‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 152 sur 251 · LEUR CLASSEMENT · texte numérisé non relu

LEUR CLASSEMENT

La Biologie g-énérale comprend , malgTé son nom , un grand nombre de problèmes particuliers. La division cellulaire, le mouvement du protoplasma, la formation des espèces, ne sont pas certes des questions mesquines; cependant on peut entreprendre de les résoudre sans connaître la constitution intime de la sulîstance organisée et ses modes d'action. Ce sont, malg'ré leur ampleur, des questions particulières. La Biologie renferme quelque chose de plus général, c'est ce qui concerne l'essence même de la vie, comment elle commence, se continue et se transmet.

Il n'y a pas deux manières d'attaquer le problème de la vie pour en trouver une solution positive. La vie résulte évidemment des propriétés de la matière vivante et ces propriétés sont le résultat de sa constitution physico-chimique. Il faut donc connaître cette constitution physicochimique. Or là, nous sommes radicalement arrêtés. La chimie nous enseigne la composition élémentaire du protoplasma ; elle nous fait connaître un certain nombre des substances complexes qui entrent dans la constitution de ses différentes parties ; l'histologie nous montre en lui des organes minuscules, fort complexes, associés pour former la cellule; mais entre les molécules, que le chimiste ne fait que peser ou compter, et ces organes déjà si compliqués, il y a une lacune immense. Quel arrangement prennent les molécules? Quelles associations forment-elles pour engendrer la substance vivante?

Notre ignorance est absolue sur ce point.

En l'absence des faits, il faut bien s'adresser à l'hypothèse, puisque

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nous ne pouvons nous résigner à détourner notre esprit de ces questions captivantes. L'hypothèse vraiment scientifique, c'est-à-dire imaginée de toutes pièces, mais s' astreignant à ne heurter aucun fait positif et à en expHquer le plus grand nombre possible, est plus fructueuse parfois que l'étude des questions abordables mais d'intérêt secondaire.

Les hypothèses n'ont pas manqué dans cette question, générale entre toutes, de l'essence de la vie. L'antiquité a eu les siennes. Elles ont été ce qu'elles pouvaient être, c'est-à-dire sans fondement, forcément incomplètes et inexactes, la plupart franchement absurdes, quelques-unes étonnantes par le sens divinatoire de leurs auteurs. Celles des temps plus modernes, presque jusqu'à l'origine de ce siècle, ne sont pas d'une autre nature. Le génie de l'homme est reste le même, et l'ignorance des structures microscopiques laissait la même liberté à l'imagination. La découverte de faits dont les théories ont à tenir compte a permis d'éliminer la plupart d'entre elles, mais il y a encore une telle disproportion entre le but et les moyens, que l'accord est loin d'être fait, même sur les points les plus généraux.

Avant de passer à l'exposé de ces théories, il faut les classer.

L'ordre chronologique n'aurait pas l'avantage de montrer les progrès successifs de la question, car il s'en faut de beaucoup que chacune soit meilleure que ses aînées ou pire que ses cadettes ; et il aurait l'inconvénient de mêler les conceptions les plus disparates. Nous les classerons donc sous quelques chefs généraux, quitte à reprendre l'ordre chronologique pour celles de même nature.

La question de la vie n'a pas toujours été traitée seulement par des naturalistes. Les philosophes l'ont abordée avec les tendances naturelles de leur esprit. Aussi ne devons-nous pas nous étonner de trouver des tentatives d'explication de la vie par un principe spirituel dominateur, seul actif, animant le corps.

Les Théories animistes procèdent de là.

Aristote, Platon, Saint Augustin, tout le moyen âge, Van Helmont, Staul, sans avoir émis de théories complètes, ont cherché à expliquer la vie par l'âme. Le nisits formativus de Blumenbacii, de Neediiam, la forcj' vitale des l'ancienne école de Montpellier sont des variantes de la même idée fondamentale que la vie est une entité immatérielle. Chez beaucoup de Sauvages on retrouve une idée analogue.

