratiquement se réduit bientôt à zéro.

Delboeuf (77) n'est pas de cet avis et il se fait fort de prouver que : Pour si faible que soit le nombre des individus variés par rapport à celui des non variés, le nombre des variés ira toujours en croissant et finira par dépasser celui des individus restés fidèles au type pmmitif.

Pour démontrer cet extraordinaire paradoxe désigné sous le nom de Loi de Delbœuf, son auteur raisonne de la manière suivante.

Soit A la forme commune d'une espèce; et appelons Adzl, A ±2, A ±3... les individus qui ont parcouru 1, 2, 3... degrés d'une A'ariation donnée dans le sens positif ou dans le sens négatif, et admettons que, pour une raison quelconque , chaque individu en se reproduisant eng-endre n individus semblables à lui , et deux différant de lui par une variation de 1 degré, l'un dans le sens positif, l'autre dans le sens négatif. Ainsi

A engendrera nk-\-i (A+1)-|-1 (A — 1) (A + 1) » »(A + 1) + 1 (A-f-2)-hlA

(A — 3) » rt(A — 3) + l (A — 2) + l (A — 4), etc. Cela posé, il est facile de montrer que, au bout d'un nombre sufBsant de g-énérations , toujours les individus variés finiront par l'emporter en nombre sur les non variés, et cela, quelle que soit la valeur de n, c'està-dire du nombre d'individus non variés, par rapport au nombre d'individus variés qui, ici, est de 2 seulement à chaque génération.

Nous ne reproduirons pas le long tableau de Delbœuf, car on peut se convaincre par un raisonnement bien .simple que le résultat annoncé par lui est inévita])le, comme il le fait très bien remarquer lui-même. Le rapport initial des individus variés A±l aux non variés A est \ Poiu* (jue ce rapport se maintînt, il faudrait que les 2 (A ± 1) et les n A produisissent toujours et exclusivement des individus semblables à eux-mêmes. Or il

Page 1