‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 162 sur 251 · THÉORIE DE H^ECKEL · texte numérisé non relu

THÉORIE DE H^ECKEL

cours de l'ontogénèse de chaque individu n'est que la répétition rapide et abrégée de la lente évolution phylogénétique".

La Reproduction sexuelle n'est que la fusion de deux protoplasmas dans laquelle les Plastidules, en se mélangeant, combinent leurs mouvements, suivant la règle du parallélogramme, en mouvements résultants qui tiennent à la fois des deux mouvements primitifs. Les caractères héréditaires du produit s'expliquent ainsi sans difficulté. On peut dire qu'ils représentent la diagonale des caractères des parents-.

Les organismes supérieurs ont passé, dans leur développement phylogénétique, par tous les degrés inférieurs d'organisation. Dans leur ontogénèse, ils résument rapidement leur phylogénèse en sautant un grand nombre de stades. Tous ces stades successifs étant des acquisitions dues à la Mémoire inconsciente des Plastidules, on peut dire que, dans les êtres supérieurs, la Plastidule a beaucoup appris et beaucoup oublié, tandis que dans les inférieurs elle n'a rien oublié mais peu appris.

On voit que les faits biogénétiques s'expliquent tous par le mouvement des Plastidules et par sa variation. Ne serait-il pas possible de se faire une idée de la forme générale de cette variation dans l'ensemble du processus biogénétique des êtres à travers le temps et l'espace?

Si l'on considère l'ontogénie d'un organisme depuis l'œuf jusqu'à l'œuf, on voit que cette évolution a pour base un mouvement des Plastidules qui, peu varié et peu étendu dans l'œuf, va en se développant et se diversifiant de plus en plus, pour redevenir uniforme et limité dans Tœuf de la génération suivante. Ce mouvement forme donc dans son ensemble une onde, et cette onde est elle-même formée à' ondes plus petites correspondant à l'évolution individuelle des diverses cellules de cet organisme. La série des générations successives issues de cet individu formera une série d'ondes composées. A chaque représentant de l'espèce correspond une série à peu près semblable, et tous ces mouvements ondulatoires réunis forment celui de l'espèce. Mais l'espèce se modifie avec le temps;

' [L'auteur se flatte de donner une explication mécanique des phénomènes. Ici cette explication n'est pas mécanique du tout, car il faudrait montrer par quelles forces ou quels mouvements des Plastidules se manifeste la tendance des éléments à évoluer conformément à la loi biogénétique. Il dit seulement que la division du travail des éléments repose sur

une division du travail de leurs Plastidules; mais cela ne donne pas la cause mécanique de cette division.]

2 [Cette diagonale n'est qu'une image vague et superficielle. Ou trouver là la cause de cette variabilité extrême des caractères du produit, de la ressemblance exclusive avec l'un ou l'autre parent, avec un ancêtre, ou même un collatéral?]

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les oncles successives qui la représentent ne sont pas identiques, leurs maxima et leurs minima ne sont pas en ligne droite ; ils dessinent une onde plus étendue qui résume la vie de l'espèce. A chacune des formes successives qui, depuis l'origine de la vie, se trouvent sur la lignée ancestrale directe de cette espèce , correspond une onde analogue et toutes ces ondes forment une série qui se développe suivant une onde immense commençant aux tempsprimaires, se continuant à travers l'époque actuelle et s'enfuyant vers l'avenir. Et il est de même pour chaque espèce vivante ou ayant vécu.

Ainsi l'ensemble du processus biogénétique des êtres peut être conçu sous la forme d'un système à' ondes successives à la fois composées et ramifiées : composées en ce sens que les ondulations les plus petites se succèdent sur une ligne qui dessine des ondes de 2° ordre, lesquelles forment à leur tour des ondes de 3^ ordre et ainsi de suite; ramifiées, par le fait que les ondes se dédoublent parallèlement aux ramifications de l'arbre généalogique des êtres, se superposant exactement à ses moindres rameaux comme à ses plus grosses branches; la ramification se continue même à l'intérieur des individus, en suivant la généalogie de leurs cellules dans leur ontogénèse.

Ce mouvement ondulatoire en vagues composées que nous retrouvons partout dans la Biogénèse doit être aussi celui des Plastidules elles-mêmes. Dans l'impossibilité où nous sommes de reconnaître par l'observation les caractères du mouvement individuel des Plastidules, nous sommes autorisés à supposer qu'il a , lui aussi, cette forme à.' ondulations combinées qui se retrouve dans tous les phénomènes engendrés par lui. — [!!!].

Ce mouvement, perpétué par la génération, mérite de recevoir un nom qui sera en même temps celui de la théorie : la Périgénèse. « La Périgénèse, première et cette dernière cause efficiente du processus biogénétique, est la reproduction ondulatoire périodique des Plastidules ».

