‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 161 sur 251 · THÉORIE DE H^ECKEL · texte numérisé non relu

THÉORIE DE H^ECKEL

joute rien à la valeur du système et qui est moins vraisemblable que celle d'une reproduction par division.

Le principal mérite de la théorie réside dans l'idée de la permanence à travers les générations successives d'une substance spéciale contenant en elle les facteurs des caractères héréditaires et se transmettant des parents aux enfants par les produits sexuels. Il y a là, plus qu'en germe, la conception de la Continuité du Plcmna germinatif dont peu d'années après Léger (77), Nussbaum (80) et surtout ^YEIS1UANN (85) ont tiré parti avec tant de succès.

On ne peut s'empêcher d'admirer l'idée si ingénieuse et en somme très vraisemblable des arbustes généalogiques indépendants et l'explication si originale du parallélisme de la Paléontologie et de l'Anatomie comparée. Il y a plus d'aperçus nouveaux et d'explications vraisemblables dans les plaquettes de quelques pages où l'auteur a fait tenir les idées élaborées pendant de longues années, que dans les gros mémoires de Haacke, de NyEGELi, d'EiMER et de tant d'autres. C'est affaire de race.

HiECKEL (1876) I^a Péi'igënèse des Plaslidiiles.

Expos?.

Les Plastidules sont de simples molécules chimiques très complexes, mais non des agrégats d'ordre supérieur. Elles ne sont décomposables qu'en atomes; elles ne peuvent se diviser sans se détruire, ce qui leur enlève la possibilité de se reproduire par elles-mêmes, par voie de division. Leur multiplication se fait par la production incessante de nouvelles Plastidules aux dépens du liquide nutritif, mais le résultat est le même que si elles se multipliaient par division , car les nouvelles prennent sous l'influence des anciennes, au moment même de leur formation, la constitution chimique et le mode de mouvement de celles-ci, à la manière des molécules salines d'une solution non saturée qui se solidifient au contact d'un cristal déposé dans la solution.

Les Plastidules sont si petites que les plus fines particules visibles au microscope en contiennent un nombre immense. Elles sont les éléments constitutifs de la matière vivante

' Celle-ci forme, suivant la division pro- 1866), d'abord le Plasson, substance inféposée ailleurs {Generelle Morphologie, rieure au protoplasma. Les petites masses

LES THÉORIES GÉNÉRALES

Les Plastidules sont entourées d'une ou plusieurs couches d'eau et, selon l'abondance de ces couches, le protoplasma est plus ou moins fluide.

Les Plastidules sont vivantes tandis que les autres molécules chimiques ne le sont pas. Mais pour se rendre un compte exact de la différence sous ce rapport entre les unes et les autres, il faut distinguer la vie au sens large et la vie au sens étroit.

Dans le premier sens, la vie est universelle; on ne pourrait en concevoir l'existence dans certains agrégats matériels si elle n'appartenait pas à leurs éléments constitutifs. Dans ce sens, les atomes eux-mêmes sont vivants et, à ce titre, ils jouissent de toutes les propriétés fondamentales de la vie : ils sont sensibles au plaisir et à la douleur, ils éprouvent des attractions et des répulsions, ils ont une volonté. L'affinité chimique ne peut se concevoir que comme l'effet de la volonté des atomes qui se réunissent suivant leurs impulsions motivées par leurs sensations. Mais, en raison de leur simplicité, les atomes ont une volonté fixe, leurs sensations et leurs impulsions ont une constance invariable dans des conditions identiques; ils ne peuvent pas ne pas vouloir une fois ce qu'ils ont voulu d'autres fois dans des conditions semblables ^.

Au sens étroit, la vie est la Reproduction, et la Reproduction n'est autre chose que la Mémoire. Elle est inconsciente dans les Plastidules, mais elle existe, tandis que les molécules chimiques plus simples sont, comme les atomes, privées de mémoire et, par suite, de la faculté de se reproduire : dans ce sens elles ne sont pas vivantes

de plasson individualisées constituent histogénétiquement les cytodes (cellules sans noyau), et pliylogénétiquement les Monères (Protozoaires et Protophytes sans noyau). Par un premier progrès, le plasson devient protoplasma dans le corps cellulaire et Cocoplasma dans le noyau.

Les Plastidules du plasson prennent le nom de Plasmodules dans le protoplasma et de Coccodules dans le coccoplasma.

[Distinctions inutiles, car il n'est fait aucune différence dans la théorie entre les Plastidules, les Plasmodules et les Coccodules, et Hseckel ne le propose que pour se procurer, selon son habitude, le plaisir de créer quelques néologismes de plus.]

' Si notre volonté à nous, êtres supé-

rieurs, parait si différente de celle des atomes, ce n'est pas qu'elle soit d'une autre nature, c'est parce qu'elle est complexe; elle est la résultante des volontés de nos innombrables particules constituantes, qui se composent, suivant la même loi que les forces mécaniques, par groupes de plus en plus importants, jusqu'à une résultante unique; le moindre changement dans les conditions , un simple souffle d'air introduit de nouvelles forces ([ui se combinent avec les autres et modifient la résultante dans son intensité et dans sa direction. De là résulte une variabilité incessante qui prend les allures de la liberté.

2 [L'auteur vient dedireciuclques lignes plus haut qu'on ne saurait concevoir que

THÉORIE DE HiECKEL.