Bien différente est l'idée des Évolutionnistes qui croient que les germes

CLASSEMENT DES THÉORrES.

de tous les individus à naître sont contenus, emboités les uns dans les autres, dans les individus de la génération existante.

Ils se divisent comme on sait en Sprnnatistes et Ovistes selon qu'ils placent remlîoitement dans le spermatozoïde ou dans l'œuf. Les noms de Galiex, Leuwemioek, Axdry, etc. se rattachent à ceux-ci. Ceux de Harvev, Graaf, Swammeruax, MALPiGur, Haller, Bonnet, Spallanzani, etc., à ceux-là.

Les théories de beaucoup les plus nombreuses et les plus variées sont celles dont les auteurs ont cherché à deviner la structure de ce que nous ne voyons pas dans le protoplasma, entre la cellule avec ses organes et les atomes ou les molécules des chimistes.

La question se pose dans ce cas de la manière suivante : imaginer une constitution de la matière vivante qui se concilie avec ce que l'on sait de sa structure et permette de comprendre ses propriétés.

Toutes ont abouti à la conception de particules initiales qui seraient les éléments constitutifs de toute substance vivante. On pourrait les appeler théories microméristes * pour les désigner par un vocable qui rime avec ceux des autres théories.

Ces théories n'ont entre elles que ceci de commun : que la vie résulte des propriétés de particules spéciales, éléments initiaux de la matière vivante. Pour le reste, elles sont extrêmement variées.

Pour BuEFON (4), Béciiamp (83), ces particules sont des éléments immortels, répandus partout, formant les êtres vivants par des associations temporaires , se dispersant à leur mort dans le monde inorganique , mais sans mourir elles-mêmes , et capables d'entrer dans de nouvelles combinaisons vivantes.

Pour les autres, au contraire, elles sont mortelles, se dissociant après la mort de l'être vivant, et ne gardant rien alors de vivant en elles. Elles se reproduisent par elles-mêmes en se divisant ou, sans se reproduire, augmentant de nombre par formation de nouvelles particules au contact des anciennes et sous leur influence.

Spencer (88) , Haacke (93) et les Périgénistes , Erslberg (74 , 76) , H.ECKEL (76), admettent que ces particules sont toutes de même nature ; que toutes, quelles que soient leurs différences secondaires, participent au même titre et de la même manière à la détermination de la forme de l'ensemble de l'organisme; que la tête, la poitrine ou les membres, que le

* De mxpô; petit, (ji£pi(TXTi; qui partage.

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foie ou le cerveau ne doivent pas leur forme spécialement aux particules qui les constituent, mais dépendent, à titre égal, de toutes les autres particules du reste du corps; qu'en un mot la Différenciation anatomique, sinon Tliistologique, de chaque partie de l'organisme a pour facteurs toutes les particules et chacune d'elles au même titre. D'ailleurs chacun comprend à sa manière la détermination des caractères anatomiques.

Pour Spencer, elle dépend uniquement des forces moléculaires attractives des particules qu'il appelle les Unités physiologiques ; pour Haackk la forme des particules Gemmes et Gemmaires intervient à titre égal; entin pour les Périgénistes, Erslberg, H.ïcicel, auxquels je joindrai Dol- BEAR (89), c'est le mouvement vibratoire des Plastidules qui est le facteur essentiel.

Aux Périgénistes se rattachent quelques théoriciens qui, sans se prononcer sur la nature et les propriétés des particules, acceptent leur idée qu'une certaine forme de mouvement moléculaire est la cause mécanique des phénomènes vitaux. Tels sont His (75), Cope (89), Orr (93).

Mais, en général, les naturalistes ont trouvé plus commode d'attribueiaux particules constitutives du protoplasma des natures diverses. Chaque particule n'étend plus son influence à l'ensemble de l'organisme, mais à une sphère d'action plus ou moins limitée.