Critique.

Pour juger sainement la théorie de Haeckel^ il faut bien distinguer les deux choses fort différentes qui sont en elles : d'une part, une tentative d'explication mécanique des phénomènes de la Biologie, plus ou moins heureuse, plus ou moins originale, mais en tout cas légitime; et, d'autre part, un exécrable fatras métaphysique indigne d'un naturahste de ce

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siècle. Commençons par ce dernier pour débarrasser notre critique de ce qu'elle aurait le droit de rejeter sans examen.

Les molécules chimiques ne sont pas vivantes, elles ne peuvent ni se nourrir, ni grandir, ni se reproduire. Les particules initiales du protoplasma ont, au contraire, toutes ces propriétés. Aussi la plupart des théoriciens ont-ils jugé nécessaire de leur attribuer une constitution physicochimique particulière, diflférente de celle des molécules ordinaires des chimistes, pour rendre compte de ces propriétés. Hœckel ne prend pas cette peine, il déclare que ses Plastidules sont de simples molécules chimiques et, en place d'explication, fait papillotter devant les yeux du lecteur toute une fantasmagorie où il confond les choses les plus distinctes et change les noms des choses les mieux définies. La vie d'après lui se caractérise par deux propriétés essentielles, la sensation et la volonté. Les Plastidules sentent et veulent. Mais il est d'avis que des propriétés aussi essentielles ne sauraient se montrer dans un agrégat tel que les Plastidules si elles n'existaient pas, au moins à un état rudimentaire, dans ses éléments constituants, les atomes. Cependant les atomes ne sentent ni ne veulent. Comment sortir de ce dilemme? Le moyen est bien simple : il donne le nom de sensation à l'impression exercée sur les forces atomiques par les forces incidentes qui agissent sur elles, et celui de volonté au mouvement d'attraction ou de répulsion qui résulte de cette modification des forces. — Ce n'est pas une explication, c'est un escamotage'.

H.ECK.EL reconnaît aux Plastidules une troisième propriété, la Kepro-

' Hœckel a raison d'ailleurs de ne trouver aucune différence essentielle entre les atomes et les organismes supérieurs sous le rapport de la volonté; mais ce n'est pas parce que les atomes ont une volonté comme les organismes supérieurs, c'est parce que ceux-ci n'ont pas plus de volonté que ceux-là.

Tous nos actes sont dirigés par des mobiles entre lesquels, inertes comme une balance, nous oscillons tant qu'ils se font équilibre et penchons fatalement vers les plus forts. Dire que nous pourrions faire autrement serait admettre un effet sans cause. On dit que nous sommes sans volonté, quand nous sommes ainsi faits que les motifs passionnels ou les conseils des premiers venus ont sur nous une in-

THÉORIES DE l'hÉRÉDITÉ.

fluence prépondérante; que nous sommes versatiles, quand nous sommes, alternativement et selon la disposition de notre esprit, sensibles à des motifs d'ordre différent ou à des conseils contradictoires ; que nous avons une volonté ferme, lorsque les motifs qui ont le plus de prise sur nous sont ceux qui ont leur origine dans un jugement calme et toujours semblable à lui-même. Mais quel que soit le cas, nous cédons toujours aux mobiles les plus puissants. La volonté, telle qu'on l'entend dans le monde, implique le libre arbitre dont on a depuis longtemps fait justice. C'est un mot que n'a pas de sens. Les personnes qui y croient se font illusion quand elles s'imaginent comprendre ce qu'elles affirment.

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duction. Il ne l'explique d'ailleurs pas plus que les autres, à moins <{ue l'on considère comme une explication de changer son nom en celui de Mémoire. Les Plastidules ont la mémoire, les atomes ne l'ont pas. Mais comment se fait-il que les Plastidules puissent posséder cette propriété si les atomes ne l'ont pas? Cela était impossible, il y a un instant, pour la sensation et la volonté, comment cela se trouve-t-il possible maintenant pour la mémoire. On le concevrait si la mémoire n'était qu'un degré plus avancé de la sensation ou de la volonté, mais Hseckel ne va pas jusqu'à prétendre qu'il en soit ainsi. En sorte qu'il n'y a là qu'une simple affirmation, doublée d'une contradiction avec un principe précédemment admis ' .