Les Plastidules, au contraire, sont vivantes parce qu'elles ont la faculté de provoquer la naissance de particules semblables à elles-mêmes. Ce sont les seuls agrégats chimiques doués de Mémoire

Cette Mémoire est dans les Plastidules une propriété purement mécanique résultant du mode de mouvement de leurs atomes constituants. Elle se transmet comme ce mouvement et par lui.

Avec ces données, il est facile de se représenter le processus biogénétique général et d'en comprendre toutes les manifestations d'une manière purement mécanique, sans faire intervenir d'autres forces que celles inhérentes aux Plastidules et celles qui, venues du dehors, s'unissent à elles et les modifient.

Évolution phylo génétique des organismes. — Les premiers organismes, simples cytodes, ou Monères, c'est-à-dire petites masses de plasson (protoplasma primordial sans noyau) ne sont que des amas de Plastidules 2.

Ces petits organismes ont des caractères qui sont l'expression directe des mouvements combinés de leurs Plastidules, comme les caractères du cristal dépendent de ses molécules et de leurs mouvements. Placés, dans un milieu nutritif convenable, ils augmentent de volume tout comme le cristal par dépôt, précipitation de nouvelles Plastidules qui se forment aux dépens du milieu nutritif et prennent, immédiatement et sous Tinfluence des Plastidules antérieurement formées, la constitution et le mode de mouvement de celles-ci 3.

les Plastidules possédassent la vie si leurs éléments constitutifs, les atomes, ne la possédaient pas. Comment se fait-il qu'elles puissent maintenant posséder la mémoire dont les atomes sont privés. La mémoire n'est cependant pas un degré plus ou moins élevé de la vie. Elle en diffère essentiellement. Il y a là une contradiction formelle.]

* [Il n'y a en tout cela aucune solution réelle de la difficulté qui consiste à concevoir comment lesforces peuventengendrer l'idée. Il appelle Volonté des atomes ce qui n'est qu'un mouvement purementmécanique et Mémoire des Plastidules ce qui n'est qu'un acte de vie végétative inconsciente. S'il appelle cela Mémoire, la vraie mémoire consciente n'est pas plus facile à comprendre après cela que s'il lui avait laissé son nom de Reproduction.

[11 faut entendre ici cette Mémoire inconsciente au sens d'Ewald Hering (70).

Haeciel diffère de Hering en ce qu'il n'accorde la Mémoire qu'aux Plastidules, c'est-à-dire au protoplasma sous ses diverses formes, et la refuse aux substances de l'organisme qui ne sont que des produits des cellules.]

^ Les Plastidules sont là, placées côte à côte, sans arrangement spécial. Plus tard, dans un protoplasma plus différencié, elles pourront se disposer en files dessinant un réseau , mais ces groupements sont secondaires et n'ont aucune importance pour le résultat final.

^ Mais tandis que le cristal s'accroît seulement à sa surface et par juxtaposition, le plasson s'accroît dans l'intérieur de sa masse et par intussusception. C'est une vraie assimilation. Ce mode d'accrois-

LES THÉORIES GÉNÉRALES

L'accroissement a pour conséquence la division de la petite masse individuelle on deux autres qui formeront deux individus distincts. C'est là la grande fonction qui distingue les organismes des objets non organisés, la Reproduction.

Tout cela s'applique naturellement aussi bien aux vraies cellules et à leur protoplasma qu'aux cytodes et au plasson.

VHéreditc est la conséquence naturelle de ce mode de reproduction, car la cellule mère transmet aux cellules filles non seulement ses Plastidules, mais leur mode de mouvement, et avec lui, les caractères qui en sont l'expression.

V Adaptation et la Transmission des caractères acquis s'expliquent mécaniquement par l'action des causes extérieures. Entre le moment de sa naissance et celui de sa division, la cellule est soumise aux influences extérieures ; sa nutrition et son accroissement sont, pour une forte part, sous la dépendance des conditions ambiantes. Celles-ci se manifestent par des forces incidentes ou plutôt des mouvements imprimés aux Plastidules, qui se combinent avec les mouvements antérieurs de celles-ci en résultantes quelque peu différentes des mouvements primitifs. Ces changements se traduisent par une modification des caractères et la cellule se trouve, au moment de sa division, quelque peu différente de ce qu'elle était en naissant. Elle lègue ces caractères modifiés aux deux cellules filles issues d'elle. Celles-ci se comportent de même, et ainsi la modification va en s'accroissant de plus en plus.

Ces phénomènes expliquent la Divergence des caractères et la Différenciation en même temps que V Adaptation, car, les deux cellules filles sont soumises à des conditions quelque peu différentes , elles se modifient dans deux sens quelque peu différents, et ces différences s'ajoutent les unes aux autres de génération en génération

La différenciation rapide des éléments et des organes qui se fait au

sèment est dû à la constitution, à la fois solide et pénétrable par les liquides, qui caractérise la substance organisée et qui provient de la présence du carbone dans sa molécule.

' Ces phénomènes de divergence et de différenciation progressive se produisent aussi bien chez les êtres pluricellulaires, dans leurs cellules issues les unes des autres par divisions successives et restant

unies entre elles, que chez les unicellulaires ovales cellules filles se séparent dès leur naissance pour former deux individus distincts.

Ainsi se sont produites les différenciations des cellules et des 'organes chez les êtres pluricellulaires, lentement et par une longue action des influences extérieures, au cours des générations successives.

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