C'est sur cette hypothèse, plus vraisemblable que la précédente, que reposent les théories le plus en vogue aujourd'hui. Mais combien de variantes elles présentent selon l'idée que l'on se fait de la nature des particules et des forces qui régissent leurs propriétés !

D'après la nature qu'elles attribuent aux particules , les théories se divisent en deux catégories principales.

Dans l'une d'elles, la diversité des particules ne correspond pas à celle des organes ou aux caractères de l'individu; celles-ci l'engendrent en se groupant de certaines façons sous l'influence des forces moléculaires qui émanent d'elles, mais aucune n'est prédestinée à former telle ou telle partie, à développer tel ou tel caractère; elles ne représentent pas, par avance, quelque partie ou caractère de l'organisme futur.

Pour les uns, ce sont de simples molécules au sens que les chimistes attribuent à ce mot, c'est-à-dire des combinaisons primaires d'atomes, et le protoplasma n'est qu'une substance chimique ; la vie résulte soit des propriétés physico-chimiques de ses molécules constitutives, soit de leurs propriétés chimiques seulement. J;iîger (79), Gautier (86), etc., acceptent la première idée; Hanstein (80), Berthold (86) adoptent la seconde.

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Pour les autres, les particules ne sont pas des simples molécules cliimi- (jues, mais des agrégats d'ordre plus élevé. Fol (79) suggère qu'elles pourraient n'être que de petits appareils électriques. N.dgeli (84) en fait des sortes de cristaux organiques les Micelles, doués de forces moléculaires spéciales. Isolés, les Micelles n'ont que des propriétés d'ordre inorganique; associés en groupes harmoniques, ils déterminent les propriétés et caractères de l'organisme, qui ne sont que la résultante de leurs forces moléculaires diversemen-t combinées. Altmaxn (94) donne à ces agrégats des dimensions bien plus grandes puisqu'il les montre au microscope dans les Gmnules du protoplasma et il voit en eux des appareils complexes où s'élaborent des réactions chimiques. Enfin Wiesner (92) les considère comme des aggrégats organiques, les Plasomes, doués, de par leur constitution même, des trois propriétés fondamentales de la matière vivante, la nutrition, l'accroissement et la reproduction.

Dans la seconde des catégories annoncées, les particules sont représentatives : chacune a, par avance, une signification déterminée par rapport aux organes ou aux caractères de l'être futur.

Mais que représentent-elles?

Darwix (80) et tous ceux qui ont suivi ou modifié sa théorie de la Pangénèse, Galton (75), Brooks (83), etc., admettent qu'elles représentent les cellules du corps.

Aux vrais Pangénistes, il faut joindre les Précurseurs de la théorie qui, sans spécifier si les particules représentaient les cellules, que la plupart ne connaissaient pas, ont émis cependant une conception analogue; ce sont, en remontant des modernes aux anciens: Érasme Darwin (10), Maupertuis (1751), C. Bonnet (1776) (2'' système), puis Paracelse, et enfin Aristote, Hippocrate, Dé.viocrite, et Héraclite.

Weismann (84) , dans sa première théorie, les considère comme des parcelles minimes mais complètes des Plasmas germinatifs des ancêtres directs. Enfin N.egeh (84) et ue Vries (89) voient en elles le représentant des caractères et propriétés élémentaires combinés pour former les caractères et propriétés d'ensemble; et Weismann (92), dans sa nouvelle théorie, combine heureusement l'idée de de Vries avec celle de Darwin.

Il reste une dernière grande classe de théoriciens dont la conception s'oppose à celle des Animistes , Évolutionnistes et Microméristes, c'est celle des Organicistes, pour qui la vie, la forme du corps, les propriétés et les caractères de ses diverses parties, résultent du jeu réciproque, de la lutte de tous ses éléments : cellules, fibi'es, tissus, organes, qui réa-

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