Passons à la partie positive de la théorie, à la tentative d'explication mécanique des phénomènes vitaux. H. Fol (79) n'est pas juste lorsqu'il reproche à Ha'ckel d'avoir simplement présenté sous un autre nom la Force vitale. C'est, au contraire, son mérite d'avoir cherché à substituer à cette entité métaphysique un mouvement vibratoire ayant son siège dans des particules matérielles. Mais son idée n'est pas originale, car Erlsberg (74- 76) avait déjà proposé la même explication

' Cette idée de la mémoire inconsciente, propriété universelle de tout ce qui est organisé, est empruntée par HtBckel, qui ne s'en cache pas d'ailleurs, à Hering (70) et l'on trouve cette idée déjà indiquée par Maudslev et par Paget. D'après Hering, la mémoire, d'abord consciente, devient inconsciente à la longue, comme le montrent l'exercice de tout travail et celui de la musique en particulier. Tout acte qui se répète souvent imprime dans le système nerveux une modification qui facilite sa reproduction inconsciente. Ces modifications sont héréditaires et constituent une tendance à la répétition inconsciente de certains actes, qui constitue l'instinct. Cette mémoire n'appartient pas seulement aux êtres doués d'un système nerveux, elle se retrouve dans tout ce qui est organisé et vivant.

L'idée de Hering a été adoptée, en outre de Hseckel, par plusieurs auteurs. Butler (78, 79) admet une mémoire inconsciente des actes habituels, se transmettant par la génération et rendant facile la répéti-

tion de ces mêmes actes sans éducation antérieure. \V. Henschel (80) adopte non seulement la mémoire inconsciente de Hering, mais aussi les Plastidules de Haeckel, mais il Laisse aux physiciens le soin de déterminer les caractères du mouvement de ces particules. Enfin nous verrons bientôt qu'ORR (93), dans son remarquable travail, a fortement subi l'influence de Hering.

^ Haeckel se défend d'avoir copié Erlsberg et trouve entre ses Plastidules et celles de cet auteur cette différence que celles-ci ne peuventtransmettreles caractères paternels et ancestraux qu'en passant matériellement du père ou des ancêtres à l'enfant, tandis que les siennestransmettent surtout la forme de mouvement, qui seule détermine les caractères. Mais Erlsiîerg répond, avec raison, que cette distinction n'a rien d'absolu, puisque les Plastidules, représentant les caractères ancestraux. sont souvent, dans son système, de formation récente et ne sont que des reproductions identiques de ces

THÉORIK DE H^CKEL.

La seule différence essentielle entre la Périgénèse de Haeckel et la théorie d'Erlsberg consiste en ce que le premier a cherché à déterminer la forme du mouvement des Plastidules, ce que ce dernier n'a pas fciit.

Mais l'innovation n'est pas heureuse. Nous n'avons pu nous retenir de souligner par trois points d'exclamation le raisonnement incroyable par lequel l'auteur arrive à déterminer ce mouvement'.

Voici en deux mots ce raisonnement : l'évolution cellulaire ontogénétique , celle des individus d'une espèce , celle des espèces du genre , celle des genres de la classe, en un mot toutes les ontogénèses et toutes les phylogénèses peuvent se représenter par des courbes onduleuses ayant des maxima et des minima successifs ; tous les grands phénomènes biogénétiqnes sans exception ont la forme ondulatoire : donc il doit en être de même pour le mouvement des Plastidules

C'est comme si l'on disait : tous les mouvements de cette horloge sont des rotations continues, donc le mouvement du poids moteur caché aux yeux est aussi rotatoire. Mais l'exemple est trop favorable, car les mouvements des rouages de l'horloge sont réels, tandis que les ondulations des courbes ontogénétiques et phylogénétiques sont la représentation conventionnelle de leurs variations; c'est comme si l'on disait : l'accroissement du blé semé en terre se fait suivant une courbe dont les ondulations correspondent aux jours et aux nuits, aux temps chauds et aux temps froids, aux journées sèches ou humides; la production totale suit une courbe analogue ayant ses maxima au moment de la récolte et ses minima au moment de la semence ; l'enveloppe des maxima suit aussi une courbe semblable ayant ses maxima aux années de belle récolte et ses minima en temps de disette. Cela nous autorise à admettre que le mouvement moléculaire qui préside à la germination est, lui aussi, une ondulation.

En somme , si l'on compare la théorie de Haeckel à celle d'Erlsberg, on trouve qu'elle contient des parties bonnes et des parties neuves, mais les parties bonnes ne sont pas neuves et les parties neuves ne sont pas bonnes.

Plastidules ancestrales dont elles ont pris les caractères en se formant à côté d'elles.

* N.EGELi (84) en a déjà bien mis en lumière le vice qui d'ailleurs saute au yeux.

^ Voici les paroles mêmes de Hœckel :

« In gleicher Weise ist die Ontogenie eine verzweigte Wellenbewegung, in wel-

clier die Plastiden (Zellen) den euizelnen Wellen entsprechen, und da die Plastide das Product aus den activen Bewegun gen ihrer constituirenden Plastidide ist, so muss auch die unsichtbare Plastidulbewegung eine verzweigte Wellenbewegung sein. »

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